La mère, d'hier à aujourd'hui

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Anne-Élisabeth Bossé (Chloé) et Guylaine Tremblay (Danielle) dans En tout cas

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Les personnages de mères sont très présents au petit écran cet hiver - il y a même une concurrence de duos mères-filles entre Lâcher prise à Radio-Canada et En tout cas à TVA les lundis. Mais comment la figure maternelle a-t-elle évolué depuis les débuts de la télé? Non seulement elle est au coeur des intrigues, mais elle a toujours été au diapason des transformations sociales.

Si la mère occupe un rôle central à la télévision québécoise depuis ses débuts, c'est notamment parce que la famille a longtemps été le cadre de nos fictions, nous dit Pierre Barrette, professeur à l'École des médias de l'UQAM. «Dès lors qu'une bonne majorité de téléromans tourne autour de la famille, du moins jusqu'aux années 80-90, nous avons soit une figure maternelle forte, soit une figure paternelle forte. Si on pense aux Plouffe, c'était plutôt la mère, tandis que dans Le survenant, c'était le père.»

Il faut aussi rappeler que dans les téléromans, des années 50 aux années 80, on ne sortait pas souvent de la cuisine, disons. Pierre Barrette souligne qu'on était pratiquement dans le télé-théâtre. Et qui parlait et dirigeait la cuisine? La mère, bien sûr.

«C'est clair que la mère a été présentée comme centrale dans la première période de l'histoire de la télé au Québec», note Stéfany Boisvert, chercheuse postdoctorale au département d'histoire de l'art et des communications de l'Université McGill, spécialisée dans les représentations de genre à la télé.

«Les histoires se déroulaient dans la sphère domestique, et la mère était présentée comme ayant de grandes responsabilités; elle tenait la famille. Maman Plouffe était le stéréotype d'une mère présente, maternante, couveuse, qui a longtemps eu la vie dure au Québec.»

C'est pourquoi le personnage de Fernande (Janette Bertrand) dans Quelle famille ! lui semble intéressant, car «si elle a encore des traits de personnalité de Maman Plouffe, elle va davantage faire référence aux revendications politiques de la femme», poursuit la chercheuse.

La femme comme mère

En scrutant le personnage de la mère à la télévision, on constate qu'elle a suivi de près les transformations de son rôle dans la société, sans pour autant rien révolutionner.

«Il y a une correspondance entre le type de mère qu'on retrouve à l'écran et l'image canonique de la mère aux différentes époques, précise Pierre Barrette. Ce qui ne veut pas dire que toutes les mères étaient comme Maman Plouffe dans les années 50 ou qu'elles se posaient toutes le même genre de questions que Fernande dans les années 70.»

La maternité était en fait le principal rôle qu'on attribuait à la femme, ajoute Stéfany Boisvert. «Ce qui limitait un peu la manière de la représenter, afin d'encourager cette norme sociale. Elle était toujours en contrôle, toujours heureuse d'être mère. Le fait de représenter une mère qui n'avait pas l'instinct maternel était pratiquement impossible.»

Sylvie Léonard (Madeleine) et Sophie Cadieux (Valérie) dans... (Photo Marlène Gélineau-Payette, fournie par ICI Radio-Canada Télé) - image 2.0

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Sylvie Léonard (Madeleine) et Sophie Cadieux (Valérie) dans Lâcher prise

Photo Marlène Gélineau-Payette, fournie par ICI Radio-Canada Télé

L'arrivée des contre-modèles

Avec l'éclatement des familles, les familles reconstituées ou les avancées du féminisme, le rôle de la mère à la télé s'est forcément transformé. 

«Ça reste assez traditionnel jusqu'aux années 80, estime Pierre Barrette. Mais ce sont toujours des figures fortes. Rose-Anna, par exemple, dans le Temps d'une paix, est la figure par excellence de la matriarche: même si ça se déroule dans les années 20, elle est collée à la femme des années 80. D'ailleurs, cette idée que le Québec est une société matriarcale nous vient peut-être un peu de la télévision. Mais un anthropologue un peu féru d'histoire vous rirait au visage avec cette idée. Le matriarcat, ce n'est pas tout à fait ça...»

Selon Pierre Barrette, le vent a tourné dans les années 2000. «On a basculé de plus en plus vers un volontarisme, je dirais, pour montrer des contre-modèles. On va aller plus loin dans la représentation de modèles alternatifs, et c'est un souffle qui nous vient des États-Unis avec la popularité de plus en plus grande des séries des chaînes spécialisées.»

Être mère autrement

La mère centrale et en contrôle recule au profit des différentes manières d'être mère. «À partir du moment où l'on accepte que la télé québécoise n'est pas nécessairement représentative de la société, mais plus de la manière dont on se pense, nous voyons aujourd'hui des représentations plus variées, plusieurs courants qui s'affrontent sur le statut de la femme», note Stéfany Boisvert.

«On a des représentations très progressistes - par exemple, l'homoparentalité, la monoparentalité - et d'autres plus traditionnelles, mais il y a une tentative de diversification et d'aborder aussi des enjeux, entre autres les aspects négatifs de la maternité.»

Et s'il y a une chose qui change, c'est bien que la maternité n'est pas la dimension centrale des personnages féminins qui sont mères. Elles ont bien d'autres centres d'intérêt. «On se rend compte qu'on a toujours cette tendance-là à montrer des personnages féminins comme étant préoccupés d'abord et avant tout par le relationnel, constate Stéfany Boisvert. C'est une représentation dominante. Et la question à se poser là-dedans, c'est la représentation que l'on fait des personnages féminins qui ne sont pas mères, qui ne doit pas être négative.»

«Je pense que s'il y a une chose que la série contemporaine nous montre, c'est que la vie s'est complexifiée, conclut Pierre Barrette. Quand on regarde la vie telle qu'elle se déployait dans Les Plouffe, Les pays d'en haut ou Terre humaine, il y avait un rythme associé à une forme de simplicité. La mère s'occupait en gros du cercle familial et le père s'occupait de la sphère publique. Aujourd'hui, tout le monde fait un peu tout. Tout le monde compose avec un monde plus compliqué qui va plus vite. Ça se reflète parfois de façon dramatique dans nos séries - par exemple, l'aspect juridique dans Ruptures - et des fois de façon plus comique, parce que cela crée des situations où on a le goût de "lâcher prise" aussi!»




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