Marie-France Bazzo: Constellation Bazzo

Marie-France Bazzo travaille actuellement à la préparation d'un «variétés»... (PHOTO Martin Chamberland, LA PRESSE)

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Marie-France Bazzo travaille actuellement à la préparation d'un «variétés» qui devrait voir le jour à l'automne 2017 sur les ondes de Télé-Québec.

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Marie-France Bazzo entame son premier automne en 15 ans sans être à la barre d'une émission de radio ou de télé. Depuis lundi, elle tient une chronique au 15-18, émission animée par Annie Desrochers à la radio de Radio-Canada. Et prépare pour l'automne 2017 son retour à l'antenne à Télé-Québec.

J'avais envie de te parler d'où tu en es, de ce que tu prépares. C'est une période de transition pour toi...

C'est un drôle d'automne. C'est la première fois de ma vie que je n'ai pas d'émission à moi, que ce soit à la radio ou à la télé. Mais il y a toutes sortes de propositions. Il va y avoir un Bazzo spécial de fin d'année. On prépare aussi une émission pour les 375 ans de Montréal et fort probablement un documentaire. Et on développe un gros projet d'émission.

Toujours pour Télé-Québec?

Oui. Et outre ça - je ne m'y attendais pas du tout -, Radio-Canada m'a appelée pour que je fasse une chronique politique et société au 15-18, ce que je faisais chez Paul Arcand. Et je vais mener de grandes entrevues pour le créneau de 21 h.

Le fait d'être chroniqueuse à l'émission d'Annie Desrochers, ton ancienne chroniqueuse à l'émission du matin, c'est ironique, non? On pense souvent que les animateurs ont de trop gros égos pour jouer les seconds violons...

C'est très drôle. Je me suis posé la question pendant un quart de seconde. Honnêtement, il faut un gros égo pour animer. Mais autant je l'ai, autant je suis capable de jouer en équipe. Ce que les gens en pensent, je m'en fous! Je vais dire quelque chose qui va avoir l'air excessivement prétentieux, mais je sais ce que je vaux, je sais l'influence que j'ai et je sais que ce n'est pas comme un bouton qu'on éteint. J'ai à la fois un très gros égo et une modestie à géométrie variable. Je suis dans un rôle de figuration dans une émission qui n'est pas la mienne, et le gros projet télé que je développe ne me met pas en scène. Je ne suis pas à l'avant-plan. C'est curieux, mais ce n'est pas désagréable. Même si j'ai eu un petit pincement jeudi à 21 h (l'ancienne heure de diffusion de BazzoTV).

Je voulais revenir sur ton départ de la télé. On a beaucoup parlé de la disparition des crédits d'impôt fédéraux, mais j'ai eu l'impression que tu avais fait les frais de cette bataille, qui concerne bien des émissions toujours en ondes.

Dans les faits, oui. Les Francs-Tireurs sont dans cette situation-là, Deux hommes en or vont l'être dès l'an prochain. J'ai vraiment fait les frais.

Pourquoi?

Au moment où le refus du fédéral est arrivé, certaines émissions avaient déjà l'assurance du diffuseur qu'elles étaient reconduites. Et d'autres étaient soutenues par des maisons de production qui ont les moyens de combler le manque à gagner. On n'avait pas 300 000 $ pour maintenir BazzoTV en vie. Le résultat des courses, c'est que le genre «magazine» est voué à disparaître. L'émission que l'on prépare sera un «variétés».

Un «variétés» intello?

Ça va entrer dans la catégorie «variétés». Le diffuseur n'a pas le choix. Et ça va exiger des prouesses hallucinantes, si ça se concrétise.

Tu t'inquiètes pour l'avenir de la télévision?

Je constate qu'on est à une époque de divertissement en télé. Le financement accentue cette tendance-là. Je m'inquiète pour nous tous, téléspectateurs. Nous payons des impôts. Nous devrions avoir droit à une diversité beaucoup plus grande.

Parlant de diversité, tu as toujours tenu à faire entendre des points de vue divergents, chez tes invités et tes collaborateurs. La «Constellation Bazzo» n'a pas une seule couleur...

J'en suis très fière. Je suis une des premières, à l'époque d'Indicatif présent [à Radio-Canada], à avoir introduit un discours de droite dans une radio qu'on disait et qu'on dit toujours gauchiste. J'ai fait entendre le point de vue d'un Mathieu Bock-Côté ou d'une Lise Ravary.

Et d'un Paul St-Pierre Plamondon, qui se lance en politique. Tu perçois ça comment?

Je le trouve culotté!

On a l'impression qu'il y a une part de toi là-dedans...

Oui, oui. Je suis assez fière parce que je ne me lancerais pas en politique, je ne me commettrais pas comme ça - comme le fait Laure Waridel, par exemple -, mais ça me dédouane en quelque sorte de ne pas le faire, parce que je sers de levier pour d'autres. Je trouve que Paul amène quelque chose de très intéressant dans la course à la direction du Parti québécois même s'il sait très bien qu'il ne gagnera pas. L'orphelin politique s'est trouvé un véhicule. Je trouve que c'est le fond de mon travail politique et social: de nourrir le débat public, de mettre en lumière différents points de vue. Pour qu'au Québec, on discute d'autre chose que du cône orange qui cache la forêt!

Mais tu ne te lancerais pas en politique active...

Non! Jamais. Mes ambitions politiques sont ailleurs. Je l'ai souvent déjà dit: j'aimerais rendre au service public ce que le service public m'a donné. J'aimerais éventuellement diriger la radio de Radio-Canada. J'aime avoir une vision, voir grand et être entourée de gens qui stimulent ma vision et que je stimule aussi. J'aime le travail d'équipe. J'aime savoir que tranquillement, on fait avancer un peu les choses. Ou que je laisse une marque dans la collectivité, que je participe à la marche des idées. Pas par narcissisme, mais vraiment parce que j'y crois. Ça s'incarne de toutes sortes de façons: dans des livres, dans des soirées, des chroniques, des émissions de télé. Et si un jour je dirige une radio, ça s'incarnera à travers la vision que j'aurai.

Avec le recul, un an et demi plus tard, est-ce que ton départ de C'est pas trop tôt [l'émission du matin qu'elle animait à Radio-Canada] est resté comme une blessure?

J'ai vraiment l'impression de quelque chose d'incomplet, qui s'est interrompu malgré moi. Parce qu'il faut trois ans à une émission de radio pour qu'on en voie vraiment la texture. Je compare nos cotes d'écoute à celles d'aujourd'hui et, d'un point de vue administratif, c'est une décision stupide.

La direction était trop pressée?

Je ne peux pas t'en dire beaucoup. Mais je serais restée. Je ne peux pas en dire plus. Je pense qu'ils voulaient [Alain] Gravel, que Gravel était trop occupé avant, et que c'est un «boys club». On était allés chercher les 18-34 ans à un point tel que CKOI s'était mis à s'inquiéter. On n'avait pas baissé par rapport à [René] Homier-Roy, alors que tout le monde à la direction s'attendait à ce qu'on baisse. On s'est maintenus.

Ce qui dérangeait la direction, c'était que tu sois aussi à la télé...

Ça les dérangeait beaucoup. Alors que tout le monde fait ça un peu partout. Franchement, je ne crois pas que le travail de l'un nuisait à l'autre, d'aucune manière. Au contraire: pour moi, les deux se nourrissaient. Quand tu vois le nombre d'animateurs - surtout des gars - qui cumulent deux et trois émissions, notamment à l'antenne de Radio-Canada, je trouve qu'il y a eu deux poids, deux mesures. Ça, je l'ai un peu en travers de la gorge. Mais cela dit, j'ai quitté en excellents termes. La preuve, c'est que je suis revenue et que c'est l'information de Radio-Canada qui est venue me chercher, en plus. Mais j'aurais continué. Je n'aurais pas fait ça toute ma vie, mais j'aurais continué. Parce qu'en radio comme en télé, ça prend trois ans pour trouver ses marques et ne pas être un intrus pour l'auditeur qui a ses habitudes. J'aurais aimé avoir au moins trois ans. J'ai l'impression d'avoir été stoppée en plein vol. Mais quand je regarde les cotes d'écoute, je le prends comme une victoire personnelle.

On aurait pu penser que ça s'était mal terminé aussi à Télé-Québec, où tu développes d'autres projets. Tu restes toujours en bons termes avec tes ex?

C'est pas bête comme formule [rires]! Ça ne s'est pas mal terminé. La vie est trop courte. J'aime trop ce que je fais pour partir dans la chicane et la bagarre. Je peux être très pugnace, je peux être très ambitieuse, mais je n'ai aucun intérêt à ce que les choses se terminent mal avec des diffuseurs avec lesquels j'ai envie de travailler.

La collection de livres que tu diriges pose la question «De quoi le Québec a-t-il besoin?» Toi, tu as besoin de quoi?

J'ai un égo à nourrir! J'ai besoin d'une visibilité. J'aime ça. J'ai vraiment du plaisir quand la petite lumière rouge s'allume sur une caméra de télé ou dans la régie en radio. J'ai toujours un léger trac, nécessaire et souhaitable, avant d'entrer en ondes. J'ai vraiment, très égoïstement, besoin de ça: du spot, du micro. Mais c'est à égalité avec ce désir de faire avancer des idées.

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