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Une nouvelle production des Fées ont soif au Rideau Vert

Denise Boucher, auteure de la pièce Les fées ont... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Denise Boucher, auteure de la pièce Les fées ont soif, et Denise Filiatrault, directrice artistique du Rideau Vert

Photo Martin Chamberland, La Presse

Mario Cloutier

La directrice du Rideau Vert, Denise Filiatrault, ouvrira sa saison 2018-2019 avec Les fées ont soif, une toute nouvelle production de la pièce de Denise Boucher qui a été créée il y a 40 ans au TNM.

Coup de théâtre! Le sujet de la parité au théâtre prendra une couleur surprenante en 2018-2019 dans la programmation du Rideau Vert. Denise Filiatrault annoncera aujourd'hui que les cinq pièces de la saison seront mises en scène par des femmes et que le tout commencera le 25 septembre avec l'oeuvre phare de Denise Boucher, Les fées ont soif.

La production du Rideau Vert n'a rien à voir avec celle présentée à Québec en 2014-2015, qui avait remporté le prix de la critique pour le meilleur spectacle de l'année.

C'est Sophie Clément qui dirigera à Montréal les comédiennes Bénédicte Décary, Caroline Lavigne et Pascale Montreuil. La metteure en scène était de la création de la pièce en 1978 au TNM en compagnie de Louisette Dussault et de Michèle Magny.

«Je tenais à ce qu'on ouvre la saison avec cette pièce qui a tellement fait parler au Québec», explique Denise Filiatrault, directrice artistique du Rideau Vert.

«C'est mon genre de pièce pour ouvrir une saison, lance Denise Filiatrault. Du Filiatrault tout craché! Et ce n'est pas uniquement parce que c'est une femme qui l'a écrite, mais parce que c'est une femme de talent. J'ai hâte de voir comment la nouvelle génération va la recevoir. On a changé en 40 ans.»

«Pas tant que ça, ma chère, répond Denise Boucher. Le mouvement #moiaussi, par exemple. Les gens disent que c'est dépassé, mais quand je regarde Stormy Daniels contre le président américain, je trouve ça fantastique. Je la trouve belle.»

«Ouais, moi, je la trouve un peu girlie à mon goût», ajoute Denise Filiatrault.

Les deux Denise ne s'étaient jamais rencontrées avant ce rendez-vous avec La Presse. Elles s'étaient parlé au téléphone, évidemment, puisque l'idée de célébrer le 40e anniversaire des Fées mijotait dans la tête de Denise Filiatrault depuis longtemps.

«Sophie [Clément] est une excellente actrice. Elle tenait, avec Denise, à la refaire. Et moi, je trouvais intéressant que ce soit elle, justement, qui mette en scène une pièce qu'elle avait jouée. Une belle façon de boucler la boucle.»

Manifestation contre la pièce Les fées ont soif,... (Photo Paul-Henri Talbot, archives La Presse) - image 2.0

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Manifestation contre la pièce Les fées ont soif, le 14 décembre 1978

Photo Paul-Henri Talbot, archives La Presse

Place aux femmes

Et un coup de marketing extraordinaire au moment où les femmes prennent la place qui leur revient sur scène.

«On a choisi la pièce il y a deux ans, pas la semaine passée, souligne la directrice artistique du Rideau Vert. On a fait des auditions avec Sophie. J'ai mon mot à dire comme "haïssable".»

«C'est bien ça, comme directrice», approuve Denise Boucher.

Dans la présentation au Rideau Vert, la tête d'affiche est Bénédicte Décary qui joue Madeleine, la prostituée. Pascale Montreuil sera Marie, la mère, et Caroline Lavigne, donc, la «statue» de la Vierge.

«Dans la pièce, la statue dit qu'elle est la soumission, souligne Denise Boucher. C'est l'image que tout le monde reçoit des pouvoirs patriarcaux, c'est-à-dire que la femme doit être de telle façon pour leur plaire. On retrouve encore ça dans l'actualité.»

«C'est pour ça que je veux qu'on en fasse une bonne publicité pour que les jeunes femmes viennent la voir. J'y tiens beaucoup. Quel beau titre en plus. C'est vendeur», conclut Denise Filiatrault.

Conte de Fées

À l'automne 1978, ça prenait un tantinet de culot pour fendre les haies de manifestants de tous azimuts qui critiquaient, bien souvent sans l'avoir vue, la pièce Les fées ont soif au TNM. Les manifestants haranguaient les spectateurs qui osaient se présenter au TNM pour voir ce spectacle qui «insultait la Vierge Marie», selon eux.

«La vraie histoire des Fées, c'est qu'on a été poursuivies par les Jeunes Canadiens pour une civilisation chrétienne, un mouvement de droite fasciste originaire du Brésil incluant des membres de leur haut clergé. Ce mouvement prenait des noms différents à travers le monde», raconte Denise Boucher.

Pour défendre les représentations et sa pièce, la poète s'était alliée à l'archevêque de Montréal, Mgr Paul Grégoire, qui était, au contraire des Brésiliens, un défenseur de la théologie de la libération, plus près du peuple avec le «Mouvement et paix» qu'il a créé.

«Je l'ai rencontré, dit la poète. Les Brésiliens étaient logés par la Congrégation de Notre-Dame. À ma suggestion, il les a délogés. Il a aussi demandé aux groupes religieux québécois de se retirer des manifestations. Ce qui s'est fait aussi.»

Ensuite, Denise Boucher a eu gain de cause en Cour d'appel contre la censure de la pièce.

«La juge a posé une question à la procureure de la Couronne: "Qui représentez-vous?" Celle-ci a répondu: "Jésus et la Vierge Marie." La juge: "Est-ce que vous avez un mandat écrit?" L'avocate a dit non et la juge a rejeté la cause. Ils sont allés en Cour suprême, mais on a gagné.» 

Les fées ont soif est ensuite partie en tournée au Québec.




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