Pour réussir un poulet: viande froide

Guillaume Cyr, Denis Bernard, Marie Michaud et Hubert... (Photo: Suzane O'Neill, fournie par la production)

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Guillaume Cyr, Denis Bernard, Marie Michaud et Hubert Proulx dans Pour réussir un poulet.

Photo: Suzane O'Neill, fournie par la production

C'est la création la plus attendue de la rentrée. Hélas, Pour réussir un poulet de Fabien Cloutier s'avère une grosse déception. Si Cloutier connaît un bon buzz au théâtre depuis cinq ans, avec ses pièces Scotstown, Cranbourne et Billy, les jours de hurlement, l'auteur originaire de la Beauce semble avoir fait le tour de son univers.

Un monde sans pitié et peuplé d'hommes racistes, vulgaires et paumés. Des gars «ben» ordinaires qui se nourrissent de leurs préjugés tenaces, en affichant leur ignorance avec fierté.

Ici, ils se nomment Carl et Steven (Guillaume Cyr et Hubert Proulx), deux amis qui font de petits boulots au noir «pour garder la tête hors de l'eau». Et Maurice Vaillancourt (Denis Bernard), cupide propriétaire d'un centre commercial - les galeries du Boulevard - qui profite d'eux sans aucun scrupule.

Carl et Steven sont dépassés autant par les événements que par leur quotidien: l'un est séparé et père de jeux jeunes filles; l'autre est un homme blessé qui sera trahi par sa blonde et sa mère (Gabrielle Côté et Marie Michaud). Voilà deux antihéros, des prototypes d'une classe sacrifiée par une société qui exploite la pauvreté des gens. Dès le début, on sait que ça finira mal.

Des personnages enragés

Dans Scotstown, Fabien Cloutier défendait lui-même le «chum à Chabot». Un personnage aussi grossier et coloré. Mais il lui donnait une couche d'humanité, une distance, une théâtralité. Ici, Cloutier a écrit une partition pour cinq interprètes qu'il dirige lui-même. Mauvaise idée.

Tous les acteurs jouent sur le même ton du début à la fin: celui de la rage. Ils sacrent et crient à tue-tête en se bousculant constamment. Dans une forme chorale, les interprètes multiplient les situations et les lieux. Ils s'adressent parfois directement au public et imbriquent leurs répliques. Leur flot de mots les enfonce toujours un peu plus dans la misère.

On comprend que Cloutier ne veut pas écrire comme Claudel; la moitié des 70 pages du texte est formée de jurons et d'expressions crues ou scatologiques. Bien sûr, sa pièce met en scène des gens qui n'ont pas de filtre ni d'éducation. Ils sont incapables de trouver les mots pour dire les choses ou exprimer leurs émotions. Leur langue (qui n'est pas du joual) est à l'image de celle parlée par trop de gens au Québec: pauvre et désolante.

Mais va-t-on au théâtre pour voir une simple imitation de la vie? Le théâtre ne sert-il pas plutôt à transposer le réel?

Dans le programme, on écrit que Pour réussir un poulet nous rappelle «que les choses vont mal» dans notre société. Méchant scoop!

L'auteur veut également comprendre le comportement des petites gens «pour leur donner une raison d'agir comme des imbéciles». Malheureusement, il verse dans le misérabilisme.

Au final, son poulet est gras, indigeste et nappé d'une grosse sauce brune de vulgarité. Dire que Fabien Cloutier a mis quatre ans d'ateliers, de lectures et de résidence d'écriture pour produire sa nouvelle pièce! Désolé, mais on ne mange pas de cette viande-là.

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Au Théâtre La Licorne, jusqu'au 1er novembre.




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