Théâtre Le Diamant: Robert Lepage perd sa subvention

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Robert Lepage défend depuis des années le projet de la future salle de spectacles Le Diamant, située au coeur du Vieux-Québec.

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

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Jocelyne Richer
La Presse Canadienne
QUÉBEC

Le metteur en scène Robert Lepage sera une des prochaines cibles des compressions budgétaires décrétées par le gouvernement Couillard.

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Le bâtiment devant accueillir Le Diamant.

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

Selon ce qu'a appris La Presse Canadienne, Québec a décidé d'annuler la subvention de 30 millions de dollars accordée en 2012 à la future salle de spectacles Le Diamant, un projet d'envergure défendu depuis des années par Robert Lepage, au coeur du Vieux-Québec.

Ce coup de théâtre pourrait donc se transformer en coup fatal, mettant en péril l'existence même du Diamant, puisque le soutien financier prévu par le gouvernement Couillard représentait plus de la moitié du montant total requis pour donner vie au projet, soit 54 millions de dollars.

Selon les informations obtenues de plusieurs sources gouvernementales sûres, Le Diamant ne fait plus partie des plans du gouvernement et n'apparaît plus dans les documents budgétaires, même si, officiellement, le gouvernement retarde l'annonce de la mauvaise nouvelle.

Questionnée à ce propos récemment, la ministre de la Culture, Hélène David, a dit qu'elle était «toujours en réflexion» à ce propos.

Mais les dés sont jetés. Le monde culturel n'échappera donc pas à l'impératif des compressions budgétaires devant assurer le retour à l'équilibre budgétaire en 2015-2016.

La culture n'échappera pas non plus aux promesses libérales non tenues. En campagne électorale, en mars dernier, le chef libéral Philippe Couillard s'était pourtant engagé à donner suite à l'annonce faite en 2012 par l'ex-premier ministre Jean Charest et la ministre de la Culture d'alors, Christine St-Pierre, visant à investir 30 millions de dollars de fonds publics dans Le Diamant, un des principaux projets de développement culturel de la capitale.

Mais le vent a vite tourné, dès l'élection des libéraux en avril. Le dossier a été mis sur la glace en juin, dans le budget présenté par le ministre des Finances, Carlos Leitao, qui avait reporté à plus tard la décision d'y consacrer ou non des fonds publics, malgré les engagements passés.

La notoriété de Robert Lepage, un des ambassadeurs les plus en vue de la culture québécoise à l'étranger, n'aura pas suffi à faire briller son Diamant jusque sur la colline Parlementaire au cours des derniers mois.

Le site web du Diamant promet «une destination culturelle de calibre international», en accueillant outre les productions d'Ex Machina et de Robert Lepage, celles du Carrefour international de théâtre, de même que «des productions étrangères, des spectacles de cirque et d'opéra».

Même si les deux projets n'ont aucune commune mesure, un autre facteur, majeur, a joué contre Le Diamant: l'ouverture prochaine de l'amphithéâtre de Québec, cet équipement gigantesque polyvalent, à vocation sportive et culturelle, géré par l'empire Québecor.

Le gouvernement a injecté 200 millions de dollars de fonds publics dans cet équipement qui viendra bouleverser le jeu de l'offre et de la demande pour des billets de spectacles, dans un marché déjà saturé.

Dans les bureaux du gouvernement, on a jugé que l'ajout d'une nouvelle salle de spectacles au centre-ville de Québec, même de dimension beaucoup plus modeste avec ses quelque 600 places, risquait de rompre encore davantage l'équilibre déjà fragile entre l'offre et la demande de divertissement culturel dans la capitale.

Par effet domino, Le Diamant deviendrait une sorte de victime collatérale du nouvel amphithéâtre, qui présentera des spectacles dans toutes les configurations possibles, pouvant accueillir entre 3500 et 20 000 personnes en formule concert.

Du coup, l'amphithéâtre risque de drainer une partie de la clientèle du Grand Théâtre, qui déjà ne réussit pas à remplir toute l'année sa salle Louis-Fréchette (1873 places) et sa salle Octave-Crémazie (506 places). On ne souhaite pas que Le Diamant vienne gruger lui aussi une part de la clientèle du Grand Théâtre.

On rappelle aussi qu'il existe déjà plusieurs salles à Québec, dont Le Capitole, la Salle Albert-Rousseau et le Palais Montcalm (où 40 % des billets disponibles n'ont pas trouvé preneurs l'an dernier), sans compter celles qui fleurissent tant bien que mal en banlieue. Le marché ne peut en absorber davantage, a-t-on calculé au gouvernement.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, a toujours donné son appui au Diamant, qui devait dans son esprit transformer le carré d'Youville en véritable «quartier des spectacles», avec pour voisins Le Capitole et le Palais Montcalm. Le montage financier du Diamant prévoit que la Ville de Québec doit y consacrer 7 millions de dollars.

Pour compléter le financement, une campagne de 10 millions de dollars est aussi en cours, présidée par la présidente du Mouvement Desjardins, Monique Leroux, et le président de BMO Groupe financier, Jacques Ménard.

Projet dans l'air depuis plusieurs années, Le Diamant devait au départ être érigé en 2010 dans le tunnel sous Honoré-Mercier, puis sous les bretelles de l'autoroute Dufferin-Montmorency, un scénario finalement jugé trop coûteux.

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