Canal+ doit se réinventer face à internet et Netflix

Canal+ a parié sur des créations originales, avec... (Photo: fournie par Canal+)

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Canal+ a parié sur des créations originales, avec des séries ambitieuses comme Les revenants.

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Laurence Benhamou
Agence France-Presse

Inventeur d'une télévision innovante et impertinente, manne du cinéma français et des clubs de soccer, Canal+, qui fête ses 30 ans le 4 novembre, est devenu un groupe international qui doit s'adapter à la déferlante de la vidéo sur internet.

Canal+, première chaîne privée française, est née de la volonté de François Mitterrand. Élu en 1981, le président confie le dossier à l'un de ses fidèles, André Rousselet, créateur de G7 devenu patron de Havas. Rousselet tranche: ce sera une chaîne à péage, sur le modèle de la chaine américaine HBO, avec Havas pour premier actionnaire.

Canal+, qui démarre le 4 novembre 1984, bouleverse un paysage audiovisuel français cantonné depuis dix ans à trois chaînes publiques - TF1, Antenne 2 et FR3.

Rousselet choisit comme directeur Pierre Lescure, alors patron de l'info sur Antenne 2 et producteur des Enfants du rock. Il amène avec lui Alain de Greef comme directeur des programmes.

Décidés à casser les codes de la télé, Alain de Greef ose des émissions inédites et invente un style, fait de provocation, d'audace et de dérision, vite baptisé «esprit Canal», héritier du ton débridé des radios libres de la fin des années 70. Nombre des talents de Canal+ viennent de Radio Nova, comme Karl Zéro, Édouard Baer ou Jamel.

Les début sont difficiles, entre problèmes techniques et piratage des décodeurs. Au bout d'un an, Canal+ perd 600 millions de francs, les analystes prédisent sa faillite, l'Élysée hésite à la revendre.

Mais les abonnements décollent, atteignent 2 millions en 1987 puis 4 millions en 1995. Ils oscillent depuis dix ans entre 4,5 et 5 millions d'abonnés.

Pour ses abonnés, Canal+ offre trois atouts clés: des films sortis en salle depuis moins d'un an, quantité de matchs de soccer et d'autres sports jusqu'ici à peine visibles, comme la F1, et des films X.

Pour le clair, vitrine de la chaîne, une émission-phare, qui démarre en 1987: Nulle part ailleurs, un talk show à l'américaine mélangeant information et divertissement. Ses séquences courtes deviendront cultes comme les Guignols, les Deschiens ou Groland.

En sports, où la chaîne révolutionne la façon de filmer les matches, son arrivée sur le marché fait monter les droits, une manne qui au final irrigue tous les clubs sportifs. La chaîne débourse 700 millions d'euros dans le sport chaque année.

Dans le cinéma, l'État a imposé à Canal+, en échange de sa fréquence, de consacrer 12% de son chiffre d'affaires au financement des films français (9%) et étrangers (3%).

Canal est restée depuis le principal bailleur de fonds du cinéma français et préachète environ 150 films par an, en investissant environ 200 millions par an dans le cinéma.

De nouveaux défis

Début 1993, Canal+ est un groupe européen et bénéficiaire. Mais en 1993, sous le gouvernement Balladur, Havas, la Compagnie Générale des Eaux (futur Vivendi) et Société générale prennent le contrôle de Canal+.

André Rousselet démissionne le 16 février 1994, remplacé par Pierre Lescure, en tandem avec le PDG de Vivendi Jean-Marie Messier.

Canal+ se développe tous azimuts: implantations internationales, lancement de StudioCanal, du bouquet de chaînes Canal Satellite, de la chaîne d'info i-télé, puis se lance dans le rachat des Studios Universal, qui sera un fiasco.

En 2002, Vivendi croule sous les dettes et Canal+ est en lourdes pertes. Le 16 avril 2002, Jean-Marie Messier évince Pierre Lescure, puis démissionne quelques mois plus tard. Bertrand Méheut, venu de l'agro-industrie, prend la tête de la chaîne. Depuis, Canal+ cherche des relais de croissance.

Elle parie sur les créations originales, avec des séries ambitieuses comme Les revenants ou Engrenages. Dans le clair, la chaîne a su renouer avec des talk-show à succès avec Le grand journal et Le petit journal.

En 2012, elle s'est diversifiée dans la télé gratuite généraliste avec D8, devenue la première des nouvelles chaînes de la TNT, et D17.

Canal+ mise aussi sur son service de vidéo à la demande illimité, CanalPlay, qui compte déjà 520 000 abonnés, pour résister à l'américain Netflix. Canal+ a aussi racheté Studio Bagel, collectif d'humoristes d'internet.

Mais Canal+ a aujourd'hui un problème de prix: à 40 euros (56 $) par mois, son abonnement coûte plus cher que Netflix et BeIN Sports réunis.

Une baisse de prix est impossible, a expliqué Bertrand Méheut au Figaro: une baisse de trois euros de l'abonnement ferait basculer le groupe dans le rouge en France.

Les dix dates qui ont fait Canal+

1984: le 4 novembre, naissance de la 1re chaîne à péage française. Quelque 186 000 abonnés fondateurs sont équipés d'un décodeur. À partir de 1987, la chaîne cryptée compte déjà deux millions d'abonnés.

1987: Pierre Lescure lance Nulle part ailleurs, avec Philippe Gildas et Les Nuls. L'émission prendra fin en 2001.

1992: lancement de CanalSatellite, un bouquet de sept chaînes analogiques, diffusé par satellite et destiné aux foyers non câblés.

1999: lancement d'i-Télé le 4 novembre (appelée i-télévision jusqu'en 2002), chaîne d'information en continu, qui deviendra gratuite en 2005 en basculant sur la TNT.

2004: début du Grand journal, avec Le petit journal de Yann Barthès.

2005: lancement de CanalPlay, site de téléchargement légal de vidéos sur internet.

2006: Canal+ absorbe son concurrent historique TPS et devient le premier groupe audiovisuel français.

2008: lancement de «Canal+ à la demande», service de vidéo à la demande.

2011: CanalPlay lance une offre de vidéo illimitée à la demande par abonnement (SVOD).

2012: lancement de D8 (ex-Direct 8) et D17 (Direct Star) sur la TNT gratuite.

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