L'avenir de la BBC se dessine jeudi

Depuis quelques jours, c'est le drame national au Royaume-Uni: le «meilleur... (PHOTO ARCHIVES AFP)

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Jacques Klopp
Agence France-Presse
Londres

Depuis quelques jours, c'est le drame national au Royaume-Uni: le «meilleur pâtissier», émission culinaire phare de la BBC, passe à la concurrence privée. Au grand dam des fans mais aussi de la chaîne publique qui devait en outre découvrir jeudi les nouveaux objectifs concoctés par le gouvernement.

L'annonce, lundi, que The Great British Bake Off allait passer sur la chaîne privée Channel 4 a créé un tel choc qu'elle a éclipsé dans les médias le retrait de la vie politique de David Cameron.

Même le prince William s'est joint au cortège des endeuillés: «Vous devez être désespérés», a-t-il lancé à de jeunes Britanniques mercredi lors d'une visite à un club de loisirs.

L'émission, qui réunit jusqu'à 15 millions de téléspectateurs devant le petit écran, est devenue une institution au Royaume-Uni dont l'appétit pour tout ce qui touche à la cuisine, aux casseroles et aux grands chefs semble insatiable.

La BBC aurait bien aimé garder son fleuron. Mais la société de production a estimé que la «Beeb», en offrant 10 millions de livres (17 millions $) par an selon la presse, était loin du compte et elle a préféré l'offre de Channel 4, deux fois et demie supérieure.

Le plus grand groupe audiovisuel public du monde, qui a supprimé des milliers d'emplois ces dernières années, ne pouvait renchérir, sous pression aussi du gouvernement qui le somme de privilégier la qualité sur l'audimat.

Engagée depuis 2010 dans un plan d'économie de 700 millions de livres, la BBC doit faire face à l'érosion de sa principale source de revenus: la redevance annuelle de 145,50 livres (252 $), payée par tous les foyers britanniques possédant une télévision et qui représente 3,7 milliards de livres par an.

«On demande à la BBC de faire plus avec moins», déplore Lorraine Heggessey, ancienne responsable de BBC One, la principale chaîne du groupe. La perte de The Great British Bake Off suscite, selon elle, «l'inquiétude quant à l'avenir de l'une de nos institutions les plus sacrées», écrit-elle dans le Daily Mirror.

Redevance et indépendance

D'autant que le drame culinaire intervient à un moment charnière puisque le gouvernement doit présenter jeudi la nouvelle «charte royale», une feuille de route pour la BBC pour les onze prochaines années.

Lorsqu'il était encore dirigé par David Cameron, le gouvernement avait présenté son projet de réformes le 12 mai dans un livre blanc. L'essentiel a été préservé puisque la redevance, que certains ministres voulaient supprimer, est garantie pendant au moins onze ans de plus.

Selon le livre blanc, la BBC, qui s'était inquiétée d'une ingérence trop importante de l'État, pourra également nommer au moins la moitié des membres de son conseil d'administration.

La réforme prévoit par ailleurs la suppression du BBC Trust, remplacé par un nouveau conseil d'administration pour gérer les questions et problèmes au jour le jour.

Pour la première fois en 94 ans d'existence, la BBC devrait être supervisée par un régulateur externe, l'organisme indépendant de contrôle des médias Ofcom.

Autre nouveauté: toutes les stars payées plus de 150 000 livres (260 000 $) annuels devraient voir leurs rémunérations rendues publiques, selon la charte présentée jeudi, contre un seuil de 450 000 livres (782 000 $) prévu dans le livre blanc. Plus d'une centaine de présentateurs et vedettes du petit écran seraient concernés, malgré les réticences de la BBC.

La «Beeb» craint que cela réveille l'appétit de la concurrence qui verse généralement des salaires plus élevés. Mais le gouvernement insiste sur l'impératif de transparence.

«Le public a le droit de savoir où va son argent», martèle une source gouvernementale.

La présidente de la BBC Rona Fairhead a déjà annoncé cette semaine que la réforme se fera sans elle.

Mme Fairhead, nommée en octobre 2014 à la tête du BBC Trust, avait reçu l'assurance de David Cameron de conserver ses fonctions au sein du futur conseil d'administration. Mais la nouvelle chef du gouvernement britannique, Theresa May, a décidé de mettre en place un processus de sélection auquel elle a choisi de ne pas prendre part.

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