Florent Siaud: coeur de nomade

Cette année, Florent Siaud mettra en scène pas... (PHOTO Martin Chamberland, LA PRESSE)

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Cette année, Florent Siaud mettra en scène pas moins de trois pièces sur les scènes québécoises, en plus de travailler sur un opéra de Mozart en Suède.

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Son nom ne vous dit probablement rien. Pourtant, Florent Siaud est un jeune prodige de la mise en scène. En cinq ans, il a créé un pont entre le Nouveau Monde et le Vieux Continent, en ouvrant un dialogue entre les artistes québécois et européens. Rencontre.

Il a la fougue d'un jeune premier et l'étoffe d'un vétéran. Florent Siaud, 34 ans, ressemble encore au stagiaire débarqué au Québec, en provenance de Lyon. Toutefois, son curriculum vitae est bien garni. Impressionnant. 

Il a collaboré à des productions en Autriche, en Allemagne, en France, au Canada. Cette année, le jeune metteur en scène signe trois nouvelles pièces en quatre mois, en plus d'un opéra de Mozart, l'été prochain, en Suède. Après avoir fait un doctorat en études théâtrales en France, Siaud a assisté de grands artistes d'opéra, de théâtre et de danse, au Québec et en Europe. Puis, il a lancé sa compagnie, Les songes turbulents, en 2012.

Sur les traces de ses mentors, Denis Marleau et Brigitte Haentjens, Siaud s'est vite fait remarquer par le milieu et la critique; celle-ci lui a d'ailleurs remis un prix, l'an dernier, pour son éclatante mise en scène de 4.48 Psychose de Sarah Kane. 

La Presse rencontre le metteur en scène au petit café du Prospero, après les répétitions de Don Juan revient de la guerre. Son prochain rendez-vous est avec cette pièce du répertoire, écrite par Ödön von Horváth en 1935, trois ans avant la mort accidentelle du dramaturge à l'âge de 37 ans. 

«C'est un auteur qui m'accompagne depuis longtemps, comme spectateur, souligne Florent Siaud. Son oeuvre est très, très jouée en Europe. C'est un artiste important qui a traversé plusieurs pays européens entre les deux guerres.»

Ironique et tragique

Selon le metteur en scène, ce Don Juan qui revient à Berlin, après la Grande Guerre, est bien loin de l'éternel séducteur des classiques. «Don Juan a perdu de sa superbe. Son pouvoir de séduction se retourne contre lui, dit-il. C'est un personnage fuyant, à la fois lunaire et arrogant, sexuel et fatigué. Il incarne l'Ancien Monde impérialiste. Il n'a pas compris que l'Europe est en train de changer...»

On suit le personnage à travers ses multiples rencontres féminines, une trentaine de femmes qui représentent un microcosme de la nation allemande, des lendemains du conflit aux années folles. 

À quoi ressemble l'Europe du début du XXe siècle? «À celle d'aujourd'hui, rétorque le metteur en scène. Une société blessée et amère, mais aussi en pleine effervescence.» Inflation verbale et économique, dérégulation et spéculation. Une classe de privilégiés disparaît et une nouvelle lui succède. L'Europe des années 20 est donc un terreau favorable à la montée de la droite et du populisme. 

«Cette grande ronde des hommes a des échos avec le monde actuel, où tout change constamment sans qu'on sache vraiment où cela nous conduira...», croit le metteur en scène.

Éloge des acteurs québécois!

Pour jouer ce Don Juan lunaire et sensuel, Siaud a tout de suite pensé à Maxim Gaudette: «L'un des acteurs les plus vibrants du Québec!» Il sera entouré par six actrices tout aussi extraordinaires, jouant plusieurs rôles: Marie-France Lambert, Évelyne de la Chenelière, Danielle Proulx, Évelyne Rompré, Kim Despatis et Mylène St-Sauveur. 

Selon le metteur en scène lyonnais, les interprètes québécois sont d'une «rigueur extraordinaire».

«Ici, j'ai toujours travaillé avec des acteurs ayant une soif de connaissance, de compréhension. Ils abordent un texte nouveau comme s'ils exploraient un continent inconnu.»

Tout de suite après le Don Juan du Groupe la Veillée, Florent Siaud fera un grand saut dans la dramaturgie québécoise - qu'il souhaite faire depuis longtemps - en signant la création de la nouvelle pièce d'Étienne Lepage, Toccate et Fugue. «Une nouvelle écriture très subversive et corrosive, dit-il. À travers ses personnages, Étienne fait surgir l'animalité, le côté primitif de ces gens qu'on dit civilisés. L'effet de groupe crée parfois des monstres.»

L'artiste aime l'utopie, mais garde les pieds sur terre. «De nos jours, on a tendance à occulter la complexité de l'être humain. Nous ne sommes pas seulement des opinions, des statuts ou des tweets. Nous sommes des êtres traversés par des idées, des pulsions et des désirs contradictoires.»

À ses yeux, le théâtre est une zone de liberté incroyable pour jeter de la lumière sur ces zones d'ombre. «C'est pour cela que j'aime les textes polyphoniques, avec des personnages traversés de points de vue contradictoires.» 

À l'heure où les frontières se referment, le metteur en scène nomade estime, au contraire, qu'il faut repenser la pratique du métier. «Il est temps de mettre en pratique une utopie qui conjugue l'ancrage et le voyage, l'itinérance et la sédentarité», conclut Siaud.

Son actualité 2017

> Don Juan revient de la guerre d'Ödön von Horváth, du 28 février au 26 mars, au Théâtre Prospero

> Toccate et Fugue d'Étienne Lepage, du 11 avril au 6 mai, au Centre du Théâtre d'Aujourd'hui

> Nina, c'est autre chose de Michel Vinaver, création en janvier dernier à la Comédie de Picardie, en reprise en octobre au Théâtre La Chapelle

> Così fan tutte de Mozart, à l'Opéra royal de Drottningholm, en Suède (assistance à la mise en scène), en juillet et août




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