Tout le monde en parle: histoire d'un succès

Après 10 ans à la barre de Tout le monde en parle, l'animateur Guy A. Lepage... (Photo: fournie par Radio-Canada)

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Après 10 ans à la barre de Tout le monde en parle, l'animateur Guy A. Lepage fait le point. Discussion sur les questions, débats et invités d'une émission qui fait toujours autant jaser.

Es-tu étonné, 10 ans plus tard, que ton émission suscite toujours autant d'intérêt? On commente Tout le monde en parle, la présence ou l'absence de tel invité, comme si c'était un match de hockey. C'est rassurant, lassant?

C'est rassurant. Presque chaque jour, j'ouvre le journal ou mon ordinateur et je tombe sur quelque chose de Tout le monde en parle. Des fois, on ouvre même le bulletin de nouvelles avec une entrevue qu'on vient de faire. Je trouve ça très cool. Quand j'ai commencé Tout le monde en parle, il a fallu que je me positionne comme animateur, ce qui n'est pas ma tasse de thé. Je ne suis pas un animateur dans l'âme. Ça me surprendrait que j'anime quelque chose d'autre après. Cette émission-là, je l'ai mise un peu à ma main. Je sais ce que je veux en faire. Je suis en osmose avec mon équipe. On a du fun et pour ça, on n'est pas obligés de faire une 12e ou une 13e saison. Ça fait au moins sept ans que je dis: «Si c'est la dernière saison, fuck off

Tu n'es pas le genre à dire que tu ferais ça encore 10 ans...

J'ai fait «dix fois un an» jusqu'à maintenant. Radio-Canada nous demande toujours de revenir avant Noël pour la saison suivante et on donne notre réponse à la mi-avril. Mais ce n'est pas de l'acquis pour moi. Je ne vais pas dicter la façon de faire au prochain boss de Radio-Canada. Mais si le prochain boss ne veut pas accepter notre façon de travailler, il va se retrouver devant un mur d'hostilité. Il arrivera ce qui arrivera. Je ne crois pas qu'on soit le principal problème de la station présentement.

Avec le succès vient évidemment la critique de gens qui comme moi, trouvent que tu ne poses pas toujours les bonnes questions...

Je vais te dire ce que j'ai déjà expliqué à Patrick Lagacé. Quand il ne fait pas de télé, il est un journaliste de l'écrit. Il a besoin de la quote. Si à la fin de l'entrevue, le gars ne lui a pas dit: «J'ai tué ma femme», il a raté son entrevue. Il va sauter à la gorge du gars jusqu'à ce qu'il le dise. Mais avec une caméra braquée sur lui, le gars qui dit: «J'ai pas tué ma femme», en faisant une grimace, te donne ta réponse. Je considère que j'ai ma réponse quand ça fait 20 minutes que j'ai un gros plan sur ta face. Même si tu as tout nié, on le sait tous que tu es un hostie de crosseur. Je trouve que le non-verbal est une réponse. Et les monteurs de l'émission sont d'accord avec moi. Des fois, j'enlève mes questions un peu insistantes parce que j'ai eu ma réponse télévisuelle.

Mais ça peut donner l'impression que tu n'as pas assez insisté ou que tu n'as pas posé les bonnes sous-questions...

Toi tu dis ça, mais je vois les tweets passer sur l'émission et trois personnes sur quatre ont compris que le gars nous mentait. Ça me satisfait. C'est un peu comme dans un film, quand on coupe la réplique où il dit qu'il l'a tuée parce que dans la séquence précédente, on l'a vu la tuer. Monter Tout le monde en parle, c'est un peu comme monter un film. Je ne triche jamais, mais j'ai des caméras sur tout le monde. C'est la façon dont j'utilise mon instrument de communication.

C'est pour ça que tu te permets d'inviter une personne avec un point de vue controversé sans nécessairement lui opposer quelqu'un d'autre? C'est un autre reproche que j'ai souvent fait à ton émission.

Oui. Je trouve qu'on ne peut pas faire un débat en partant. Si cette semaine on faisait un débat entre un parent de djihadiste et un parent d'ex-djihadiste, et qu'ils commençaient à se pogner, on perdrait la moitié des téléspectateurs parce que personne n'aurait expliqué ce qu'est un djihadiste. Il faut expliquer c'est quoi. Il faut mettre la table, avec un seul point de vue. C'est sûr que la question ne sera pas réglée. Une fois qu'on a compris ça, on peut inviter Djemila [Benhabib] et Dalila [Awada], par exemple. Selon moi, Djemila a dominé intellectuellement ce débat-là, mais elle l'a perdu à la télévision, en criant. Je te parlais de l'image. Même si Chapleau avait raison, son geste avec Raël lui a fait du tort. Jean-François Lisée, qui est très intelligent, a parlé à Éric Duhaime, qui n'est pas un imbécile, comme s'il avait 4 ans...

Cette condescendance-là ne passe pas chez nous.

En France ça passe. (Il prend un accent français) «Lisée a démoli Duhaime», «Chapleau a massacré Raël». Ici, on prend le bord de la victime. Il faut être relativement prudent avec ça. Je me souviens d'avoir lancé le trophée de quelqu'un (Richard Desjardins) qui ne s'était pas présenté au gala de l'ADISQ...

J'allais justement te le rappeler! Tu parles de Djemila Benhabib. Je trouve que certains de tes invités ont droit à une free ride. Tu restes parfois en surface en abordant des questions complexes qui nécessitent de la nuance. Par souci de rejoindre le plus grand nombre de spectateurs?

Si on avait le public de Bazzo.TV ou de Deux hommes en or, on partirait tout de suite à la huitième question, au noeud du débat, en présumant que les 200 000 personnes qui nous regardent sont à la même place que nous. Je pensais que Tout le monde en parle aurait 500 000 de cotes d'écoute, dont 200 000 parce que je suis là. Quand on s'est rendu compte que c'était trois fois ou même quatre fois ça, je pense que c'est André Ducharme qui a dit: «Il faut revenir aux jeux de base.» Je pars au bas de l'échelle.

Tu me perds dans ce temps-là...

Je trouve que pour une émission hebdomadaire, notre moyenne au bâton est vraiment bonne. Je vais te dire un truc: plus je parle dans l'émission, moins je suis content du résultat. Quand les gens disent: «Une chance que tel invité était là pour poser telle question», j'ai envie de répondre - je ne le fais plus - que j'avais en réserve toutes les questions et que je suis heureux que ce soit un invité qui l'ait posée. Mon plus grand regret, c'est de ne pas pouvoir être un invité à l'émission. Je suis un bon invité pour des émissions de table ronde. Il y a plein de sujets qui m'allument, sur lesquels je pourrais pogner les nerfs, m'indigner. Pour moi, qui ne dit mot consent. Mais comme intervieweur, si j'antagonise un invité, je ne peux plus rien en tirer. Ça ferait un beau show de boucane, mais ça ne donnerait rien.

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