Bras de fer autour du costumier de Radio-Canada

L'émoi et les craintes suscités par la fermeture du costumier de Radio-Canada... (Photo: tirée d'internet)

Agrandir

Photo: tirée d'internet

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

L'émoi et les craintes suscités par la fermeture du costumier de Radio-Canada se sont transformés en bras de fer entre deux groupes montréalais désireux d'en faire l'acquisition.

D'un côté, la Corporation de développement économique communautaire Centre-Sud/Plateau Mont-Royal (CDEC) veut créer un organisme sans but lucratif (OSBL) pour préserver la collection. Travaillant en partenariat avec Culture Montréal, la CDEC a l'appui de l'Union des artistes, de l'Association québécoise de production médiatique, de l'Institut national de l'image et du son, de l'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec, de la CSN et du Conseil québécois du théâtre.

De l'autre côté, Espaces Costumes, une entreprise privée d'Hochelaga-Maisonneuve, souhaite faire une offre d'achat sur l'ensemble de la collection qui compte 70 000 costumes et 20 000 accessoires. Elle jouit de l'appui de l'Association québécoise des techniciens de l'image et du son (AQTIS) et de son service des costumes qui compte quelque 300 membres actifs.

À l'heure actuelle, Radio-Canada reconnaît être en négociations avec la CDEC et entend aller au bout des discussions entamées.

«Peu de temps après l'annonce de la fermeture du costumier (le 31 octobre 2014), nous avons reçu deux propositions: une de la CDEC et une de Culture Montréal. Les deux organismes ont décidé de jumeler leurs propositions, indique Marie Tétreault, chef de la promotion Information Télévision à Radio-Canada. Cette proposition répond aux objectifs de Radio-Canada de préserver l'intégralité des vêtements du costumier (à l'exception des costumes patrimoniaux qu'on souhaite céder à une institution muséale) à la disposition de l'ensemble de l'industrie.»

Privatisation redoutée

Le projet d'OSBL de la CDEC est en partie alimenté par la crainte que la collection soit privatisée. Dans un document de travail obtenu par La Presse, l'organisme affirme qu'un «rapide sondage» auprès d'utilisateurs du costumier révèle une inquiétude quant à une hausse des prix et à une baisse d'accessibilité si la collection passe entre les mains d'intérêts privés.

«Le fait qu'une société d'État cède au secteur privé une collection acquise avec des fonds publics provoque également de fortes réactions d'indignation», y lit-on.

Le document suggère que le costumier déménage en face de Radio-Canada, dans l'ancienne église Sainte-Brigide convertie en centre culturel communautaire. «Le costumier trouvera sa niche dans le réaménagement de la nef avec entre autres le projet du Cube, un centre de création théâtrale pour la jeunesse», peut-on lire.

Joint par courriel, le directeur général de la CDEC, Luc Raboin, a précisé à La Presse que le projet de déménagement à l'église Sainte-Brigide est «une option parmi d'autres».

Pas d'appel d'offres

Chez Espaces Costumes, le copropriétaire Simon Chamberland est fâché de la tournure des événements. Il affirme avoir eu, dans les derniers mois, des discussions avec des représentants de Radio-Canada qui lui auraient assuré qu'un appel d'offres serait lancé le 31 mars, jour de la fermeture définitive du costumier.

Ce n'est que tout récemment qu'on lui a dit qu'il n'y aurait finalement pas d'appel d'offres.

«Oui, je me sens berné. Si on m'avait dit avant comment procéder, j'aurais pu monter un dossier. On me disait qu'il ne se ferait rien avant le 31 mars. J'attendais cette date pour savoir ce qu'ils [Radio-Canada] recherchent.»

Dans un article mis en ligne sur son propre site le 6 novembre dernier, Radio-Canada affirmait qu'elle allait effectivement lancer un appel d'offres pour trouver une place aux articles du costumier. En entrevue, Marie Tétreault reconnaît qu'il en a été question.

«Après réflexion et après avoir reçu très tôt la proposition des deux groupes, on s'est toutefois demandé s'il était nécessaire d'aller en appel d'offres. Déjà, nous avions une proposition qui semblait pouvoir assurer la pérennité du costumier et garder l'intégralité des vêtements en un ensemble. Si on allait en appel d'offres, on s'exposait au fait de morceler la collection.»

Mardi, l'AQTIS a interpellé dans un communiqué le président et directeur général de Radio-Canada, Hubert Lacroix, afin qu'il accepte l'offre d'Espaces Costumes. Gérée par M. Chamberland et sa mère Nicoletta Massone, costumière reconnue dans le milieu, l'entreprise fait des affaires depuis 28 ans.

«Nous privilégions cette offre, car nous considérons qu'il est dans le meilleur intérêt du milieu artistique montréalais que ce patrimoine se retrouve aux soins de professionnels du domaine des costumes qui ont une solide connaissance et une longue expérience de la conservation et de la location de costumes», écrivent Bernard Arseneau et Katina Kordonouris, respectivement président et représentante du service des costumes à l'AQTIS.

Simon Chamberland n'est guère impressionné par l'offre de la CDEC. «Être costumier, c'est un métier, ça prend des investissements, dit-il. Il faut monter ça comme une bibliothèque avec chaque article au bon endroit. C'est beaucoup de travail», dit-il.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer