8 de Mani Soleymanlou: la bande des huit

À mi-chemin entre réalité et fiction, création collective... (Photo Olivier Jean, La Presse)

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À mi-chemin entre réalité et fiction, création collective et pièce d'auteur, mise en abyme et work in progress, 8 approfondira le processus de création théâtrale à Orange Noyée. De gauche à droite: Éric Bruneau, Jean-Moïse Martin, Mani Soleymanlou, Emmanuel Schwartz, Kathleen Fortin, Geneviève Schmidt Julie Le Breton et Guillaume Cyr.

Photo Olivier Jean, La Presse

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Après les festifs Ils étaient quatre</span> et Cinq à sept, le metteur en scène et comédien Mani Soleymanlou propose une nouvelle pièce et un nouveau chiffre: 8. Une création qui interroge le rôle de l'artiste en 2017.

Au commencement était le Doute. Pour dompter ce doute, l'acteur s'est levé pour monter seul sur scène et prendre la parole. Ensuite, cette parole est devenue double, triple. A été reprise par un quatuor, puis un choeur.

L'acteur, c'est bien sûr Mani Soleymanlou qui, de ses débuts avec Un à 8, le prochain spectacle produit par sa compagnie Orange Noyée, explore l'exil et la solitude de l'artiste dans la Cité. Pour mieux toucher à l'universel.

En six spectacles, le metteur en scène et comédien d'origine iranienne a pris la parole sous diverses formes scéniques, mais toujours avec le désir d'aller à la rencontre de l'autre: amis, artistes, spectateurs ou citoyens.

Avec 8, la proposition de Soleymanlou est résolument collective et ouverte. «Nul homme n'est une île, un tout en soi; chaque homme est partie du continent», écrivait le poète anglais John Donne, il y a quatre siècles. D'ailleurs, le nom de sa compagnie, Orange Noyée, évoque l'idée que «nous sommes submergés par notre temps, notre époque». Cette réflexion est au coeur de 8, qui prend l'affiche de la Cinquième Salle mardi. La création clôt un cycle de création en regroupant les quatre acteurs et les quatre actrices des pièces précédentes.

La prémisse de 8 est à la fois simple et ambiguë... Comment raconter une histoire en 2017? À quoi sert la prise de parole au théâtre de nos jours? Vastes questions.

«En tant que créateur de théâtre, j'ai une tribune exceptionnelle, dit Mani Soleymanlou. Je parle aux médias et je produis un show à la Cinquième Salle, un théâtre situé en plein centre-ville, en forme de forum. Alors j'interroge le pourquoi de cette prise de parole à cet endroit et à cette époque, en particulier.» Sans nécessairement lui donner une utilité, le metteur en scène pense qu'il faut donner un sens à l'acte théâtral dans un monde absurde.

Mani Soleymanlou, metteur en scène et comédien... (Photo Edouard Plante-Fréchette, archives La Presse) - image 2.0

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Mani Soleymanlou, metteur en scène et comédien

Photo Edouard Plante-Fréchette, archives La Presse

Le vrai du faux 

8 est donc l'histoire d'un spectacle au cours duquel huit interprètes vont «se livrer au public sans retenue, sans personnage et sans masque». Les comédiens portent leur vrai nom et expriment leurs points de vue divergents dans le spectacle. Pour mieux briser le quatrième mur.

À l'heure des démocraties divisées, de la polarisation des débats aidés par ces réseaux qu'on dit «sociaux», bien que gérés par des algorithmes qui nous isolent encore plus, le théâtre peut-il unir les citoyens dans la Cité? Éric Bruneau répond que la question du pourquoi faire du théâtre se pose encore plus dans le contexte social actuel. 

«À quoi ça sert, faire du théâtre dans le monde d'aujourd'hui? À une époque où tout le monde peut exprimer et publier ses opinions sur la place publique, notre métier doit avoir encore plus de sens, estime Bruneau. Je pense que l'artiste ne doit pas être simplement une voix de plus dans le vacarme incessant du commentaire sur les réseaux sociaux.»

Ensemble, c'est tout

À mi-chemin entre réalité et fiction, création collective et pièce d'auteur, mise en abyme et work in progress8 approfondira le processus de création théâtrale à Orange Noyée. Ateliers, discussions, verbatim, canevas de texte, puis coupures, ajouts, répétitions... «Il y a huit plumes [plus, en comptant les concepteurs] qui ont collaboré au texte, dit Mani. Je suis davantage un script-éditeur qu'un auteur.»

«Après nos rencontres, Mani s'en va chez lui avec plein de matériel et tamise le tout pour accoucher d'un texte, explique Julie Le Breton. La matière est collective, mais ça reste l'univers de Mani. À un moment donné, on a besoin de quelqu'un qui tranche dans la troupe.»

8 est l'histoire d'une bande d'artistes et d'amis où chacun souhaite lier sa petite histoire à la grande Histoire, dans une salle de répétitions de théâtre. «L'artiste sur scène est un spectateur qui se lève qui est capable de parler à ses contemporains», avance Éric Bruneau, en paraphrasant un autre grand acteur, Guy Nadon.

«Un spectacle où la frontière entre la réalité et la fiction est trouble, où une troupe va réécrire le cours des évènements au cours d'une soirée qui changera à jamais les interprètes», conclut Soleymanlou. Sans vouloir trop en dire, question de ne pas vendre de «punchs»...

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8, une création de (et avec) Mani Soleymanlou, avec la collaboration des interprètes: Éric Bruneau, Guillaume Cyr, Kathleen Fortin, Julie Le Breton, Jean-Moïse Martin, Geneviève Schmidt, Emmanuel Schwartz, à la Cinquième Salle de la Place des Arts, du 10 au 28 janvier; puis au Théâtre français du CNA à Ottawa, du 1er au 4 février.




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