Les noces de porcelaine de la téléréalité

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Si les critiques étaient sévères à l'égard de la téléréalité à ses débuts, elles se sont estompées et une culture de la téléréalité s'est même développée au Québec.

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Hugo Meunier
Hugo Meunier
La Presse

De Pignon sur rue à Vol 920, en passant par Star Académie, Loft Story, Occupation double, Un souper presque parfait et tant d'autres, la téléréalité québécoise bouleverse notre paysage cathodique depuis un peu plus de 20 ans. Des noces de porcelaine pour des émissions auxquelles des millions de téléspectateurs ont juré fidélité, pour le meilleur et pour le pire. Alors qu'elle se raffine en dérivant vers la docuréalité, la téléréalité n'a pas encore dit son dernier mot.

Il était une époque où la télévision était la chasse gardée des artistes, et où le mot «ballottage» était réservé au monde du sport.

C'est dans ce contexte que le rouleau compresseur de la téléréalité est arrivé. «Au début, c'était du voyeurisme où on montrait le quotidien tel qu'on ne l'avait jamais vu à la télévision: les candidats se rasaient, se maquillaient, etc.», raconte le vice-président création et développement de Productions Déferlantes (qui a pris le relais de Productions J), Jean-Martin Bisson, qui a travaillé notamment sur Vol 920, Occupation double et Loft Story.

Le fruit mûr de la téléréalité venait de tomber.

Mûr parce que toutes les personnes interrogées par La Presse sont unanimes: la téléréalité était inévitable.

Spécialiste de la télévision à l'École des médias de l'UQAM, Pierre Barrette la voit comme une transformation naturelle de la télévision, voire un signe de sa maturité. «Pendant ses 50 premières années, la télévision était beaucoup à la remorque du cinéma. La téléréalité, peu importe le format, reste ce qui est le plus purement télévisuel», constate M. Barrette.

Au Québec, la téléréalité a commencé assez discrètement par la diffusion de l'émission Pignon sur rue (1995-1999) à Télé-Québec. On y suivait un groupe de jeunes issus des régions qui prenaient d'assaut la grande ville.

Producteur chez Trinôme, Pierre Blais refuse humblement de s'accorder la paternité de la téléréalité québécoise. «C'était plutôt dans l'air du temps, dit-il. On avait une curiosité saine envers notre jeunesse. C'était fait avec une espèce de candeur et de pureté.»

L'émission s'avérait aussi une occasion inespérée d'explorer devant la caméra des «interdits» de l'époque.

«Il n'y avait alors pas de plateforme pour s'épancher sur notre intimité. Il y avait encore des tabous, l'homosexualité était encore cachée et un de nos participants de la deuxième saison était ouvertement gai.»

Le mal-aimé de la télé

Loft Story a ouvert la voie à la téléréalité de masse, qui atteindra des sommets avec Star Académie et ses cotes d'écoute millionnaires.

Celui qui était à la barre des saisons 2 de Loft Story et de Mixmania, Robert Montour, se souvient de l'accueil médiatique d'abord glacial réservé à ce nouveau genre.

«Les journalistes n'aimaient pas ça, relevaient le mauvais français et le côté laboratoire. L'Union des artistes déplorait que ça enlevait du temps d'antenne à de vrais comédiens», raconte le producteur et copropriétaire de la maison de production Datsit au sujet de l'émission québécoise inspirée de Big Brother.

Le succès fut instantané.

«Ç'a été un véritable raz-de-marée. Ça a ramené les gens autour de la télévision le dimanche soir», explique M. Montour.

Les critiques ont fini par s'estomper, ajoute-t-il. «Occupation double et Loft Story ont fini par faire de très bonnes choses, sans oublier des émissions comme Les chefs!

Une culture de la téléréalité s'est même développée. «La plupart des participants savent aujourd'hui dans quoi ils embarquent et comprennent que le succès sera passager», croit Jean-Martin Bisson, ajoutant que pour la grande majorité d'entre eux, la téléréalité constitue «le trip d'une vie».

Sauf de rares exceptions comme Kim Rusk, Maripier Morin ou Mathieu Baron - qui ont réussi à faire carrière à la télévision après avoir tourné dans des téléréalités -, le retour à la réalité est souvent ardu, constate le professeur Barrette.

«[Les participants] sont souvent désarçonnés par l'image qu'ils projettent dans l'émission et réalisent l'impact du montage. Ils se rendent compte à quel point ils sont manipulés. Tu es mégavedette, mais jetable», explique le professeur Pierre Barrette.

De la téléréalité au docuréalité

Aujourd'hui, la téléréalité se transforme et dérive de plus en plus vers la docuréalité, constatent nos intervenants.

Il suffit de penser au succès monstre de la série télévisée américaine Making a Murderer, offerte depuis décembre sur Netflix.

Si le mystère plane autour de la culpabilité de Steven Avery, une chose est néanmoins certaine: il y a présentement un engouement pour ce type de télévision.

«Ce genre n'aurait peut-être pas existé sans la téléréalité. Les gens se sont tannés de la formule Occupation double et Loft Story, mais pas de la vérité», croit Pierre Blais, convaincu que les téléspectateurs ont toujours cette quête d'authenticité.

Superhéros (Canal D), SQ (V), Infiltration (Z), 21 jours (auquel collabore l'auteur de ces lignes, sur TV5) ou De garde 24/7 (Télé-Québec): la liste des docuréalités s'allonge et témoigne de cette tocade télévisuelle. «C'est bien ficelé et captivant avec des budgets modestes», explique Robert Montour, qui a produit des docuréalités sur l'univers du Beach Club et des danseurs du 281.

Si le phénomène se transforme, la téléréalité ne semble pas s'essouffler, constate aussi Pierre Barrette.

Surtout pas aux États-Unis, où le nombre de téléréalités diffusées devrait atteindre 750 émissions en 2016, près du double de 2015.

«C'est rendu naturel dans les moeurs des gens de s'exprimer à travers l'image, ce qui était autrefois marginal et difficile d'accès. Il y a cette espèce d'idée qu'on n'existe pas si ce n'est pas dans l'oeil du public», résume Pierre Barrette.

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