Moby Dick: audacieux mais bavard ***

Dans Moby Dick, Normand D'Amour incarne un Achab... (Photo Yves Renaud, fournie par le TNM)

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Dans Moby Dick, Normand D'Amour incarne un Achab à la fois aveuglé par son désir de vengeance et lucide face à la mise en barils de l'huile à baleine.

Photo Yves Renaud, fournie par le TNM

La PresseJean Siag 3/5

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C'est un récit épique rock que Dominic Champagne et Bryan Perro proposent au public avec cette adaptation scénique ambitieuse de Moby Dick, qui ouvre la nouvelle saison du TNM. Une pièce forte en testostérone, bruyante par moments, où les rugissements des marins se fondent dans des riffs de guitare et des chants de baleine.

C'est le personnage d'Ishmael, incarné avec justesse par Steve Gagnon, qui nous fait le récit de ce voyage en mer. Le narrateur de Moby Dick, qui s'engage sur le Péquod par pur désoeuvrement, sera vite initié à la chasse à la baleine. C'est l'époque d'avant le forage du pétrole, où l'huile de baleine est la principale source de combustible.

À bord de ce baleinier, Ishmael se rendra compte que le capitaine Achab (Normand D'Amour), qui a été défiguré et a perdu une jambe en tentant de harponner une immense baleine blanche, cherche en fait à se venger du cétacé qu'il a baptisé Moby Dick. S'engage alors une bataille épique entre l'homme et le monstre marin, qui rappelle d'ailleurs un autre grand roman, Le vieil homme et la mer, d'Ernest Hemingway.

Dominic Champagne, qui a bien vu dans Moby Dick une critique de la révolution industrielle et de la surexploitation des ressources naturelles, réussit à créer des images fortes qui illustrent bien ce combat perpétuel entre l'homme et la nature.

À cet égard, il faut dire que les scènes de harponnage sont particulièrement bien rendues. Une chorégraphie inventive, avec quelques acrobaties parfaitement mises en scène et rythmées par la musique omniprésente de Ludovic Bonnier et la voix marine de Frédérike Bédard. Sans compter le «dépeçage» de la bête dégoulinante de sang, qui donne une couleur rouge à ce Moby Dick.

Des acteurs à la hauteur

Si le récit tend à tourner en rond et à se perdre en circonvolutions, surtout dans la deuxième partie, les acteurs eux, parviennent à donner du souffle à cette aventure. À commencer par Normand D'Amour, qui incarne un Achab à la fois aveuglé par son désir de vengeance et lucide face à la mise en barils de l'huile à baleine.

Il n'est pas seul. David Savard, dans le rôle de Starbuck, incarne parfaitement cette industrie gourmande qui veut s'enrichir à tout coût, mais qui tempère aussi les ardeurs d'Achab en le mettant en garde contre la colère de Dieu.

De son côté, Jean-François Casabonne, fidèle à lui-même, compose un harponneur sauvage magnétique qu'on ne quitte jamais des yeux. Sylvain Marcel, dans le rôle de l'officier-matelot tyrannique, détonne un peu du reste de l'équipage avec son joual, mais il permet d'alléger l'ambiance parfois lourde qui s'installe à bord du Péquod.

Ce Moby Dick audacieux demeure très bavard. Avant d'affronter la grande baleine blanche, il faudra vous armer de patience et accepter de voguer à travers vents et marées, et encore entre marées et vents avant le dénouement de cette aventure épique. Une aventure bruyante, qui donne parfois le mal de mer, mais qui nous entraîne aussi dans une épopée qui est loin d'être banale.

Au TNM jusqu'au 17 octobre.

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