Éternelle Anne Frank

Les comédiens Mylène St-Sauveur et Paul Doucet plongent... (PHOTO FANNY LACASSE, LA PRESSE)

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Les comédiens Mylène St-Sauveur et Paul Doucet plongent dans l'univers lugubre des camps de concentration dans la pièce Le journal d'Anne Frank, où ils incarnent respectivement la jeune fille juive allemande exilée aux Pays-Bas et son père, Otto Frank.

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Les projets pleuvent pour Mylène St-Sauveur (qu'on peut voir ou qu'on verra dans Complexe G, Les jeunes loups, Le chalet, Mon ex à moi, Mensonges, le film Chasse-Galerie, alouette!), mais Le journal d'Anne Frank représente pour elle une étape majeure puisqu'il s'agit de sa première expérience de scène. Pour ce rôle, elle a fait beaucoup de recherche, en plus d'arriver avec le livre annoté.

«J'étais simplement heureuse de faire les auditions, d'incarner Anne Frank pour 15 minutes», se souvient-elle. Il faut dire que la jeune comédienne est passionnée par cette période de l'histoire - elle a visité les camps de concentration lors d'un voyage en Europe. «C'est un très beau cadeau qu'on m'offre de commencer au théâtre avec cette bande-là, dans une pièce aussi bouleversante.»

Mylène St-Sauveur prend ce rôle très au sérieux. En plus de suivre des cours particuliers, elle a commencé à tenir un journal, pour retrouver les émotions qu'elle pouvait avoir, adolescente, en consignant ses pensées dans un cahier. C'est d'ailleurs la lecture du Journal d'Anne Frank, à l'école, qui l'a inspirée, elle et ses amies, à écrire. «Avec la pièce, j'ai redécouvert ce journal d'une autre manière, plus profonde. Ce n'est pas seulement des mémoires sur la guerre ou sur l'enfermement, c'est aussi l'épanouissement de cette jeune fille, qui passe d'adolescente à femme. Ce n'est pas seulement un livre sur l'Holocauste; c'est un document très vivant.»

La comédienne est très lucide face à ce défi d'incarner une figure historique connue.

«Des millions de gens ont lu ce livre; je ne peux pas incarner la Anne Frank qu'ils ont dans leurs têtes, mais celle que j'ai à l'intérieur de moi. Je vais tenter de m'approcher le plus possible de l'essence de ce qu'elle était, dans son énergie et sa vivacité», dit Mylène St-Sauveur.

Et qu'apprend-elle de cette première expérience? «Tout! J'ai l'impression que mon métier se révèle davantage. Je m'entoure de très bons maîtres, j'ai une metteure en scène [Lorraine Pintal] et des collègues formidables. J'ouvre les oreilles, les yeux, j'essaie d'apprendre à 100%! Ça m'apporte beaucoup, autant humainement que professionnellement.»

La pertinence du journal d'Anne Frank, quelque 70 ans après les événements que l'on sait, demeure intacte pour Mylène St-Sauveur, et son adaptation sur scène tout autant. «Parce que des gens sont encore ostracisés partout dans le monde. Lire ce journal m'a incitée à écrire mon propre journal à l'époque, à me poser des questions, à m'extérioriser, c'est pourquoi je pense que c'est important que les jeunes voient cette pièce. Et aussi les parents: ça peut ouvrir un dialogue sur plusieurs sujets, sur l'histoire, l'identité, les relations familiales... Tout ça est encore d'actualité.»

La fibre paternelle

L'angle choisi par Éric-Emmanuel Schmitt pour transposer le journal d'Anne Frank au théâtre ne pouvait que toucher la fibre paternelle du comédien Paul Doucet.

«Quand mes enfants ont une sortie en autobus et qu'il ne fait pas beau, je crains un accident, alors je n'ose pas imaginer le sentiment d'impuissance et d'injustice ressenti face à la machine de mort des nazis», dit celui qui incarne Otto Frank, le père d'Anne dans la pièce. Il découvre le journal de sa fille le jour où il apprend sa mort. «Quand on y pense, son plan - celui de se cacher pendant la durée de la guerre - est un échec, en fin de compte, et la seule façon qu'il a de surmonter sa culpabilité est de mener ce combat, celui de faire connaître le journal de sa fille.»

Car il a fallu plus d'une décennie pour que le Journal d'Anne Frank rejoigne son vaste public. Tout de suite après la guerre, les gens voulaient passer à autre chose, et personne n'avait envie de lire les témoignages des survivants des camps.

Encore plus troublant est le fait que ce père refusera la vengeance envers ceux qui ont dévoilé à la Gestapo la cachette de sa famille.

«Le parcours qu'il fait lui-même dans sa propre haine, sa propre rancoeur après ce qu'il a subi aux mains de ces gens-là, se transforme grâce à la lecture du journal. Envers le délateur, il dit qu'il plaint ses enfants. C'est un parcours incroyable», dit Paul Doucet.

Pour lui, le journal d'Anne Frank appartient à la mémoire collective; il avait lui-même l'impression de le connaître avant de le lire pour les besoins de la pièce. «C'est vraiment un hymne à l'espoir, qu'elle transporte jusqu'à la toute fin. Elle croit que tout ira pour le mieux et, tant qu'elle peut voir à travers les rideaux le ciel ou le fameux marronnier dans sa cour, elle croit en la vie et en la bonté des gens. Cette leçon d'espoir, ce désir de vivre, cette soif de connaître, d'exister, ce pur bonheur simple d'être vivant, c'est terriblement touchant. Et le fait que cela se déroule pendant la Deuxième Guerre mondiale est presque accessoire. C'est une parole universelle.»

Au Théâtre du Nouveau Monde du 13 janvier au 7 février; supplémentaires les 10 et 11 février.

En marge de la pièce

La présentation du Journal d'Anne Frank au Théâtre du Nouveau Monde sera accompagnée de quelques activités, parmi lesquelles :

> Anne Frank, une histoire d'aujourd'hui, exposition éducative au Musée des beaux-arts, jusqu'au 28 janvier

> Conférence sur Anne Frank par l'historien André Champagne le 12 janvier au Musée des beaux-arts

> Lancement du disque de la musique originale de la pièce par Jorane, le 15 janvier, dans le hall du TNM

> Après sa présentation au TNM, Le journal d'Anne Frank part en tournée au Québec jusqu'au mois d'avril.

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