Chaîne de montage: le confort et l'indifférence

Linda Laplante est seule en scène dans cette... (Photo: fournie par la production)

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Linda Laplante est seule en scène dans cette pièce coup de poing.

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Mario Cloutier

Présentée au Quat'sous, Chaîne de montage de Suzanne Lebeau est une pièce percutante, émouvante, qui frappe là où ça fait mal. Et c'est tant mieux.

Suzanne Lebeau, pardon, Linda Laplante, dépose des souliers de femme sur le devant de la scène pendant qu'on entend l'énumération des noms de victimes de la «ville qui tue les femmes».

L'alter ego de la dramaturge nous parlera pendant 80 minutes de Ciudad Juárez, cette ville industrielle du nord du Mexique où des femmes, de 400 à 5000 - personne ne le sait vraiment puisqu'il n'y a jamais eu de véritable enquête -, disparaissent, sont violées, mutilées et tuées depuis 20 ans. 

«Je ne comprends pas...», dit-elle au début. À la fin, nous comprendrons un peu mieux. Nous nous ferons une idée, notre idée à laquelle, quoi qu'il en soit, se mêlent l'étonnement et l'horreur. L'étonnement devant l'horreur existant encore de nos jours au nom de la mondialisation, de la consommation et des profits.

«Nous ne sommes pas si innocents, nous sommes tous des actionnaires», dira encore la narratrice. À Ciudad Juárez, les femmes pauvres et peu instruites, surtout, travaillent de 10 à 14 heures par jour dans des «usines maquillées» (maquiladoras) pour fabriquer les téléphones, les télévisions et les grille-pain que nous utilisons tous les jours. 

Coup de poing

On y trouve des multinationales américaines, Ford et Electrolux, entre autres, mais aussi canadiennes, comme Bombardier, qui s'y est installée en 2007, malgré les nouvelles des atrocités qui circulaient abondamment sur cette ville du «profit à n'importe quel prix» et où des crimes odieux restent depuis longtemps impunis. 

«La compagnie a-t-elle demandé des comptes? La compagnie a-t-elle posé des questions?», demande la formidable Linda Laplante, seule en scène, souvent émue, tourmentée, succombant une seule fois à la colère dans une scène à couper le souffle. 

Sobre, efficace, la mise en scène de Gervais Gaudreault laisse toute la place au texte bien construit et bouleversant de Suzanne Lebeau. 

«Qui est responsable? Qui est coupable? Nous tous?», demande-t-elle. À la conscience de chacun des spectateurs de répondre. Mais il faut comprendre qu'il ne s'agit pas d'une histoire isolée. D'autres cas ont été recensés cette année même, là et ailleurs au Mexique.

Devant l'omniprésence et le pouvoir des narcotrafiquants, l'inaction des autorités et les yeux fermés des multinationales, des femmes sont tuées et, même, si l'on en croit une hypothèse reprise par l'auteure, puisqu'on nage dans le non-dit dans ce pays machiste, les corps seraient depuis quelques années dissous dans l'acide! 

La violence au Mexique, on le sait, a aussi atteint d'autres villes comme Iguala, dans l'État de Guerrero, où 43 étudiants universitaires sont portés disparus depuis un mois. 

Cette excellente pièce est un coup de poing dans la gueule de notre confort et de notre indifférence.

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Au Quat'sous, jusqu'au 21 novembre.

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