Stephen Colbert prend le relais de David Letterman

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Thomas URBAIN
Agence France-Presse
NEW YORK

L'humoriste Stephen Colbert succède officiellement mardi à l'icône David Letterman aux commandes de l'émission The Late Show sur CBS, un pari dans un contexte incertain pour les grandes chaînes gratuites américaines.

Dernier dinosaure du talk-show de deuxième partie de soirée, Letterman a quitté la chaîne en mai après 33 années à l'antenne passées à moderniser comme personne ce format classique américain. Pour le remplacer, CBS a choisi Stephen Colbert, l'un des trublions de la chaîne câblée Comedy Central, popularisée par le Daily Show de Jon Stewart ou le dessin animé South Park.

Il arrive dans un paysage qui n'a plus grand-chose à voir avec l'âge d'or des grands talk-shows, symbolisé par Letterman, mais aussi Jay Leno et, auparavant, Johnny Carson. Les audiences sont en baisse et ce genre n'est «plus aussi central qu'auparavant» pour les téléspectateurs, explique Deborah Jaramillo, professeur à la Boston University.

«Les audiences sont beaucoup plus fragmentées» et les jeunes téléspectateurs regardent de moins en moins la télévision sur un poste dédié, souligne-t-elle.

Sur NBC, chaîne locomotive historique du talk-show de fin de soirée, le successeur de Jay Leno (depuis février 2014), Jimmy Fallon, a su attirer à lui une partie de ce jeune public, prisé des annonceurs.

Avant lui, Jimmy Kimmel, arrivé en 2003 sur le troisième grand réseau américain ABC, avait déjà dynamisé la case horaire. «Il a eu du succès en partie parce que ce qu'il faisait était facilement transposable sur YouTube», analyse Dominic Caristi, professeur à l'université de Ball State. En jouant sur d'autres terrains que celui du direct sur un poste de télévision, les chaînes sont parvenues à se repositionner dans le nouveau paysage médiatique.

En 2014, les revenus publicitaires des talk-shows de deuxième partie de soirée ont ainsi connu une hausse de 14 %, pour atteindre 597 millions de dollars, selon l'institut Kantar Media. Dernier arrivé et plus âgé des trois (51 ans), Colbert n'était pas, loin de là, le favori des spécialistes, qui voyaient davantage Jon Stewart dans ce rôle. «Je ne suis pas l'homme de la situation, lui l'est», a répondu Stewart dans le New York Times de mercredi.

«Il peut combler un vide»

Colbert est attendu ailleurs que Kimmel et Fallon, qui excellent dans les mises en scène potaches avec les vedettes d'Hollywood ou les séquences musicales avec chanteurs et acteurs. S'il a déjà annoncé qu'il ne reprendrait pas sur CBS le personnage de son émission The Colbert Report, un archi-conservateur hystérique sans aucun recul, «il pourrait traiter davantage des sujets de société» que ses rivaux, prédit Dominic Caristi.

La liste des premiers invités de l'émission, qui comprend notamment le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, et le juge de la Cour suprême Stephen Breyer, semble le confirmer. Il ne faut pas tant attendre du sérieux, prévient néanmoins Dominic Caristi, qu'un peu plus de finesse intellectuelle.

Colbert a déjà montré sur Comedy Central que sous ses airs de père de famille impeccable, il pouvait être l'un des humoristes les plus corrosifs de la télévision américaine, doué d'une répartie hors norme. «Il peut combler un vide», considère Mme Jaramillo, et attirer à la fois un public jeune mais aussi plus âgé.

Les enjeux financiers et le conservatisme des grandes chaînes américaines devraient néanmoins limiter les évolutions majeures, considèrent les spécialistes.

Le sacro-saint bureau, jouxtant le fauteuil de l'invité placé face au public, sera au rendez-vous, de même que le traditionnel monologue de début d'émission, debout. «Si vous regardez la télévision sans le son, vous ne verrez probablement aucune différence», s'amuse Dominic Caristi.

C'est d'ailleurs ce que reproche à la chaîne une partie de l'opinion. «Nous espérions que CBS prenne une orientation différente, en choisissant une femme ou une personne de couleur», regrette Mme Jaramillo. Hormis la parenthèse incarnée par le présentateur noir Arsenio Hall, entre 1989 et 1994, les grands animateurs de talk-shows du soir ont toujours été des hommes blancs.

Comedy Central a toutefois innové en choisissant l'animateur noir Trevor Noah pour succéder à Jon Stewart au Daily Show fin septembre.

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