Claude Rajotte: le défricheur

Rare rescapé du dernier virage de MusiquePlus/MusiMax, qui a remercié nombre de... (PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE)

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Rare rescapé du dernier virage de MusiquePlus/MusiMax, qui a remercié nombre de ses employés et têtes d'affiche, Claude Rajotte conserve son émission hebdomadaire, dont la nouvelle mouture sera en ondes dès le 15 mai. Entrevue avec un éternel défricheur.

En voyant les grands changements à la grille de MusiquePlus et MusiMax, je me suis dit que tu serais la personne toute désignée pour faire un bilan de cette expérience. Tu as célébré récemment tes 40 ans dans le métier...

Ça fait 41 ans cette année. J'ai commencé à 18 ans. Quand j'étais enfant, je jouais à l'animateur de radio et de télévision, ou au professeur. Et c'est à peu près ce que je fais aujourd'hui. J'écoutais CHOM en rêvant de faire des mix un jour...

Je t'ai connu à CHOM à l'époque de Nu Musik, à la fin des années 80. Tu nous faisais découvrir de la musique alternative que l'on ne trouvait pas ailleurs à la radio.

J'ai ensuite fait Nu Musik à MusiquePlus, qui est devenu Rage, et le Claude Rajotte Show. Maintenant c'est juste Rajotte! J'ai toujours aimé faire découvrir de la nouvelle musique. J'ai erré ces derniers mois à MusiMax, avec une programmation moins pointue, mais il va y avoir un rajustement de tir. J'aime faire jouer des trucs que l'on n'entend nulle part ailleurs.

Donc, à peu près tout le monde quitte MusiquePlus et MusiMax, mais toi tu restes...

Oui. Les dernières années ont été assez instables. On a changé de propriétaire trois fois. Et depuis le départ de Denis Talbot il y a six mois, la rumeur voulait que tout allait fermer fin mars. Je travaille depuis quatre mois avec des gens qui ne savent pas s'ils vont avoir une job ce printemps. Certains se sont fait dire qu'ils reviendraient mais ne sont jamais revenus. Je suis à peu près le seul qu'ils ont gardé parmi ceux qui sont déjà en ondes.

C'est un mode de fonctionnement qu'il fallait changer. Je faisais moi-même mon émission en me demandant combien de temps elle allait durer dans ce format-là. Je suis heureux de pouvoir rafraîchir le format visuel et le contenu éditorial. Parce que c'est ce que les gens retiennent de mon contenu. Ce n'est pas parce qu'on vieillit qu'on est moins curieux ou qu'on n'a pas le goût de faire des découvertes.

L'ancienne direction ne savait pas trop où elle allait. Je sais où je m'en vais et je vais continuer par là!

Tu parles de ce que les gens retiennent. On a beaucoup retenu Le cimetière des CD...

C'est une émission qui a duré 10 ans. Personne n'émettait son opinion comme ça en ondes, je pense. J'ai toujours beaucoup aimé les critiques. Quand j'ai commencé à comprendre l'anglais, je lisais les critiques britanniques et je trouvais qu'ils n'y allaient pas avec le dos de la cuillère! J'aime dire ce que je pense. Mais je me vois plus comme un guide qu'un critique. Il y a 10 fois plus de musique qui sort qu'il y a 20 ans. Je préfère parler de ce qui est intéressant et excitant que de ce qui est plate. Les gens aiment quand je bitche, mais je ne fais pas ça intentionnellement.

Tu ne t'es jamais lassé de faire ton métier?

Non. Il y a 15 ans environ, mes parents sont décédés et j'ai trouvé ça plus dur. J'avais des crises de panique, mais j'ai continué à travailler. Quand je découvre de nouvelles musiques, c'est toujours un grand plaisir.

Il y a beaucoup de gens qui restent nostalgiques d'un style de musique, ou d'une période musicale qui est souvent celle de leur jeunesse. Et qui s'intéressent moins à la nouveauté.

Je suis une exception, sans doute. Plusieurs de mes amis écoutent de la musique des années 60 ou 70. Pour moi, la musique est liée à la découverte. C'est comme si j'étais un astronaute. Je n'ai pas envie de rester sur la même planète tout le temps. C'est l'avenir qui m'intéresse. Ce que les nouveaux musiciens pensent de ce qui nous attend. J'écoute aussi du jazz, de la musique classique, mais pas mes vieux disques de Genesis!

Tu as été là dès les débuts de MusiquePlus?

Non. Mais j'étais à CHOM et je suivais ça de près. Leur programmation était beaucoup plus éclectique que la nôtre. Je suis arrivé à MusiquePlus en 1988, deux ans plus tard. Je faisais les fins de semaine au début.

Quel regard poses-tu sur l'évolution de la télévision musicale? On a l'impression qu'il y a eu un âge d'or du vidéoclip il y a 25 ans et que c'est le déclin depuis...

Il faut revoir sa façon de présenter la musique. Je crois que les gens ont encore besoin de quelqu'un pour les orienter. Je me vois comme un entonnoir qui filtre. Ceux que ça intéresse me connaissent. Ça fait tellement d'années!

D'être un «survivant» à MusiquePlus/MusiMax, comment tu perçois ça?

J'en ai vu tomber plusieurs autour de moi! Je me suis demandé il y a quelques années si je ne devais pas me recycler dans l'animation d'autre chose, mais j'ai décidé de rester dans la musique, parce que ça semble être ça ma force. Alors je continue!

Tu n'as plus de micro à la radio...

Ça me manque. Mais je trouve la radio extrêmement ennuyante. Les radios FM qu'on entend aujourd'hui sont l'équivalent des radios AM d'il y a 40 ans. Le FM d'il y a 40 ans, c'est le web aujourd'hui. Avant, chacun avait sa personnalité propre, chaque chaîne, chaque animateur. Je ne retrouve plus ça aujourd'hui. Je ne trouve pas que l'on diffuse à la radio ce que les gens devraient connaître. Il n'y a pas de variété. Les animateurs ne connaissent pas ce qu'ils font jouer souvent. Ce sont surtout des vedettes.

Les radios musicales sont terriblement consensuelles et conventionnelles.

C'est déprimant, mais elles ont d'excellentes cotes d'écoute. Alors on aura beau chialer, elles ne changeront pas grand-chose!

La quête de cotes d'écoute fait en sorte qu'il y a de moins en moins de musique à la télévision. C'est un phénomène mondial. Je lisais encore un texte là-dessus dans Les Inrocks récemment. MTV est devenue une chaîne de téléréalité...

Les gens n'écoutent plus la musique de la même façon. Il y a 30 ans, j'animais The Metal File qui attirait à la radio 70 000 personnes au quart d'heure. Le cimetière des CD faisait des cotes d'écoute de 100 000, ce qui était énorme à MusiquePlus. Aujourd'hui, oublie ça!

As-tu l'impression d'être une caution pour un diffuseur comme MusiMax? On a moins de musique, mais on a Claude Rajotte...

Peut-être. Je ne sais pas. Ils m'ont gardé, alors ils doivent m'aimer, j'imagine!

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