Mindhunter: dans la tête des tueurs en série

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En cet âge d'or des téléséries, La Presse décortique chaque semaine une série qui vaut le coup d'oeil. Aujourd'hui, place à Mindhunter.

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La série permet de découvrir la contribution des femmes dans la compréhension de la psyché des tueurs en série. Anna Torv y joue la Dre Wendy Carr, inspirée de la Dre Ann Wolbert Burgess.

photo fournie par netflix

LA NOUVELLE SÉRIE DE FINCHER

Le réalisateur David Fincher est celui qui a offert à Netflix l'un de ses plus grands succès : House of Cards. C'est même cette série qui a fait de la plateforme le géant que l'on sait, inaugurant un catalogue de productions originales et exclusives qui a séduit de nouveaux abonnés. Sa nouvelle production, Mindhunter, dont il a dirigé le pilote et trois autres épisodes, est inspirée des mémoires de John E. Douglas et Mark Olshaker, qui ont raconté dans Mind Hunter : Inside The FBI'S Elite Serial Crime Unit la naissance d'une unité spéciale du FBI consacrée à la psychologie des criminels dans les années 70.

SLOW TV

Dans Mindhunter, il ne faut pas s'attendre à de l'action et à des courses-poursuites, puisque l'histoire repose essentiellement sur les entretiens menés avec des tueurs en série par Holden Ford (Jonathan Groff), un jeune enquêteur ambitieux, et Bill Tench (Holt McCallany), un vétéran, tous deux inspirés des agents John E. Douglas et Robert K. Ressler. Et pour de nombreux critiques aux États-Unis, Mindhunter est le meilleur show de slow TV du moment. David Fincher a d'ailleurs confié au magazine Rolling Stone qu'il adore les interrogatoires. « J'aime les scènes où quelqu'un résiste à la tentation de révéler des choses. Une scène de huit pages entre quatre murs de barreaux et une table de pique-nique en métal ? J'en suis. Alors que des cinéastes diraient : "Ah merde, ça va être ennuyeux, on doit tourner des flash-back." » Il n'y en a pas dans Mindhunter, une série particulièrement oppressante...

TERRA INCOGNITA

Ce qui est fascinant dans Mindhunter, c'est que nous assistons à la naissance d'un champ d'investigation. Jusqu'à la création d'une unité spéciale, les tueurs en série étaient considérés comme des fous incompréhensibles - le terme même de « tueur en série » n'existait pas ! Mais comment résoudre et prévenir leurs crimes si on ne sait pas comment ils pensent ? Dans les années 70, nous sommes aussi en plein développement des sciences sociales et psychologiques et, si l'agent Holden Ford finit par approfondir sa pensée, c'est grâce à deux femmes brillantes et libres : sa nouvelle amoureuse, Debbie Mitford (Hannah Gross), et la Dre Wendy Carr (Anna Torv), inspirée de la Dre Ann Wolbert Burgess, pionnière des soins médico-légaux et cofondatrice d'un des premiers programmes d'aide aux victimes d'agressions sexuelles.

TROUVER L'HUMAIN DANS LE MONSTRE

En entrevue, David Fincher s'excuse presque d'avoir contribué à la mythification du tueur en série avec son film Seven (1995). Mindhunter a beaucoup plus de liens avec son chef-d'oeuvre Zodiac de 2008, dans lequel Jake Gyllenhaal développait une obsession envers le tueur surnommé Zodiac (qui n'a jamais été découvert). « David nous a dit très tôt et très clairement que le tueur en série spirituel, charmant et super intellectuel, ce n'est pas la réalité, a expliqué le comédien Holt McCallany. La réalité est que la plupart de ces gars sont profondément fissurés. Misanthropes. Tourmentés. Ils n'ont pas tous un gros QI. Alors il vaut mieux être authentique que sensationnaliste. » La toile de fond de Mindhunter est celle d'une époque post-révolution sexuelle qui influence les psychopathes, majoritairement des hommes blancs, dans leurs violences. Ce qui révèle aussi que le corps des victimes, majoritairement des femmes, est malheureusement le champ de bataille des transformations sociales.

LE VERDICT

Mindhunter est une série qui crée une grande dépendance chez ceux qui aiment les histoires intelligentes, où l'on ne nous prend pas par la main. Le duo d'enquêteurs est irrésistible, Holden incarnant le jeune plein d'idées, que le vétéran Bill encadre de son expérience. Ces deux-là s'enfoncent dans les coins les plus sombres de la psyché humaine, et ce ne sera pas sans conséquence sur leurs propres esprits. On retrouve la même lenteur contemplative, la même atmosphère lourde et le même souci de reconstitution des années 70 que dans Zodiac, avec un ou deux moments absolument terrifiants sans qu'aucune violence ne soit utilisée - à ce chapitre, chapeau à l'acteur Cameron Britton, l'interprète du tueur Edmund Kemper, qui vous fera faire des cauchemars. Sachez aussi qu'une deuxième saison a été commandée avant même la diffusion de la première.

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Créateur : Joe Penhall

Avec Jonathan Groff, Holt McCallany, Hannah Gross, Anna Torv et Cotter Smith

10 épisodes

Sur Netflix




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