TLMEP: la radio de Québec vivement critiquée

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Mohamed Labidi, vice-président du Centre culturel islamique de Québec, et Mohamed El-Hafid, responsable de la mosquée de la capitale, étaient invités à Tout le monde en parle dans la foulée de l'attentat de Québec.

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Il n'y avait pas d'animateur de radio sur le plateau de Tout le monde en parle, hier. Mais cela n'a pas empêché la «radio de Québec» d'être omniprésente dans le premier segment de l'émission, qui était consacré à l'attentat qui a fauché six personnes au Centre culturel islamique de Québec (CCIQ).

«Nous, nos membres ne se sentaient déjà plus en sécurité. [...] Et ici, je fais appel aux gens, les actionnaires de ces sociétés privées et à leur C.A., je fais appel à leur citoyenneté humaine et morale pour qu'ils cessent ces messages de haine et d'intolérance», a lancé le responsable de la mosquée de la capitale, Mohamed El-Hafid.

Tout juste avant, TLMEP avait fait jouer un extrait de l'émission d'Éric Duhaime le midi, au FM93, où l'animateur recevait justement M. El-Hafid et lui disait qu'à ses yeux, l'épisode de la tête de cochon laissée devant le CCIQ n'était pas un acte de haine et était même plutôt rassurant sur l'état de la démocratie canadienne. M. El-Hafid lui avait répondu que le fait de banaliser de tels gestes était un jeu dangereux.

Le premier ministre Philippe Couillard, qui était l'invité suivant, n'a pas voulu répondre directement à la question de son hôte, Guy A. Lepage, qui lui demandait s'il partageait la lecture que plusieurs ont faite de la situation, soit que certaines radios de Québec sont une partie du problème.

«Je ne ferai pas de commentaire là-dessus parce que je veux qu'il y ait un avant et un après, a déclaré M. Couillard. J'espère que les jours épouvantables qu'on a traversés servent à une prise de conscience et que chacun regarde comme il faut les mots qu'on choisit. Je l'ai dit à quelques reprises, les mots qu'on dit, les mots qu'on écrit, ce n'est pas anodin, ça peut blesser, alors que chacun fasse l'examen de conscience dans la classe politique, dans les radios et dans les autres médias également.»

«Il y a eu une sorte de normalisation ou d'acceptation du phénomène, qui va jusqu'au point où certaines personnes disent maintenant: "Oui, je suis raciste." C'est inacceptable.»

Mentionnons que les invités de la première partie de l'émission semblaient tous d'accord pour dire que les radios de Québec n'étaient pas directement responsables de la tuerie, mais qu'elles avaient contribué à établir un climat propice à l'islamophobie. Le mea-culpa de Sylvain Bouchard, l'animateur du matin du FM93, qui a admis ne pas avoir traité la question musulmane comme il le fallait dans le passé, a également été évoqué.

«Il y a eu une sorte de normalisation... (Photo Karine Dufour, fournie par ICI Radio-Canada télé) - image 2.0

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«Il y a eu une sorte de normalisation ou d'acceptation du phénomène, qui va jusqu'au point où certaines personnes disent maintenant: "Oui, je suis raciste." C'est inacceptable», a affirmé le premier ministre Philippe Couillard.

Photo Karine Dufour, fournie par ICI Radio-Canada télé

«Même avant que tout ça arrive, on sentait que c'était pertinent de tenir un festival contre le racisme, a dit le rappeur de Limoilou Webster. Pas que Québec est raciste, mais il y a du racisme à Québec. [...] Les radios ont joué un rôle là-dedans, mais il n'y a pas juste ça.»

Et ce racisme, les musulmans de Québec le vivent depuis bien avant l'attentat, a témoigné le dirigeant du CCIQ, Mohamed Labidi. « Depuis au moins deux ou trois ans, la peur est palpable chez nos membres, dit-il. Nous, en tant que leaders, on le sent. [...] Il y a des gens qui ont des Ph. D. et qui sont chauffeurs de taxi. [Et ce n'est pas qu'une question de reconnaissance des diplômes puisqu'il y a parmi eux] des diplômés de l'Université Laval. [...] Donc on veut être traités équitablement pour une meilleure intégration et pour faire profiter aussi de nos compétences. Moi, quand je suis venu au Canada, j'étais déjà chercheur scientifique dans mon pays. J'ai fait Ph. D. et trois postdocs, mais je ne travaille pas dans mon domaine. Et pourquoi ? Parce que mon nom, c'est Mohamed. »

Ils ont dit

«La sécurité des bâtisses physiques, on peut le faire, mais même si on le fait, quelqu'un comme ce terroriste n'aura qu'à attendre que les gens sortent et les abattre. Il faut miser sur la sensibilisation, sur le vivre ensemble, la tolérance. C'est ça, notre sécurité permanente.» - Mohamed El-Hafid, responsable de la mosquée de la capitale

«Je l'ai même déjà rencontré [le présumé tueur Alexandre Bissonnette], au sortir de la mosquée, il rencontrait les gens et demandait de l'argent, deux jours avant l'événement. [...] Maintenant, j'ai des remords de ne pas avoir donné. [...] Si ça l'avait dissuadé, j'aurais donné tout ce que j'avais à ce moment. Parce que j'étais pressé, je me suis dit peut-être s'il revient, on va jaser, on va voir si vraiment on peut l'aider.» - Mohamed Labidi, vice-président du Centre culturel islamique de Québec

«La communauté musulmane à Sainte-Foy, elle est présente depuis des décennies. [...] Quand j'étais petit, il n'y avait pas vraiment de musulmans à Sainte-Foy. Il y avait mon ami Rafik, il y avait mon voisin Tarik, il y avait mon coach au soccer. Mais ce n'étaient pas des musulmans, c'est comme s'ils le sont devenus petit à petit dans notre perception. C'étaient des gens de notre communauté avant. Ils sont devenus [des musulmans à nos yeux] à travers les préjugés qu'on nous a servis, et servis et resservis.» - Joël Lightbound, député fédéral de Louis-Hébert




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