En attendant Godot: lecture honnête, distribution inégale

Le metteur en scène Serge Mandeville signe à... (Photo: Alexandre Trudeau de Penguin, fournie par le Théâtre Denise-Pelletier)

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Le metteur en scène Serge Mandeville signe à la salle Fred-Barry sa quatrième production d'une pièce de Samuel Beckett, En attendant Godot.

Photo: Alexandre Trudeau de Penguin, fournie par le Théâtre Denise-Pelletier

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Luc Boulanger
La Presse

«Route à la campagne, avec arbre. Soir.»  Samuel Beckett amorce En attendant Godot avec cette simple didascalie. Aujourd'hui, son chef-d'oeuvre, écrit en 1952, fait partie des 10 plus importantes pièces du XXe siècle. Et pourtant! Godot n'a ni intrigue ni action. Le récit met en scène un couple de clochards dans un décor nu. Il est parsemé de silences, de répétitions... Le pari n'était pas gagné pour l'auteur... À la création, en 1953, la pièce «révolutionnaire» fit scandale.

Or depuis, Godot est devenue un classique. Une pièce absurde et géniale, drôle et touchante. On comprend pourquoi le metteur en scène Serge Mandeville dit avoir eu «la piqûre». Avec sa compagnie, Absolu Théâtre, il signe à la salle Fred-Barry sa quatrième production d'une pièce de Beckett. 

On connaît l'histoire de ces deux potes pauvres et paumés, qui attendent, au milieu de nulle part, un certain monsieur Godot. Qui est-il? Dieu («God»)? Peut-être. La mort? Probablement. Samuel Beckett a toujours refusé de répondre à la question. 

Godot n'arrivant pas, Vladimir et Estragon vont meubler le temps comme ils peuvent. Arrive Pozzo avec son serviteur/porteur de valises, Lucky. Pozzo traite Lucky comme un esclave, le traînant au bout d'une laisse de chien. Quand ceux-ci partent, un garçon se pointe pour dire que Godot ne viendra pas ce soir... mais demain. Et le lendemain, on recommence. L'attente, l'ennui, l'habitude...

Un accent trop pointu

Avec peu de moyens, Serge Mandeville propose un spectacle honnête, une lecture respectueuse quoiqu'un peu conventionnelle du texte. (On ne peut pas modifier l'oeuvre sans l'accord de la succession de Beckett.) Mandeville dirige une distribution sans têtes d'affiche, pas mauvaise, mais inégale. Au début, les acteurs semblent hésitants avec la langue. Ils parlent avec un accent parisien pointu! Bien sûr, on ne fait pas Godot en joual. Mais des acteurs québécois, devant un public québécois, peuvent jouer dans un français normatif sans trahir l'oeuvre. 

Les interprètes de Vladimir et d'Estragon (Pierre Limoges et Louis-Olivier Maufette), une fois la nervosité de la première passée, prennent rapidement de l'assurance et donnent une bonne performance. Dans le rôle de Lucky, le jeune André-Luc Tessier (qui vient à peine de terminer le Conservatoire) est excellent. Notre coup de coeur va toutefois au fabuleux Pozzo de François-Xavier Dufour. Ce dernier livre un grand numéro d'acteur! 

Pozzo, un rôle payant, a été immortalisé par les plus grands: Jean-Louis Millette, au TNM, en 1992; Michel Bouquet à la Cour d'honneur au Festival d'Avignon, en 1979. Dufour, dans le premier acte, pose à l'aristocrate autoritaire, avec une pointe de cynisme très contemporaine. Au second acte, écume à la bouche et regard hagard (Pozzo est devenu aveugle), l'acteur est sidérant! Il nous expose le côté vulnérable de ce maître qui se croyait d'une essence divine et qui nous inspire maintenant la pitié. 

La pièce de Beckett prend alors tout son sens. Devant le néant et le vide, nous sommes tous de la même espèce. Forts et vulnérables, maîtres et esclaves, riches et pauvres. Telle est la condition humaine. 

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À la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier, jusqu'au 8 novembre.

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