Macbeth: Shakespeare baroque

Dominique Quesnel, Angela Konrad et Philippe Cousineau présentent... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE)

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Dominique Quesnel, Angela Konrad et Philippe Cousineau présentent Macbeth à Usine C.

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Mario Cloutier

Comment monter Macbeth avec 2500 $ ? Avec beaucoup d'idées, un coup de pouce de l'Usine C et de l'UQAM, une adaptation de Michel Garneau, cinq acteurs, dont Dominique Quesnel et Philippe Cousineau, et une mise en scène baroque d'Angela Konrad. Ces complices de la « relève quinquagénaire du théâtre québécois », s'amusent-ils à dire, travaillent ensemble pour la troisième fois.

Angela Konrad

Celle qui tient tous les fils de cette production baroque s'attaque à Macbeth pour la troisième fois. Elle a inclus dans sa mise en scène des éléments absents du texte.

«Tout est possible au théâtre, dit-elle. Ça me plaît beaucoup de pousser la logique et la morale plus loin, ce qui crée une interrogation pour le public. On parle beaucoup de Macbeth comme des coulisses du pouvoir, de l'ambition et de la politique. Mais il y a une autre histoire, celle du couple, celle de l'héritage et de la gestion du temps. Il y a aussi la question de la stérilité, du désir d'avoir des enfants, de tuer les enfants de l'autre. Le génie shakespearien est de superposer l'histoire de l'Angleterre et de l'Écosse de l'époque sur la condition humaine»

Michel Garneau

La traduction du poète Michel Garneau de 1978 garde toute sa pertinence, selon les artisans de la pièce.

«Pour moi, Shakespeare a été un choc esthétique et je ne m'en suis pas encore remise, 30 ans plus tard, dit Angela Konrad. Garneau me ramène à ce choc initial. J'ai retrouvé [dans son texte] quelque chose de la force évocatrice et métaphorique de Shakespeare. Après Garneau, toutes les traductions en français me sont apparues édulcorées.»

«C'est une langue québécoise poétique. C'est jouissif. On est choyés de mordre là-dedans. Il parle de "notre pauvre pays" en référence à l'Écosse, mais ça reste intéressant par rapport à notre pauvre Québec qui ne sait plus où se garrocher», ajoute la comédienne Dominique Quesnel.

Macbeth

«Physiquement, c'est un rôle exigeant, dit son interprète Philippe Cousineau. Il faut jouer, c'est sportif. Macbeth, c'est un peu le dindon de la farce. C'est un grand paranoïaque. Il veut tenir le monde, mais n'a pas les moyens de le faire. Il n'arrête pas de parler de l'au-delà. Il y a quelque chose de très chrétien là-dedans. Et c'est du Garneau, un grand poète. Sa traduction est considérée comme LA traduction en français de Macbeth

Lady Macbeth

«Je me disais qu'à 51 ans, je ne pourrais jamais jouer Lady Macbeth, avoue son interprète Dominique Quesnel. Mais heureusement, il y a cette folle d'Angela Konrad. Elle nous laisse énormément de liberté. On peut créer parce qu'on sait qu'au final, elle tient le fil. Je peux faire 56 000 niaiseries parce que je fais confiance à son intelligence. Elle ne se sent pas menacée par notre apport.»

Les trois sorcières

Gaétan Nadeau, Alain Fournier et Olivier Turcotte jouent les trois sorcières, en plus d'une galerie de personnages parmi la vingtaine que compte l'oeuvre originale.

«Les sorcières, c'est l'incarnation des forces du mal, note Angela Konrad. Ce sont elles qui mènent le bal. Elles font vivre ce théâtre où elles font apparaître le couple qui, lui-même, croit manipuler le monde. C'est plutôt le monde qu'il a engendré qui le manipule. Les sorcières incarnent les autres personnages. On met un manteau et un autre et un autre par-dessus.»

Shakespeare

«Ce qui m'intéresse toujours chez Shakespeare, c'est le théâtre dans le théâtre, dit Angela Konrad. Shakespeare est traversé par le baroque, le théâtre médiéval, qui repose sur la transformation de l'acteur. Je m'inscris dans le néo-baroque. On multiplie les perspectives, les signes. Ça crée des renversements et demande à l'acteur une grande mobilité dans le jeu. On reste fidèle à la fable, mais on entre dans l'intimité du couple. Pour le jeu des acteurs, la progression dramatique est de l'ordre de la démesure.»

Le sang

La série américaine House of Cards s'inspire grandement des pièces shakespeariennes comme Macbeth, dont le texte met en scène un véritable bain de sang.

«Macbeth traverse le temps, croit Philippe Cousineau. La preuve, c'est la popularité de House of Cards avec Kevin Spacey, qui est un grand acteur shakespearien.»

«C'est la tragédie hémoglobine par excellence et la plus courte de Shakespeare, note Angela Konrad. Je ne sais pas encore s'il y aura du sang. J'ai vu beaucoup de Macbeth. Ce qui m'a toujours dérangée, c'est le côté réaliste. S'il y a beaucoup de théâtre dans le théâtre, c'est pour le dévoiler et montrer comment la réalité, elle, se voile. Mettre du sang dans la pièce, c'est de l'ordre du réalisme qui n'a pas lieu d'être.»

À l'Usine C du 29 septembre au 10 octobre

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