Télévision participative: quand les auteurs s'activent sur Twitter

Daniel Thibault et Isabelle Pelletier participent régulièrement au « tweevage »... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

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Daniel Thibault et Isabelle Pelletier participent régulièrement au « tweevage » durant Ruptures.

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L'émission n'est pas encore commencée que Daniel Thibault et Isabelle Pelletier, verre de vin rouge à la main, s'installent devant leur télévision. Ce soir est une occasion spéciale : c'est la finale de Ruptures, la série qu'ils coécrivent avec Jacques Diamant, et ils veulent la vivre avec leurs fans. « Il faut avoir des échanges avec les gens. Si tu ne fais que vendre ta salade, personne n'embarque », analyse le père de famille.

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Les Thibault-Pelletier ont écouté en famille le dernier épisode de la saison de Ruptures, lundi dernier. Les parents, coauteurs de la série, n'ont pas décroché des réseaux sociaux pendant toute la durée de l'émission.

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Les amateurs de la série qui écrivent aux... (Image tirée de Twitter) - image 1.1

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Les amateurs de la série qui écrivent aux auteurs font parfois des confidences personnelles, comme en témoigne cet échange entre une téléspectatrice et Daniel Thibault.

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  • Réseau : ICI Radio-Canada Télé
  • Titre de l'émission : Ruptures
  • Nombre de « fans » sur Facebook : 44 100
  • Ruptures n'a pas de compte Twitter, mais les auteurs de la série, Daniel Thibault et Isabelle Pelletier sont suivis par respectivement 25 000 et 1770 personnes.

Assises à leurs côtés, collées sur leur iPod, Sandrine, 13 ans, et Naomie, 11 ans, écoutent cette année l'émission pour la première fois. Isabelle Pelletier, les pieds nus bien appuyés sur le pouf et les yeux rivés sur son écran d'ordinateur, répond à Catherine Trudeau, une actrice de l'émission, qui fait monter les attentes en gazouillant quelques secondes avant le début de l'émission.

Le « tweevage » - ces discussions informelles sur Twitter entre amateurs d'une série qui utilisent le même mot-clic (#Ruptures) - est une pratique commune des internautes hyperactifs. Si certains analystes consultés par La Presse croient que cette mode s'effrite, Isabelle Pelletier y trouve toujours son compte, notamment pour prendre le pouls des téléspectateurs.

« Il y a des semaines où ça me tente moins, alors je ne le fais pas. Mais est-ce qu'on pourrait tout simplement arrêter d'y participer ? Je pense que ça ne serait pas intelligent. C'est une question de respect pour les gens qui veulent nous parler », analyse-t-elle, précisant toutefois que ce travail se fait de façon bénévole, puisque la production n'oblige pas ses auteurs à être actifs les soirs de diffusion.

Des fans actifs

Les amateurs de la série qui écrivent aux auteurs font parfois des confidences personnelles. Une téléspectatrice, dont le nom sur Twitter est Xav St-Pierre, écrit un mot à Daniel, qui gazouille concernant les agressions sexuelles. « Ruptures donne du courage », lui dit-elle.

« Ça n'arrive pas souvent que le ton devienne très personnel, mais parfois, les gens s'ouvrent. C'est là qu'on se dit que ça sert aussi à ça, notre travail et notre présence en ligne », dit Daniel Thibault, coauteur de Ruptures.

Rapidement, car tout se passe vite le soir d'une diffusion, la discussion prend une autre direction. Daniel Thibault dit à ses filles de se cacher les yeux (il y a une scène de sexe à l'écran), pendant que le chien de la famille, Nini, déconcentre l'écoute en décidant de japper. Quelques minutes plus tard, l'auteur lance une question quiz sur son compte Twitter (Team Claude ou Team Ariane ?), à laquelle 116 personnes répondront finalement.

Après moins de 30 minutes, le mot-clic « #Ruptures » figure déjà parmi les tendances de la soirée chez les gazouilleurs au Canada. Avec cette popularité numérique, des comptes aux visées moins nobles s'investissent aussi dans la discussion.

« Quand ça va bien, sur Twitter, les comptes pirates arrivent assez vite. Ce sont des parasites », dit Daniel Thibault, impuissant face à ce phénomène intrusif.

Perdre le contrôle

Garder le contrôle des discussions sur Twitter ou des nombreuses « fan pages » qui se créent sur Facebook est tout un défi. Geneviève Cardin, directrice des médias numériques chez AETIOS Productions (la boîte de Fabienne Larouche et de Michel Trudeau, qui produisent Ruptures, Unité 9 et District 31, entre autres), en sait quelque chose.

« Des comédiens demandent parfois des clauses pour approuver les photos qu'on publie sur les réseaux sociaux, mais je leur réponds de regarder ce qui se passe les soirs de diffusion. Les amateurs de nos séries s'approprient les personnages et diffusent des gifs [des séquences vidéo de quelques secondes] sans nous demander la permission », explique celle qui carbure au numérique et qui se décrit comme une « PokeMOM ».

Si cet engouement est en quelque sorte un hommage, dit Daniel Thibault, Geneviève Cardin informe rapidement les administrateurs de ces pages qu'ils doivent respecter certaines règles. « Il y a beaucoup de comptes de fans qui se créent, mais il faut faire attention. La diffamation et le droit d'auteur existent sur les réseaux sociaux », dit-elle.

La règle numéro un, selon elle, est de ne pas « faire parler le personnage » avec un compte qui n'est pas administré par la production.

Or, malgré ces avertissements, Geneviève Cardin craint que le phénomène prenne de l'ampleur. Les téléspectateurs, qui aiment leurs séries télé, s'approprient rapidement leurs personnages et partagent des photos, des captures d'écran et des GIF sur les réseaux sociaux.

La prochaine production d'AETIOS, Cheval serpent, dans laquelle l'auteure Danielle Trottier met en scène des danseurs nus, pourrait présenter de la nudité frontale. Que se passera-t-il si des téléspectateurs décident de publier des images de ces scènes sur Twitter et Facebook ?

« Si mon travail devient de jouer à la police, ça va devenir embêtant. Il faut trouver une façon pour que [ça n'arrive pas] », dit Geneviève Cardin.

Comment stopper ces possibles dérapages, afin de protéger les comédiens qui se dénudent ? La question reste en suspens.




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