Félix dans la mémoire longtemps: l'empreinte Félix

Le réalisateur Hugo Latulippe a mis la main sur... (PHOTO GAÉTANE MORIN, FOURNIE PAR TÉLÉ-QUÉBEC)

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Le réalisateur Hugo Latulippe a mis la main sur des films inédits montrant Félix Leclerc avec sa famille.

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Il y avait trop longtemps que je n'avais entendu parler de Félix avec autant de vérité, d'admiration. Pas une admiration béate, mais profonde. Ça se sent dans tous les témoignages du très touchant documentaire Félix dans la mémoire longtemps, que diffusera Télé-Québec mercredi à 21 h. L'empreinte laissée par ce géant est encore bien vivante.

Le titre s'inspire de Chansons dans la mémoire longtemps, dernier album de Félix, et s'inscrit dans l'année que le diffuseur consacre à la chanson. Hugo Latulippe a réalisé l'oeuvre entre autres à partir de films inédits en 8 mm, trouvés dans une boîte oubliée dans l'île d'Orléans, qui lui a été offerte par la deuxième femme de l'artiste, Gaétane Morin, et leur fille Nathalie. On y voit Félix, heureux, cabotiner avec sa famille, sa femme surtout, dans l'île, mais aussi sur la route.

Au cours des premières minutes, on a l'impression de recevoir les témoignages d'artistes qu'il a inspirés, alignés à la façon d'une musicographie. Mais l'impression est vite dissipée; suivant le fil des confidences, on mesure à nouveau l'ampleur de ce personnage qu'on a tenu pour acquis. Sans en avoir la prétention, Félix nous a donné confiance en nous, souvenons-nous-en.

L'animatrice Monique Giroux rappelle qu'on chantait beaucoup les espagnolades au Québec quand Félix a commencé, au début des années 50, de Tino Rossi à Luis Mariano. Tout était à bâtir, il fallait du cran pour chanter tout seul avec sa guitare. «Un critique avait dit: "Faudrait couper les deux mains à ce jeune auteur pour le bien de la littérature canadienne-française." Faut se relever de ça, quand même», relate Monique Giroux. La suite est archiconnue: il a dû se faire connaître en France pour qu'on l'aime au Québec. Denise Bombardier reste convaincue qu'il en a gardé des blessures. «Il a porté cette ombre de tristesse toute sa vie», pense-t-elle.

«L'âme d'un peuple»

Hugo Latulippe recueille les souvenirs des Vigneault, Ferland, Dompierre, qui l'ont connu. Mais aussi de Louis-Jean Cormier et Vincent Vallières. À propos du spectacle J'ai vu le loup, le renard, le lion, qui avait réuni 128 000 spectateurs sur les Plaines en 1974, Denise Bombardier parle d'une grand-messe, d'une communion de tout un peuple, confiant en son avenir. «Si on était aussi forts ensemble, on pourrait faire l'indépendance», se disaient alors les Québécois, croit Mme B.

Pour Éric Lapointe, Félix était «le Maurice Richard de la chanson. C'était l'âme d'un peuple qui allait dire au monde entier qu'on existait». Ferland rappelle que Félix était plus délicat que l'être grand et bâti qu'on s'est toujours imaginé. «Quand il prenait sa guitare, c'était un géant», dit-il. Vigneault relate que Brel, Béart et Brassens lui ont tous dit que sans Félix, ils ne seraient jamais montés seuls sur scène avec leur guitare. Betty Bonifassi a des frissons en relisant à haute voix les paroles de Prière bohémienne. «C'est du Piaf. Piaf, elle aurait capoté de chanter ça!», s'exclame la chanteuse.

Félix n'aimait pas les mondanités. On raconte sa visite éclair au premier Gala de l'ADISQ en 1979, où on lui avait remis un prix spécial. Félix est monté sur scène, a salué sans dire un mot, puis s'en est retourné dans son île. Sa fille pense même que le gala n'était pas terminé à Montréal quand il a franchi la porte de sa maison de l'île d'Orléans. Il devait annoncer la victoire du OUI sur la scène en 1980. Nathalie Leclerc n'a jamais vu son père plus triste que ce soir-là. «Y avait quelque chose de mort dans la maison», se souvient-elle. Félix était déçu de son peuple, anéanti de voir les limites de ce que peuvent faire les poètes par leurs écrits.

Quand il a vu René Lévesque recevoir des obsèques nationales, il s'est tourné vers sa femme en lui disant: «Moi, je veux pas ça.» De là les funérailles plus modestes, moins d'un an plus tard, en 1988. «Ce serait tellement formidable de l'avoir encore», dit Guy Latraverse, qui en parle encore avec émotion.

Comme le réalisateur avait insisté dès le départ sur ses images inédites, je me serais attendu à en voir plus dans le documentaire. Qu'importe, Félix dans la mémoire longtemps est un document unique, à voir, pour se rappeler l'homme et s'imprégner à nouveau de son oeuvre.




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