François Barbeau, 1935-2016: la mort du maître

Le costumier François Barbeau est mort hier matin.... (PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le costumier François Barbeau est mort hier matin. Il avait fêté ses 80 ans le 27 juillet dernier.

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Luc Boulanger
La Presse

Il était fait de l'étoffe de ses rêves... et il est mort dans son sommeil. Le costumier François Barbeau est mort hier matin. Il avait fêté ses 80 ans le 27 juillet dernier. Le milieu culturel perd un créateur de génie, «l'un des plus grands que le Québec ait connus, toutes catégories confondues, selon Michel Tremblay. Le public ne s'en rend peut-être pas compte, car Barbeau a toujours travaillé dans l'ombre», dit l'auteur en entrevue à La Presse.

Au théâtre, à l'opéra, au ballet et au cinéma, François Barbeau a créé un nombre incalculable de costumes et travaillé à plus de 600 productions.

En 60 ans, de la Comédie-Française à Hollywood (il a habillé Marlon Brando et Burt Lancaster), de Casse-Noisette à Cyrano de Bergerac, des Belles-soeurs aux Trois mousquetaires, Barbeau a touché à tout. Avec des budgets faramineux autant que modestes. Le créateur pouvait dénicher des accessoires au Village des valeurs pour une production dotée de peu de moyens financiers.

Des ailes de tissu

Au théâtre, la griffe de Barbeau était unique, visible à l'instant même où le personnage s'avançait: le souci de la matière, l'élégance de la coupe, l'art du détail, l'harmonie des couleurs, la recherche de la perfection.

Ce n'est pas pour rien qu'on surnommait Barbeau le magicien, le maître. Il ne faisait pas qu'habiller les interprètes: il les rassurait, leur donnait confiance. «Barbeau me donnait des ailes», confie Anne-Marie Cadieux, jointe hier, quelques heures avant de monter sur scène à Drummondville. «Barbeau laisse une marque indélébile sur le théâtre québécois», estime l'interprète de Sarah Bernhardt dans La divine illusion.

Dans cette récente production du TNM, Cadieux porte, entre autres costumes signés Barbeau, une robe créée pour la grande Denise Pelletier. «Barbeau a redessiné à la main, au crayon mauve, le tissu de la robe pour lui redonner son éclat. Il pouvait passer des heures sur un détail, simplement pour magnifier les interprètes d'une distribution», poursuit l'actrice.

Haute couture

Au printemps 2014, pour la production des Liaisons dangereuses chez Duceppe, Barbeau avait créé des chapeaux avec des plumes qui rappellent ceux de Schiaparelli, des tailleurs et des robes élégantes à l'image du New Look de Dior. De la haute couture sur les planches, du jamais vu.

«François ne faisait pas juste un costume: il construisait un personnage, en travaillant autant l'intérieur que l'extérieur. Il avait une façon de penser, une réflexion sur la pratique du théâtre qui va disparaître avec lui», estime Serge Denoncourt.

Joint en Serbie, où il retravaille avec les artisans du spectacle GRUBB, le metteur en scène était «sous le choc». Normal: Barbeau était son proche collaborateur et ami depuis 25 ans. Ils ont travaillé sur une série de pièces à succès, dont Christine, la reine-garçon, Les trois mousquetaires et Cyrano. Jusqu'à ces derniers jours, les deux artistes collaboraient à la future production de Roméo et Juliette, qui sera présentée au TNM en juillet prochain ainsi qu'à l'opéra Les feluettes.

Il a créé le métier

«C'est grâce à lui que les interprètes n'ont plus besoin de trouver leurs costumes pour jouer au théâtre à Montréal, remarque Janine Sutto. Il a créé le métier de costumier au Québec, à La Roulotte avec Paul Buissonneau, puis comme concepteur attitré au Rideau Vert, à l'époque d'Yvette Brind'Amour.»

«Avant lui, les actrices pigeaient dans leur garde-robe pour habiller leur personnage.»

La directrice de l'Espace Go, Ginette Noiseux, a rencontré François Barbeau lorsqu'elle étudiait à l'École nationale de théâtre (Barbeau a été chef de ce qui s'appelait à l'époque le programme de décoration de l'École, de 1971 à 1987). «Barbeau m'a mise au monde! dit Noiseux. Il maîtrise tout, autant la coupe que la confection. Barbeau, c'est une école en soi. La création, c'était sa vie.»

Au printemps 2014, le maître résumait à La Presse sa vision de son art. «Lorsque le personnage entre sur la scène, le costume doit exister et donner son impact. Mais après les 20 premières secondes, il doit se faire oublier.» À l'image de Barbeau, créateur de génie qui a illuminé toutes les scènes, en demeurant continuellement dans l'ombre.

Barbeau en six dates

Bien que travailleur de l'ombre, Barbeau a reçu sa part de prix et de reconnaissance du milieu depuis 50 ans. En 2014, le Centre d'exposition de l'Université de Montréal lui a consacré une magnifique rétrospective. Le créateur a aussi reçu de nombreux prix (Génie, Masque, Jutra et Emmy), en plus de l'Ordre du Canada.

27 juillet 1935: Naissance à Montréal

1961: Premier contrat au TNM pour la conception de costumes de Long Day's Journey Into Night d'Eugene O'Neill

1962: Devient concepteur de costumes attitré du Rideau Vert, puis commence à enseigner à l'École nationale de théâtre.

1999: Signe les multiples costumes du «transformiste» Arturo Brachetti, pour la tournée mondiale de son spectacle.

2010: Collabore avec le Cirque du Soleil pour les créations Dralion et Wintuk.

2016: Le TNM devait annoncer, lundi prochain, que Barbeau signerait les costumes de Roméo et Juliette.

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