Mafane et Naeim Jebelli: «planter des antivirus»

Mafane vient de l'île de la Réunion et... (PHOTO NINON PEDNAULT, LA PRESSE)

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Mafane vient de l'île de la Réunion et Naeim Jebelli d'Iran. Les deux artistes de la scène ne se connaissaient pas avant la rencontre suggérée par La Presse, mais ils se sont rapidement découvert des intérêts, voire des idéaux communs.

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Mario Cloutier

Avant Attentat qui sera présenté à Montréal à la fin du mois, deux spectacles nous parlent de la difficile, mais nécessaire, rencontre avec l'Autre. La ruée vers l'autre et La femme comme champ de bataille sont des antivirus contre le mal qu'on ne peut plus cacher.

Mafane vient de l'île de la Réunion et Naeim Jebelli d'Iran. Les deux artistes de la scène ne se connaissaient pas avant cette rencontre suggérée par La Presse, mais ils se sont rapidement découvert des intérêts, voire des idéaux communs.

Ils ont accepté de nous faire part de leurs impressions sur l'attentat de Québec.

Naeim Jebelli est né dans une famille musulmane, mais il est non pratiquant. Il croit au respect de la religion de chacun. 

«Le Québec est un corps gentil, accueillant, chaleureux, mais qui a un virus dormant en lui, décrit-il. À un moment, ce virus peut rendre la personne malade. C'est ce qui est arrivé à Québec. Ce que l'on décrit dans notre pièce est un virus virulent. Parfois, le virus peut donner la fièvre, mais pas toujours une maladie. Il faut s'assurer de s'en occuper avant d'en arriver là.» 

«On n'est pas à l'abri ici d'une étincelle qui peut avoir des conséquences néfastes, d'un virus dévastateur, croit aussi Mafane. Le Québec fait penser à une bulle tranquille, à l'écart du monde, mais il peut y avoir des monstres en dormance qui se réveillent de temps à autre.»

Et Naeim de poursuivre: «C'est notre responsabilité, comme artistes, de planter des antivirus. Je crois à l'effet papillon. Une personne peut être touchée, puis, à son contact, une autre et une autre, et ainsi de suite.» 

Des ponts

L'art peut aider à construire des ponts entre les gens de cultures différentes, croient-ils. 

«L'art peut aider à nous prémunir contre les virus, dit Mafane. Souvent, on prêche aux convertis, mais ce n'est pas une raison pour ne pas faire de l'art. Au contraire, pas à pas, personne par personne, on peut aider. Une oeuvre d'art peut pénétrer l'esprit et le coeur de quelqu'un et émerger ou prendre son sens plusieurs années après.»

Son spectacle La ruée vers l'autre rassemble des contes qui parlent du rapport à l'Autre. 

«Quand on migre, ce qu'on a de plus précieux est, en nous, notre part la plus humaine. On ne peut pas tout comprendre de l'Autre, mais il y a un espace, qui n'est pas une frontière entre nous, et qu'il faut à tout le moins chercher à comprendre. C'est dans cet espace que se produit la rencontre.»

Guerre de Bosnie

La pièce du Franco-Roumain Matéi Visniek, La femme comme champ de bataille, mise en scène par Naeim Jebelli, traite du viol d'une femme durant la guerre de Bosnie. 

«Les Nations unies l'envoient en Allemagne où une psychiatre britannique la traitera. Peu à peu, l'incompréhension fera place à la rencontre. J'en ai fait une version globale parce que la violence faite aux femmes est mondiale.»

«Dans la pièce, on ne fait pas la leçon, ajoute-t-il. On montre simplement une partie de l'histoire d'Europe. On ne parle même pas de l'Islam ou de radicaux, mais d'une histoire européenne qui pourrait se passer n'importe où.»

Choc des cultures

Là-bas, ici, le choc des cultures. On subit tous des migrations auxquelles il faut s'adapter. Même quand on reste au même endroit, le monde autour de nous change et exige de nous d'agir différemment. 

«Je n'ai pas de réponse, avoue Mafane. Les questions unissent les gens, les réponses les divisent. La rencontre n'est pas impossible. Je la crois possible. Je l'ai vue à la veillée de Montréal pour les victimes de Québec. Malheureusement, c'est une tragédie qui l'a permise. Quand on est placé devant des événements terribles, on voit que nous ne sommes pas si différents les uns des autres.» 

Les migrants en savent quelque chose. Ils doivent apprendre à vivre avec des gens de plusieurs nationalités, plongés dans une ville qu'ils ne connaissent pas. 

«La base, c'est le respect des gens et des cultures, conclut Naeim Jebelli. Il faut trouver des ponts. Ce n'est pas le temps de construire des murs entre les nations.» 

La ruée vers l'autre sera présentée au MAI (Montréal arts interculturels) les 10 et 11 février et La femme comme champ de bataille du 22 février au 5 mars au même endroit.

Également à l'affiche

> Act of God est au Prospero jusqu'au 11 février. Une pièce sur les racines souterraines qui unissent les humains en détresse.

> Attentat sera au Quat'Sous du 27 février au 4 mars. La réponse des poètes à la violence des mots et des pensées. 

> Ligne de bus est repris aux Écuries du 15 au 25 février. Une bombe explose dans un autobus de ville. Acte terroriste ou non?

> M. Ibrahim et les fleurs du Coran est présenté au TNM du 22 février au 4 mars. Amitié improbable entre un jeune Juif et un vieux commerçant arabe.

> Z comme Zadig est au centre Segal jusqu'au 26 février. Zadig s'exile et retrouve la lumière après souffrances diverses et rencontres surprenantes.




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