Christian Lapointe: penser tout haut

Dans La république du bonheur, les membres d'une famille... (Photo Pascal Ratthé, Le Soleil)

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Dans La république du bonheur, les membres d'une famille se diront les pires vacheries au cours d'un souper de Noël en Floride.

Photo Pascal Ratthé, Le Soleil

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Après avoir décoiffé les abonnés du Trident de Québec avec cette pièce de Martin Crimp, Christian Lapointe s'apprête à nous larguer la bombe du dramaturge anglais. Une pièce «rentre-dedans» qui aborde de brillante manière notre quête factice de bonheur.

Martin Crimp est un auteur que Christian Lapointe affectionne particulièrement. Depuis 2007, il a monté quatre de ses pièces dans des productions étudiantes (dont Face au mur). «La raison pour laquelle je m'intéresse à son oeuvre, explique-t-il, c'est qu'il force l'interprète à penser à voix haute. Dans son écriture, il met la graine nécessaire à faire germer une parole active. Avec humour, dérision et cruauté.»

Christian Lapointe évoque les deux modes d'écriture de l'auteur: la dramaturgie de personnages et la dramaturgie de voix, où les répliques ne sont pas attribuées. «Avec La république du bonheur, il fait une synthèse de ces deux modes d'écriture», explique-t-il.

«Il crée un contexte avec des personnages en situation; ensuite, il propose un tableau où c'est à nous de décider qui dit quoi. Ce mélange-là relève du génie», estime-t-il.

Comme pour Oxygène, d'Ivan Viripaev, qu'il a montée l'an dernier au Prospero, le metteur en scène passe par la culture pop pour nous secouer les puces...

Nous sommes en présence d'une famille réunie en Floride pendant les Fêtes. Au cours du souper de Noël, les membres de cette tribu se diront les pires vacheries, ébréchant des secrets au passage. Au milieu de la soirée, l'oncle Bob et sa femme Madeleine (David Giguère et Ève Landry) porteront le coup fatal en déballant le fond de leur pensée... «C'est proche du théâtre de boulevard», prévient Christian Lapointe.

Cette première partie met la table pour la suite tout en posant la question du bonheur et de ce qui nous rend fondamentalement heureux.

«La quête de bonheur, c'est un truc d'adultes, lance Christian Lapointe. Moi, je suis comme un enfant: dans ma journée, je suis plusieurs fois content et plusieurs fois pas content. Mais aujourd'hui, toute notre quête de bonheur est basée sur les mécanismes de la pornographie. C'est un rapport de frustration et de soulagement, qui amène encore plus de frustration et qu'on confond avec le bonheur», déplore-t-il.

Durant ce souper de famille, les personnages diront à peu près tout ce qu'on s'interdirait de dire, chantant même certains passages.

Des Barbie en Floride

La deuxième partie, baptisée Les cinq libertés essentielles à l'individu, est particulièrement abrasive.

«Elle met en opposition le rêve de vivre ensemble et le culte voué à l'individualisme, détaille le metteur en scène. Il est difficile de savoir quand quelqu'un franchit les limites de cette stabilité du vivre-ensemble. Crimp oppose l'utopie de la République à la réalité de notre mode de vie individuel...»

Pour illustrer ces tensions, Christian Lapointe a intégré des poupées Barbie à l'effigie des acteurs.

«Pour les Québécois, la république du bonheur, c'est la Floride, et les Barbie en sont la représentation parfaite, dit-il. Je passe de la fiction à un autre mode de jeu. Les acteurs se dépouillent de leur bric-à-brac et diront collectivement les répliques qu'on pourrait associer à certains des personnages.»

Dans le dernier tableau, l'oncle Bob et la tante Madeleine, qui sont les auteurs de l'opération de destruction de cette famille pas du tout tricotée serré, se retrouvent seuls sur scène.

«Au lieu de résoudre les problèmes exposés dans les deux premières parties, Crimp ouvre de nouveaux chemins qui mènent à d'autres problèmes! C'est du David Lynch. Je me suis dit que je ferai pareil dans ma mise en scène. J'évoque ce nouveau monde qu'ils espèrent en me demandant s'il n'est pas virtuel. Mais c'est ouvert. Ce sera au spectateur de se faire sa propre idée sur ce qu'il advient de leur quête de bonheur...»

En chanson

La musique a été composée par Keith Kouna. Elle sera notamment interprétée au clavier et à la guitare par les comédiens David Giguère et Ève Landry. Lise Castonguay, Denise Gagnon, Normand Bissonnette, Joanie Lehoux et Noémie O'Farrell font partie de la distribution. L'acteur de 87 ans Roland Lepage sera aussi sur scène.

Du début à la fin, les acteurs interpréteront des chansons à la manière d'un cabaret.

«Ça aide à créer cette distanciation. La pièce se termine sur The Happy Song, que tout le monde entonne. J'ai aussi des micros sur scène, qui m'aident à créer un rapport direct avec le public. Au fond, le théâtre, c'est toujours un procès où le public est à la fois juge et partie. Les micros m'aident à mettre l'accent là-dessus.»

À la Cinquième Salle de la Place des Arts jusqu'au 28 février.

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