Taboo sur FX: beau, sale et méchant

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L'une des séries les plus attendues de l'année est le one-man-show de Tom Hardy, plongé dans la ville de Londres sombre à souhait au début du XIXe siècle.

Une production ambitieuse

Cette série britannique de huit épisodes, présentée simultanément à la BBC One en Angleterre et sur FX aux États-Unis, est une création de Tom Hardy lui-même, de son père Chips Hardy, du scénariste Steven Knight, et qui a reçu l'appui de Ridley Scott comme producteur. Réalisée par Kristoffer Nyholm (The Killing), Hardy a investi plus de 10 millions de livres (16 millions) par sa propre société de production dans Taboo, qui aura besoin de cartonner un peu pour qu'il rentre dans ses frais. Elle raconte l'histoire d'un aventurier, James Delaney, de retour à Londres en 1814 pour les funérailles de son père, en possession de diamants acquis on ne sait trop comment, après un séjour d'une dizaine d'années en Afrique qui l'a profondément transformé. Les rumeurs les plus inquiétantes entourent cet homme qu'on croyait mort. Delaney veut non seulement venger son père, mais bâtir son propre empire, et affronter seul la puissante Compagnie des Indes, alors qu'il a hérité d'un bout de territoire américain que se disputent l'Angleterre et les États-Unis. Delaney devra se débrouiller dans un champ de mines face à de nombreux ennemis prêts à l'assassiner.

Tom Hardy superstar

Taboo, malgré une distribution qui compte des pointures comme Jonathan Pryce, Michael Kelly et Nicholas Woodeson, est le show d'un seul homme: Tom Hardy. Le comédien use et abuse de son magnétisme, jusqu'à flirter avec le ridicule, mais... Hé, ho! C'est Tom Hardy! Le magnifique Mad Max du récent Fury Road, l'effrayant Bane de The Dark Knight Rises, le méchant dans The Revenant! Aucune raison de bouder son plaisir et de ne pas se rincer l'oeil, même s'il ne sourit jamais et ne cligne pas des yeux, pour un regard constamment intense. Après trois épisodes, on commence à avoir hâte de le voir torse nu, tel que promis dans la bande-annonce. C'est que Delaney est un curieux personnage, présenté comme un métis, amoureux de sa soeur (Oona Chaplin) - rappelons que la série s'appelle Taboo - hanté par ses années en Afrique, possédé par des esprits, accablé de visions. Mystique et violent, il passe son temps à marmonner (avec l'accent british, ce n'est pas évident pour le spectateur francophone), parfois dans une langue étrangère qui choque les oreilles des Anglais, et il n'hésite pas à carrément mordre ses ennemis, d'où sa réputation de «sauvage». On nage beaucoup dans les clichés de l'homme blanc découvrant sa nature animale au contact des Africains vus comme un groupe homogène et les rôles féminins sont un peu misérables dans cet univers viril. Il y a quand même dans Taboo une atmosphère qui ressemble au roman Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad (publié en 1899), sur l'horreur de la colonisation et l'exploitation en Afrique, qui a inspiré à Coppola le personnage de Kurtz (Marlon Brando) dans Apocalypse Now. Delaney, finalement, ressemble à un Kurtz de retour dans la civilisation pour y foutre le bordel.

Londres de cauchemar

On est très loin des films inspirés des romans de Jane Austen ou des séries comme Downton Abbey avec Taboo, plus près des bas-fonds décrits par Charles Dickens. La ville de Londres est présentée comme un endroit crade, boueux, dangereux et puant, rempli de pauvres et d'énergumènes qui portent tous les cicatrices d'une vie à la dure - cela aussi confine au cliché. On n'évite pas la scène de bordel, ni le manoir sombre, ni la morgue et ses cadavres. Mais tout ça forme une esthétique fascinante, qui séduit les fans de séries historiques un peu crues. La critique américaine est pas mal divisée. «Lourde et maladroite» selon Variety. «Un mélo avec des intentions supérieures, rempli de noirceur, de danger et de mystère» estime le San Francisco Chronicle. Surtout, tout le monde se demande où l'histoire va s'en aller, car ce n'est pas encore très évident.

Notre verdict

Après trois épisodes, on trouve ça beau mais un peu pompeux, très verbeux - la mise en place est longue et on a hâte que l'action arrive -, bourré de clichés, macho, mais on le regarde surtout pour le one-man-show de Tom Hardy. Une saison deux a été confirmée par le scénariste Steven Knight, qui souligne que la série a été pensée pour durer trois saisons.

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Sur FX les mardis à 21 h.




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