La sitcom a 70 ans et se porte bien

Kunal Nayyar, Johnny Galecki, Jim Parsons et Simon... (Photo Monty Brinton, fournie par CBS)

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Kunal Nayyar, Johnny Galecki, Jim Parsons et Simon Helberg dans la série The Big Bang Theory

Photo Monty Brinton, fournie par CBS

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Thomas Urbain
Agence France-Presse
New York

La télévision a beau être en pleine mutation, les sitcoms, des séries comiques au format quasi-inchangé depuis 70 ans, se portent comme un charme aux États-Unis, à l'image de The Big Bang Theory, programme non-sportif le plus regardé de la saison dernière.

Loin des morts-vivants de Walking Dead, des luttes de pouvoir de Game of Thrones et de séries dramatiques toujours plus sophistiquées, la «situational comedy» continue de tirer avec bonheur sur les ficelles du genre lancé à la fin des années 1940: personnages et décors récurrents, situations comiques ponctuées de rires en fond sonore.

Outre The Big Bang Theory, sans battre des records d'audience, Modern Family, The Goldbergs et Black-ish sont ainsi reconduits saison après saison par les grandes chaînes américaines.

Et cet automne, une nouvelle promotion a débarqué sur le petit écran, emmenée par les très classiques Kevin Can Wait et Man With a Plan.

«Le genre se porte bien et je m'attends à ce que ça continue encore un moment», explique Martie Cook, professeure d'écriture pour la télévision et le cinéma à Emerson College.

Pour elle, cette longévité tient d'abord au fait que les deux grands ressorts de la sitcom demeurent efficaces dans la société actuelle: le comique et des «histoires qui ressemblent beaucoup à nos vies quotidiennes», articulées autour d'une famille, qu'elle soit biologique, recomposée, ou même sans liens de parenté.

Pour Doug Smart, réalisateur et producteur qui tourne chaque année une sitcom avec des étudiants de l'Université d'Asbury, «le truc, c'est de créer des membres de cette famille qui évoquent quelque chose chez les téléspectateurs», qu'il s'agisse du vieil oncle ou du collègue de bureau.

Avec la multiplication des supports vidéo, notamment l'émergence du téléphone intelligent, et la production de programmes destinés à des niches d'audience, la sitcom conserve aussi une fonction devenue rare: rassembler la famille.

«Ce sont ces 30 minutes ou cette heure durant laquelle vous pouvez vous asseoir avec vos enfants», observe Candace Cameron Bure, héroïne de la série Fuller House sur Netflix.

Même les millenniaux en redemandent, séduits en partie par des épisodes de courte durée, une demi-heure seulement.

«Ils adorent peut-être l'imaginaire, à la manière d'un Game of Thrones, et le drame, mais ils aiment que les comédies soient plus proche de la réalité, avec des situations du quotidien», observe Doug Smart.

Autre clé de la réussite des sitcoms: leur vertu relaxante.

«On s'asseoit», dit Martie Cook. «On coupe avec le stress de nos existences. Et on rit.»

«Parfois, je veux juste m'asseoir et rire de quelque chose. Je ne veux pas trop réfléchir. Et c'est tout à fait le credo de Fuller House», reconnaît volontiers Candace Cameron Bure, personnage central de cette série, lors d'un entretien avec des journalistes à New York.

Netflix s'y met aussi

Preuve de la durabilité du concept, Fuller House a été créée par la plateforme de télévision en ligne Netflix, longtemps restée à l'écart du genre.

Parmi les rares évolutions du concept, la fin des rires préenregistrés, le fameux «laugh track» caricatural. Les rires, lorsqu'il y en a, viennent d'un vrai public présent lors de l'enregistrement.

Acteurs et scénaristes soulignent ainsi que, derrière la routine apparente, l'exercice de la sitcom n'a rien d'évident.

«Ça peut vous faire mal à l'ego quand ça ne fonctionne pas» et que le public ne rit pas, lance Justina Machado, l'héroïne de One Day at a Time, une sitcom de Netflix qui sera lancée en janvier.

Sous l'apparence de superficialité, Martie Cook rappelle aussi que les sitcoms, comme les séries dramatiques plus sophistiquées, interrogent régulièrement la société américaine.

Six ans avant la légalisation du mariage homosexuel dans l'ensemble des États-Unis, Modern Family avait choisi parmi les personnages de sa «famille» deux hommes en couple de longue date, Mitchell et Cameron, pères d'un enfant adopté.

Dans un autre registre, en février dernier, un épisode de Black-ish a abordé frontalement la question des brutalités policières visant les Noirs.

«Quand vous en parlez de manière drôle», analyse Martie Cook, «les gens sont plus disposés à écouter (...)».

«Cela n'entraîne peut-être aucun changement direct», explique Doug Smart, «mais au fil du temps, cela attire l'attention des téléspectateurs» sur certains sujets.




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