David Bobée: le premier spectateur

Le metteur en scène David Bobée indique qu'il... (PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE)

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Le metteur en scène David Bobée indique qu'il ne peut pas «faire un spectacle de théâtre sans acrobate». Ainsi, Anthony Weiss tient un rôle important dans Lettres d'amour.

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Mario Cloutier

Météore du théâtre français âgé de 37 ans, David Bobée a créé des spectacles en Russie, en Indonésie, en Tunisie et au Québec, notamment. Directeur de théâtre en Normandie et conseiller de la ministre de la Culture française en matière de diversité, ce jeune homme très demandé ne fait pas les choses comme les autres. Surtout pas au théâtre.

Comment s'est bâti ce projet?

Je suis assez influencé par les endroits où je fais des créations, donc par Ginette Noiseux, ses engagements artistiques et politiques, son féminisme. J'ai voulu travailler sur une parole féminine. Me sont revenues en mémoire les Lettres d'amour d'Ovide, poète latin contemporain de Jésus-Christ. Evelyne commençait sa résidence ici [à Espace Go]; comme c'est une parole très fine avec un registre élevé, on s'est dit qu'on pourrait faire cohabiter ces deux écritures.

Le texte n'est pas le seul élément. Vous composez aussi le spectacle en répétitions.

C'est mon ADN. C'est ma façon de faire, que ce soit Shakespeare, Hugo ou Calderón. Faire du théâtre, pour moi, c'est faire avec tous les artistes qui sont à l'oeuvre. Mon boulot, c'est de tresser la créativité des uns et des autres ensemble. Je ne fais pas du théâtre pour être le réalisateur de mes propres idées. Je ne suis pas plus intelligent que qui que ce soit. Le théâtre est un endroit de recherche et de créativité. Par définition, la création, c'est faire survenir des choses qui n'existent pas encore.

Venant du cinéma, vous vous posez en premier spectateur du spectacle?

Je ne suis pas arrivé au théâtre par une école de théâtre. En France, le texte est toujours primordial. L'auteur est sacré et le metteur en scène possède le pouvoir, tel un Moïse qui a reçu les textes et les transmet au peuple des élus. Moi, je rentre au théâtre par les gens qui sont au plateau. Tout ce qu'ils sont: leur personne, leur corps, leur personnalité.

À deux semaines de la première [au moment de l'entrevue], tout n'est donc pas fixé?

Je ne sais jamais ce que ça va donner au final. J'essaie d'être le plus honnête possible par rapport à la recherche et à l'amour des différentes personnes qui sont là. Je ne sais pas si ce sera un bon show ou pas. Ce n'est pas le but. Le but, c'est de faire un travail de création. Sinon, je change de métier. Il faut que je sois dans une zone d'inconfort, de doute. Je suis suffisamment solide pour affirmer la fragilité. Je mets tous les éléments ensemble pour que le spectateur puisse le prendre, l'accepter. Il est au coeur de mon processus créatif et, au final, c'est lui qui décide. Heureusement, la réponse a été bonne jusqu'à maintenant.

Le cirque est important pour vous?

Je ne peux pas faire un spectacle de théâtre sans acrobate. Quand je monte Hamlet, c'est à un acrobate que je donne le rôle d'Hamlet. Mes producteurs français se sont mis à hurler: tu es fou! Sauf que la vérité et la réalité d'un acrobate en scène et sa capacité à créer des renversements physiques font que son corps devient métaphore.

On transcende la notion de multidisciplinarité dans ce cas-là.

C'est comme ça que je fais dialoguer les disciplines. Je n'ai pas appris les cloisonnements au départ. Je crois que ce genre de spectacle est le reflet d'aujourd'hui. On vit dans un monde multiple et fragmenté. Le théâtre d'aujourd'hui ne peut que ressembler à ce bordel dans lequel on vit. Mais ce bordel peut être joyeux.

Et la musique se situe au même niveau que les autres éléments?

Bien sûr. Une communauté artistique au travail est toujours une image d'une communauté plus large. Moi, je m'assure que personne ne prenne le pouvoir sur qui que ce soit. Que chacun ait sa place et soit respecté comme personne et comme artiste pour que le spectateur puisse embrasser cette multitude. Quand l'humilité, la générosité et la bienveillance sont mises en place dès le départ, ça se passe assez joliment.

Aimeriez-vous créer un spectacle à grand déploiement?

Je refuse les grosses productions. Je viens de le faire à Taïwan parce que le cadre était trop rigide et qu'il y avait trop de moyens. Non merci. J'ai besoin de relations humaines. Le bonheur de rencontrer des gens comme Macha Limonchik, les Dear Criminals et Anthony Weiss...

Vous êtes très engagé politiquement, mais ce spectacle ne l'est pas.

Ça me fait du bien de faire un spectacle qui n'est pas politique dans le propos. Il est humaniste, féministe, mais il n'a pas un propos politique direct sur le monde. Après les attentats en Europe, que fait-on? J'essaie d'agir politiquement d'un côté, mais je ne veux pas utiliser le temps du théâtre pour tenir un discours. J'ai besoin d'amour et qu'on se prenne dans les bras, qu'on passe du temps ensemble. Qu'on écoute les lettres d'amour du Ier siècle après Jésus-Christ. Comme metteur en scène, c'est ma réponse à la barbarie. Retourner à l'essentiel de l'humanité.

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À Espace Go du 12 avril au 7 mai.

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