La télé québécoise sous la loupe des chercheurs

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Série noire

Photo Bertrand Calmeau, fournie par la production

La voix, Unité 9, Série noire, Les pays d'en haut: la télé québécoise a été passée au crible par les scientifiques cette semaine au congrès de l'ACFAS. Compte rendu des analyses de certaines émissions populaires.

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Vincent-Guillaume Otis et François Létourneau dans Série noire

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Série noire: autopsie d'un «ovni télévisuel»

Même si elle a perdu la guerre des cotes d'écoute face à sa rivale Les jeunes loups, Série noire est devenue une série-culte qui a conquis les critiques et compte son lot de fans finis. Dans une présentation intitulée «Bienvenue dans le Marc Arcand World», l'étudiante Ariane Thibault-Vanasse, de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), a tenté de comprendre cette oeuvre qu'elle a qualifiée d'«ovni télévisuel». Réutilisation des codes du film noir, série télé qui parle d'une série télé, références diverses (Mme Thibault-Vanasse y a notamment vu des clins d'oeil à Die Hard, Les dents de la mer 2 et Rocky 4): l'étudiante observe que la série compte une narration complexe caractérisée par les brisures de ton.

Les amateurs de cinéma jettent souvent un regard condescendant vers la télévision, mais certaines séries télé ont réussi à conquérir les critiques et à devenir «légitimes». C'est manifestement le cas de Série noire. Selon Mme Thibault-Vanasse, c'est surtout le fait de mettre en vedette les auteurs de la série, François Létourneau et Jean-François Rivard, qui a créé cette légitimation.

«L'auteur devient alors une figure vedette. Sa signature compte et devient comme la signature d'un tableau ou comme celle d'un réalisateur de films», dit Mme Thibault-Vanasse. Les journalistes ont aussi beaucoup mis en opposition Série noire avec la série Les jeunes loups, qui occupait la même case horaire, ce qui a aussi contribué à la légitimer. Mme Thibault considère finalement Série noire comme une «réflexion critique sur les modes de production, de réception et de diffusion de la télévision».

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Vincent Leclerc, Sarah-Jeanne Labrosse et Maxime Le Flaguais dans Les pays d'en haut

Photo Bertrand Calmeau, fournie 

Les pays d'en haut: un western de façade

Séraphin Poudrier serait-il un cowboy? Bagarres dans des tavernes, déploiement d'un chemin de fer, conquête d'un nouveau territoire: la nouvelle version du téléroman Les pays d'en haut emprunte en tout cas plusieurs codes au western. Les auteurs de la série ont d'ailleurs tissé des parallèles avec la série américaine Deadwood qui ont été largement repris par les critiques de télévision.

«Les westerns montrent la conquête de l'Ouest, Les pays d'en haut montre la conquête du Nord québécois», explique Thomas Carrier-Lafleur, chargé de cours en études cinématographiques à l'Université de Montréal. Ce fort accent mis sur l'aventure détonne d'ailleurs par rapport à la version originale Les belles histoires des pays d'en haut, «qui était très bavarde et où il ne se passait pas grand-chose», rappelle M. Carrier-Lafleur.

Mais Les pays d'en haut est-il pour autant un véritable western? Non, estime M. Carrier-Lafleur.

«Fondamentalement, quand on va au fond des choses, le western est censé montrer un monde qui se transforme, qui passe de l'état sauvage à l'état civilisé. Or, Les pays d'en haut ne montre pas ce changement. Ce sont toujours les mêmes choses qui se répètent, et les personnages restent les mêmes. Séraphin dit tout le temps qu'il va changer, mais il ne change pas.»

Bref, pour le chercheur, Les pays d'en haut est un «western en surface». «On a l'enrobage western, mais sans sa dimension fondamentale», résume-t-il.

Guylaine Tremblay dans Unité 9... (Photo fournie par ICI Radio-Canada Télé) - image 3.0

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Guylaine Tremblay dans Unité 9

Photo fournie par ICI Radio-Canada Télé

Unité 9: audace bien dosée

Des personnages (pensons à Shandy) qui assument pleinement une sexualité forte et érotisée. Du sexe lesbien - et qui ne sert pas, pour une fois, de fantasme masculin. De la violence sexuelle, qui culmine évidemment par la scène du viol collectif de Jeanne qui a choqué nombre de téléspectateurs. Unité 9 nous a entraînés bien loin des bonnes vieilles normes hétérosexuelles. Pour une série diffusée à Radio-Canada et destinée à un large public, c'était précurseur, soulignent Julie Beaulieu, professeure en études cinématographiques à l'Université Laval, et Aurélien Cibilleau, doctorant en littérature, arts de la scène et de l'écran au même établissement.

Mais les chercheurs relèvent que cette audace était savamment dosée. Les bris de tabous sexuels survenaient dans une trame sinon assez traditionnelle, où des dimensions comme la maternité étaient mises de l'avant. «Ce sont ces normes qui ont servi d'ancrages et de repères et qui ont permis d'aller plus loin. Unité 9 n'est donc pas totalement en rupture avec la tradition télévisuelle, mais est dans une logique de compromis», dit Aurélien Cibilleau.

Les chercheurs considèrent en fait Unité 9 comme à mi-chemin entre la série télé, plus cinématographique et innovante, et le téléroman traditionnel, davantage basé sur le dialogue et le mélodrame.

«La stratégie s'est avérée payante et a ouvert des portes», estime Julie Beaulieu, qui souligne que des scènes sexuelles taboues sont ensuite apparues dans d'autres séries comme Fugueuse.

Yama Laurent a gagné la finale de la... (Photo Thierry du Bois, fournie par OSA Images et TVA) - image 4.0

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Yama Laurent a gagné la finale de la sixième saison de La voix, dimanche soir.

Photo Thierry du Bois, fournie par OSA Images et TVA

La voix: les secrets d'un succès

Pourquoi les Québécois sont-ils friands de La voix? Pour Anne Côté, étudiante à la maîtrise en communication à l'UQAM, l'une des raisons est que l'émission joue un double jeu. D'abord, elle permet au public de s'identifier à des candidats qui pourraient être monsieur et madame Tout-le-Monde. Puis, graduellement, elle propulse ces candidats au statut de vedette, les faisant entrer dans un star-system dont le public raffole. «La voix est à la fois un miroir dans lequel les gens peuvent se reconnaître et une vitrine pour regarder des célébrités», explique Mme Côté.

L'étudiante montre que la transition entre «l'ordinaire et l'extraordinaire» passe notamment par la famille. Au début, on montre beaucoup la famille du candidat. «Graduellement, la famille s'efface parce que la personne va être intégrée à la grande famille du showbiz», explique Anne Côté. Le public accepte le statut de vedette des candidats parce qu'ils les a vu travailler et franchir différentes épreuves. «On se dit qu'ils méritent leur place», dit-elle.

Élaboré aux Pays-Bas, le concept de La voix est particulièrement populaire au Québec, où il attire des parts de marché plus élevées que dans n'importe quel autre pays. Selon Mme Côté, cela pourrait être attribuable à la proximité du public québécois avec son star-system, ce qui fait qu'on s'intéresse aux candidats même une fois qu'ils ont accédé à la gloire.




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