Damnatio Memoriae: planifier sa propre chute

«Il y a au moins une cinquantaine de... (Photo: Olivier Pontbriand, archives La Presse)

Agrandir

«Il y a au moins une cinquantaine de meurtres» dans Damnatio memoriae, prévient l'auteur Sébastien Dodge en prenant soin de préciser que, contrairement à La genèse de la rage, «le sang ne giclera pas sur scène».

Photo: Olivier Pontbriand, archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Passionné de l'histoire de Rome, l'auteur et metteur en scène Sébastien Dodge a écrit une pièce «historico-gore-burlesque» pour les neuf comédiens étoiles de la Banquette arrière menés par Simon Rousseau, Sophie Cadieux, Mathieu Gosselin, Renaud Lacelle Bourdon et Éric Paulhus. La Presse lui a parlé.

Avec ses farces tragiques comme La genèse de la rage et La guerre, l'auteur et comédien Sébastien Dodge s'est appliqué à dénoncer à la fois les dérives du pouvoir et le cycle de violence de nos rapports humains. Après s'être intéressé aux pères de la Confédération dans Dominion, c'est en plongeant dans l'histoire de Rome qu'il a cette fois trouvé l'inspiration de cette nouvelle «farce».

«Je trouve que l'histoire de Rome et de l'Antiquité est très riche culturellement, militairement aussi. Une armée de 100 000 hommes qui se bat en une journée, on ne verra jamais plus ça. C'est ce côté démesuré de Rome qui me fascine. Avec ce centre-ville en marbre et cet héritage immense sur tous les plans: urbanisme, architecture, langue, jurisprudence... Toute notre vision du monde vient de l'époque romaine.»

Défilé d'empereurs

Damnatio Memoriae, qui se traduit par «mémoire damnée», fait référence au règne particulièrement sanglant de certains empereurs comme Caligula, Néron et Commode, fils de Marc Aurèle, qui a régné de l'an 180 à 192. C'est d'ailleurs par ce personnage que Sébastien Dodge commence son récit, qui se rend jusqu'à la prise de pouvoir de Constantin, 200 ans plus tard, marquant le début du dogme religieux.

Entre ces deux règnes, une trentaine d'empereurs vont se succéder dans des jeux d'influences où chacun tente de s'approprier l'héritage de son prédécesseur.

Une soixantaine de personnages composent cette fresque historique réaliste, qui est moins une relecture qu'une reconstitution d'époque. Avec la touche Dodge, qui emprunte encore et toujours les codes du pastiche. «Il y a au moins une cinquantaine de meurtres», prévient l'auteur, en prenant soin de préciser que, contrairement à La genèse de la rage, «le sang ne giclera pas sur scène».

Impossible de ne pas faire le parallèle entre le personnage de Commode (Simon Rousseau), que s'amuse à caricaturer Sébastien Dodge, et le père Ubu d'Alfred Jarry, qui fait passer les «Nobles» dans la trappe pour enrichir son royaume. Dans Damnatio Memoriae, l'empereur Commode assassine tous les membres de sa garde rapprochée qui ne le font pas rire. «Si vous êtes pas drôles, dites-moi donc à quoi vous servez dans mon banquet?», dit-il.

«C'est le même rouage et la même décadence», admet Sébastien Dodge, qui a d'ailleurs interprété le personnage de Capitaine Bordure dans Ubu roi. «Dans ce premier tableau, je voulais faire un parallèle avec le dictat de l'humour. Cette obligation de faire rire, d'être drôle. On parle parfois d'humour engagé, mais ce n'est pas vrai. Ça ne fait pas avancer la réflexion, on reste toujours en surface.»

Pour écrire Damnatio memoriae, Sébastien Dodge a lu de nombreux ouvrages sur l'histoire de Rome, dont ceux de Tite-Live, Salluste, Cicéron, Tacite, Sénèque et, plus récemment, David Gibbins, spécialiste des civilisations disparues. «Tout ce que j'ai trouvé, je l'ai lu», dit l'auteur qui travaille sur ce projet depuis 2006 et qui a dévoré les séries Rome et Spartacus, sur la vie du célèbre gladiateur.

«L'histoire de Rome, mais surtout sa chute, est fascinante, nous dit-il. Et les parallèles avec notre époque moderne sont frappants. La bureaucratie, le complexe militaro-industriel et le désintéressement du citoyen-légionnaire de sa patrie, qui laisse sa terre en friche, qui ne la cultive plus, qui importe sa nourriture d'ailleurs, ce sont des choses qui peuvent nous parler aujourd'hui.»

Ignorer les leçons de l'histoire

Avec ce défilé d'empereurs, l'auteur et comédien a aussi voulu parler du «gaspillage de la ressource humaine».

«On s'acharne depuis le début des temps à attaquer celui qui arrive, qui prend le pouvoir. Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'on ne prend jamais les bonnes décisions. L'économie, la politique, l'environnement... C'est ce que je voulais mettre en scène. Ce côté damné de l'espèce humaine, qui ignore les leçons de l'histoire et qui s'autodétruit. Cette damnation plane tout le temps sur l'homme. On n'en sort pas.»

Qu'est-ce qui met en colère Sébastien Dodge aujourd'hui?

«Ce débat-là sur l'austérité économique, qui est le nouveau dogme des conservateurs. Cette façon de nous vendre une économie complètement destructive. On ne fait pas les bons choix. C'est comme pour le pipeline de TransCanada. Il y a un seul habitat de bélugas, mais c'est par là qu'on décide que le pipeline va passer. Il y a un parc faunique sur les rives du Saint-Laurent, mais on passe à travers. Je ne comprends pas cette logique. Il n'y a rien de bon à léguer là-dedans!»

______________________________________________________________________________

Du 11 au 30 novembre au Théâtre d'Aujourd'hui.

Partager

lapresse.ca vous suggère

  • <em>Damnatio memoriae</em>: pour la troupe

    Théâtre

    Damnatio memoriae: pour la troupe

    Damnatio memoriae de Sébastien Dodge est un spectacle burlesque à grand déploiement qui s'étire inutilement, même s'il est servi par une... »

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer