Marc Beaupré, le très marquant Marc Arcand

Si Marc Beaupré ne pouvait rêver d'un plus... (Photo: Hugo-Sébastien Aubert, archives La Presse)

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Si Marc Beaupré ne pouvait rêver d'un plus beau rôle dans sa carrière, il est bien conscient du danger d'être étiqueté par le personnage de Marc Arcand.

Photo: Hugo-Sébastien Aubert, archives La Presse

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Série noire a tiré sa révérence lundi dernier, plongeant dans le deuil les fans de Marc Arcand, personnage extrême qui a enflammé les réseaux sociaux. Retour sur le phénomène avec son interprète, le comédien Marc Beaupré, qui espère que ce rôle hors du commun ne soit pas un cadeau empoisonné.

Série noire n'a pas peut-être pas récolté les cotes d'écoute espérées, mais, en revanche, ceux qui ont suivi la série sont des fans particulièrement ardents et c'est en grande partie la faute de Marc Arcand, personnage «Jack-in-the-box» créé par François Létourneau et Jean-François Rivard.

Manifestement inventé pour devenir culte, Marc Arcand fait dérailler l'intrigue et l'alimente en même temps, pour sa propre rédemption. C'est un psychopathe exhibitionniste, qui a ses moments touchants, des répliques qui tuent, et une logique bien à lui. Il manie les nunchakus comme un pro et gare à celui qui se moquera de son nom un peu ridicule, qui fait honneur à l'allitération. Dans une géniale mise en abîme, c'est un personnage qui échappe à ses créateurs, dans la série comme dans la vie. La preuve est que Marc Arcand a son compte Twitter, sa page Facebook et qu'une pétition circule pour le retour de Série noire et le «Marc Arcand World».

Le comédien Marc Beaupré ne pouvait rêver d'un plus beau rôle dans sa carrière. «Si on me demandait quel rôle j'aurais voulu jouer dans les 15 dernières années de la télévision québécoise, c'est celui-là», dit-il. Même si cela lui vaut d'entendre tous les jours des insanités, puisque ses admirateurs n'arrêtent pas de lui réciter les répliques particulièrement vulgaires de Marc Arcand. «Même mes amis me textent des affaires comme «Tu pues de la yeule, tu fourres mal, décâlisse», raconte-t-il en riant.

«Et puis, c'est la génération «selfie», hein. J'étais au Stade olympique pour le match de baseball et plein de gars voulaient se faire photographier avec Marc Arcand. C'est un honneur et ça me touche beaucoup.»

Une démesure mesurée

On a découvert Marc Beaupré dans un autre personnage de dur, celui du méchant délinquant Kevin Drisdell dans la série 2 frères en 1999. Pourtant, si on y pense, Marc Beaupré n'a pas vraiment le physique de l'emploi, il n'a rien de la grosse brute. Mais c'est, selon lui, la clé de la réussite de Marc Arcand. «Il apporte une dose d'humour et de frayeur. Il doit aussi être attachant parce qu'il doit se rapprocher de la petite Juliette. On doit y croire. La première fois qu'on le voit, il n'a l'air de rien, il est mal habillé et trop bien coiffé, comme Hitler. C'est pourquoi il crée la surprise quand il se déshabille dans la ruelle pour casser la gueule au scénariste. Un acteur avec un gros physique, ça aurait été trop, car Marc Arcand est déjà dans la démesure.»

Marc Beaupré a fourni des efforts considérables pour jouer Marc Arcand, s'astreignant à un régime sévère et allant chercher l'entraîneur d'Antoine Bertrand pour Louis Cyr, pratiquant les nunchakus une heure par jour pendant des mois, ce qui lui a permis d'improviser l'incroyable première scène de son personnage. Il était si enthousiaste qu'il était prêt à en faire trop, mais Jean-François Rivard lui a donné ce qu'il considère comme l'un des meilleurs conseils reçus par un réalisateur.

«Dès le premier jour de tournage, il m'a dit: «Sois juste simple, laisse les gestes parler d'eux-mêmes». Il y a 10 ans, j'aurais été insulté, parce que j'aurais pensé qu'on ne veut pas me voir briller. Je me sentais comme Heath Ledger en Joker, je voulais en mettre. Mais pas besoin d'être flamboyant. Marc Arcand a l'air normal, mais on sait de quoi il est capable. Il transgresse les limites. Il est un peu comme un chat tout fier de ramener un cadavre d'oiseau...»

Cette retenue dans l'extrême fait plaisir à Marc Beaupré qui estime en être rendu là dans son jeu d'acteur. Il est bien conscient du danger d'être étiqueté par ce rôle marquant et confiné dans un type de casting. C'est arrivé avec Kevin, qui n'a pas fait décoller sa carrière comme il l'aurait voulu. Qu'à cela ne tienne, il n'attend plus les coups de téléphone. Il a cofondé la compagnie de théâtre Terre des hommes, monté une version très moderne du Caligula de Camus, Caligula Remix. Il travaille actuellement sur une adaptation de L'Iliade d'Homère, où les comédiens vont «raper» les vers, ainsi qu'à une interprétation politique de Pygmalion inspiré par les propos de Lord Durham!

Marc Beaupré est bien plus un intello qu'un bum, passionné par la littérature et l'histoire. «Les comédiens habitués à jouer les jeunes premiers ont envie de jouer les extrêmes. Moi, c'est le contraire. J'en suis rendu à vouloir jouer, par exemple, le rôle d'un professeur qui transmet son savoir à ses élèves. J'ai besoin de ça. J'ai besoin que les gens puissent voir ce qu'on ne me laisse pas montrer à l'écran.» Ce qui ne l'empêche pas d'espérer le retour de Série noire... et bien sûr de Marc Arcand. Il n'est pas le seul!




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