Ce que nous avons fait: un couteau dans l'âme, ***1/2

Marie-Pier Labrecque et Robert Lalonde dans la pièce... (Photo Marilène Bastien, fournie par le Théâtre d'Aujourd'hui)

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Marie-Pier Labrecque et Robert Lalonde dans la pièce Ce que nous avons fait de Pascal Brullemans, présentée à la salle Jean-Claude-Germain du Centre du Théâtre d'Aujourd'hui.

Photo Marilène Bastien, fournie par le Théâtre d'Aujourd'hui

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Luc Boulanger
La Presse

Dans une mise en scène dépouillée, avec beaucoup d'humanité, le comédien et metteur en scène Michel-Maxime Legault aborde un drame personnel pour sa première création dans le cadre de sa résidence au Théâtre d'Aujourd'hui: celui de sa soeur, atteinte de schizophrénie. Du point de vue de l'entourage de la malade et des répercussions que ses épisodes psychotiques ont auprès de sa famille.

Dans une mise en scène dépouillée, avec beaucoup... (Photo Marilène Bastien, fournie par le Théâtre d'Aujourd'hui) - image 1.0

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Michel-Maxime Legault a demandé à l'auteur Pascal Brullemans de mettre son histoire en mots. À l'affiche depuis mardi, Ce que nous avons fait est un court mais intense moment de théâtre-vérité; une pièce qui touche droit au coeur.

Que fait-on lorsque la maladie s'invite dans nos vies? Comment ne pas se sentir atteint soi-même, et prendre un peu de recul malgré son amour pour le parent, l'ami ou l'enfant malade? Voilà quelques-unes des questions abordées dans la pièce. Sans y répondre directement, le spectacle nous fait prendre conscience de notre impuissance face à la maladie mentale.

Contagieuse souffrance 

Pour illustrer le sentiment d'irréalité du sujet, les comédiens jouent dans un espace très étroit, presque acculés à un mur, avec une cuvette blanche comme unique accessoire. Un décor clinique et blafard qui a un côté kakaïen.

L'excellente Marie-Pier Labrecque incarne Myriam, cette soeur qu'on qualifie de «magnifique, aimante et généreuse». Or, esclave de ses lubies, elle s'isole de plus en plus dans sa folie, au point où il lui deviendra impossible de vivre normalement, sans faire de mal aux autres et à elle-même.

Avec un jeu sec et nerveux, Labrecque rend son personnage très crédible dans ses crises, sans tomber dans la caricature.

Dans le rôle des parents éternellement inquiets, Sylvie Drapeau et Robert Lalonde oscillent entre l'amour et le détachement, la révolte et la culpabilité. Ces deux comédiens d'expérience sont ici très complices et convaincants. Ils sont particulièrement touchants lorsqu'ils livrent chacun un monologue hors récit: des anecdotes personnelles qui illustrent comment, malade ou en santé, notre emprise sur la réalité est bien fragile.

La contamination de la souffrance est donc au coeur de cette histoire. La maladie mentale de Myriam est une blessure qui ne cesse de s'ouvrir sur les siens. À la fois rongés par l'angoisse face à l'avenir et le désir de fuir. «Si nous étions des gens normaux», répètent les parents qui, à la veille de la retraite, n'ont plus l'énergie de profiter de la vie.

À la fin, le jeune frère (Legault) apparaît soudainement sur la scène. C'est lui l'héritier de ce patrimoine familial, celui qui devra porter le poids de ce qui a été fait, ou pas fait. Avec sa production, il aura transformé cette souffrance en une belle et fragile lumière.

Ce que nous avons fait, De Pascal Brullemans. Mise en scène et interprétation de Michel-Maxime Legault.

Au Centre du Théâtre d'Aujourd'hui, salle Jean-Claude-Germain,  jusqu'au 22 octobre

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