Le théâtre s'empare d'Alain Farah

Alain Farah... (Photo: Olivier Pontbriand, La Presse)

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Alain Farah

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L'auteur de Pourquoi Bologne?, Alain Farah, en lice pour l'un des prix littéraires du Gouverneur général, fait trempette dans l'arène théâtrale. Son texte Les fortifications de Vauban, interprété et mis en scène par Marie Brassard, sera présenté cette semaine à l'Usine C dans le cadre du festival ActOral.

Cette courte pièce lyrique d'une trentaine de minutes, qui emprunte la forme du mythe, est un monologue à deux voix: celle d'un père architecte, qui construit des labyrinthes sans fin, et celle de son fils, souffrant d'une maladie oculaire, qui tentera de le sauver une fois devenu adulte.

La Presse a rencontré Alain Farah, que l'on peut notamment entendre à l'émission radio-canadienne Plus on est de fous, plus on lit, pour discuter de ce «chantier» mené avec Marie Brassard depuis quelques mois. Une première expérience qui pourrait être étoffée dans une production à venir.

C'est pour vous une première incursion en théâtre. Comment avez-vous vécu cette expérience?

En littérature, quand on publie un texte, il est scellé. On n'y revient plus. Comme auteur de livres, le dialogue est entre ton éditeur et toi. Là, je voulais que mon écriture ait une vie à l'extérieur du livre. En côtoyant des auteurs de théâtre comme Guillaume Corbeil, que j'ai vu être nourri par ses échanges avec des metteurs en scène ou des comédiens, j'ai eu envie de vivre cette expérience-là où le texte n'a pas ce statut d'intouchable.

Vous n'avez pas écrit de dialogues dans Les fortifications de Vauban. Plutôt des monologues. Était-ce votre façon de faire vos premiers pas en théâtre?

C'est vrai que j'ai tout de suite eu un problème d'écriture. Parce que je viens de la prose, où on contrôle tout. En plus, j'ai un «je» très proéminent. Donc, je me suis demandé comment faire parler d'autres gens. Je me suis beaucoup inspiré de la construction de Hamlet-machine de Heiner Müller, écrit en cinq parties. C'est un court texte bouleversant qui a marqué l'histoire du théâtre, du happening, de la performance. Je viens de cette tradition-là; j'ai fait des lectures publiques de mes textes avant de les publier.

Pourquoi Bologne? s'intéressait à la figure maternelle. Dans Vauban, il est plutôt question d'une relation père-fils. Comment Marie Brassard s'insère-t-elle là-dedans?

Marie était en résidence à l'Usine C et Danièle de Fontenay [codirectrice de l'Usine C] a proposé qu'on travaille ensemble. Mais c'est d'abord à titre de metteur en scène que je l'ai rencontrée. Par la suite, Marie a eu une idée géniale. Elle m'a dit: «Tu as écrit une pièce sur l'aveuglement, mais le grand point aveugle de ton travail, c'est la figure de la mère.» C'est donc Marie qui joue le fantôme de la mère de Vauban. Elle interprète le rôle du père (en transformant sa voix) et du fils, représenté sur scène par un enfant, qui représente le spectre de Vauban enfant.

Vous faites souvent référence à La Répression dans votre texte. Qu'est-ce que cette Répression?

C'est la beauté du mythe. La Répression, Les Oligarques. On n'a pas toujours besoin de faire du World Building comme en littérature, même si je fais référence à The World, un parc à thèmes qui existe vraiment en Chine... La Répression est une figure du monde dans lequel on vit, où l'on se réprime soi-même, où l'on se perd soi-même dans le labyrinthe qu'on a construit. Où les gens aiment se promener dans ce labyrinthe! Ce marasme, cette déambulation fantomatique décrit bien le mode de vie des démocraties libérales où le citoyen n'existe plus, où il n'y a que des consommateurs, où les projets communautaires ont été disloqués...

Cette expérience pourrait-elle vous amener à écrire de nouveau pour le théâtre?

Je ne crois pas que je vais me mettre à écrire des pièces de théâtre. Pour moi, tout part de l'écriture; après, les genres, ce sont souvent les autres qui décident... Ce sont les projets et les rencontres qui font que les textes existent. Je sais que je ne ferai pas 10 textes de théâtre, mais j'avais envie de vivre l'écriture sur un mode collectif, l'échange dans la création. Mon mode c'est le texte, après j'aime bien l'idée que les gens en fassent ce qu'ils veulent. 

Vos textes sont toujours des autofictions. Quelle est la part de vérité de ce récit?

Je suis migraineux, comme le personnage de Vauban. Des migraines qui sont accompagnées de courtes périodes d'aveuglement, où mon champ visuel est assombri... Je ne vais pas faire l'exercice de démêler tout ce qui est vrai de ce qui est faux, mais j'ai mes petits mythes privés qui nourrissent ma littérature. Je reviens toujours sur les thèmes de la maladie, de la mort et de la fève, du mauvais oeil... C'est la calamité de la petite santé que j'ai. C'est une question de survie. Là, je m'habille en costard pour sortir dans le monde, je le fais vite et je peux disparaître pendant quelques mois.

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À l'Usine C, les 21 et 22 octobre.

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