Vipérine: prendre la mort de front

Vipérine, interprétée par Léonie St-Onge, retrouve finalement son... (Photo fournie par la Maison Théâtre)

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Vipérine, interprétée par Léonie St-Onge, retrouve finalement son père (Sébastien Rajotte) après s'être enfuie.

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Josée Lapointe

Le deuil et la mort ont été des sujets dominants cette année dans le théâtre jeunesse. Mais Vipérine, présenté en ce moment à la Maison Théâtre, est peut-être la pièce la plus frontale, qui n'a pas peur de faire rire et d'émouvoir son public ni de lui donner quelques sueurs froides.

En 2011, l'auteur Pascal Brullemans et la metteure en scène Nini Bélanger créaient Beauté, chaleur et mort, inspiré de la mort de leur enfant survenue 10 ans plus tôt. Vipérine en est une sorte de suite, puisque la pièce raconte les dommages collatéraux de la mort d'un enfant dans une famille, particulièrement pour les enfants qui restent.

Vipérine, donc, a 10 ans aujourd'hui et est pleine d'une énergie redoutable. Nous sommes trois ans après la mort de sa soeur aînée, sa mère est partie à l'étranger, son père s'est immergé dans le travail pour oublier sa peine. Mais Vipérine, elle, veut vivre, et s'enfuit avec l'urne qui contient les cendres de sa soeur, question de rappeler à son père son existence.

La scène est divisée en deux sur la longueur, séparée par une longue vitre. Derrière, la maison de Vipérine, devant, le vaste monde qu'elle part explorer jusqu'au fleuve, avec dans son sac la précieuse urne. Sur le côté, un narrateur (Michel Mongeau, solide) se tient debout et raconte des morceaux de l'histoire, discutant parfois avec la jeune fille et transformant sa voix pour incarner différents personnages au bout du fil, dans un intéressant jeu narratif de mise en abîme.

Mais la section du fond se transformera aussi en royaume des morts, et c'est là que les spectateurs vivront des moments un peu plus effrayants. Car Vipérine finira par croiser sa soeur morte, Fée, resplendissante et parlant comme un poème. Fée est retenue dans des sortes de limbes par un simple ruban, à cause des vivants qui ne veulent pas la laisser partir, explique-t-elle à Vipérine.

Pour libérer Fée, et ainsi se libérer elle-même et reprendre le contrôle de son histoire, Vipérine l'accompagnera du côté de la mort jusqu'à un arbre où sont accrochés les rubans de «tous les morts que les vivants refusent de quitter». Elles traverseront alors, sur un lit de larves, une forêt d'ossements où les fruits sont en fait des crânes, tout en se cachant d'un chien cerbère à trois têtes, qui s'il la voit n'épargnera pas Vipérine... On vous garantit que dans cette atmosphère inquiétante et sombre, lorsqu'un premier aboiement caverneux retentit, les cris fusent partout dans la salle!

Le papa retrouvera finalement sa fille, endormie, épuisée par sa quête qui n'aura pas été vaine puisque dans sa main, elle tient le ruban fleuri de sa soeur. Dans une scène assez déchirante, il choisira enfin entre le boulot et son enfant vivante, après avoir parlé une dernière fois avec Fée qui, couchée dans un lit d'hôpital, chauve à cause des traitements, lui demande d'un filet de voix de la laisser enfin partir parce qu'elle est trop fatiguée.

Vipérine est un spectacle qui ose, en fait. Il ose le silence, le chuchotement, la noirceur, le morbide, les cris, mais aussi la joie malgré la peine, le rire, les blagues. Avec un texte beau comme la vie - adapté en roman aux éditions Bayard, illustré par François Thisdale -, une mise en scène limpide, un propos vibrant et une construction intelligente, Vipérine brasse, dérange et touche, et ne laisse indifférent ni les petits, ni les grands. Une belle manière de regarder la mort en pleine face, et de se rappeler qu'on peut réapprendre à vivre sans oublier.

***1/2

Vipérine, à la Maison Théâtre jusqu'au 2 avril. Pour les 9 à 12 ans.

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