Albert Schultz, l'homme de tous les classiques

Albert Schultz à la répétition d'une pièce de... (Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse)

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Albert Schultz à la répétition d'une pièce de la Soulpepper.

Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse

Acteur, metteur en scène et directeur artistique, Albert Schultz est l'homme qui a fait connaître le grand répertoire de la Ville reine.

Samedi prochain à Ottawa, lors du gala de la remise des Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle, animé par l'acteur Colm Feore, Albert Schultz recevra le Prix du Centre national des Arts, «pour ses réalisations exceptionnelles au cours de l'année écoulée». Or, des projets d'exception, l'homme de 51 ans, véritable touche-à-tout, en a réalisé des tonnes, depuis 25 ans.

C'est vrai que 2013 fut particulièrement intense. Schultz a signé la mise en scène des deux parties d'Angels in America de Tony Kushner, en plus d'interpréter le rôle-titre dans la trilogie comique The Norman Conquests d'Alan Ayckbourn (14 heures de théâtre en tout!). Sans mentionner qu'il dirige la Soulpepper Theatre Company, qu'il a cofondée en 1998, avec une douzaine d'artisans du théâtre torontois, dont sa femme, l'actrice Susan Coyne, et la metteure en scène Diana Leblanc.

Dans les années 90, alors que Montréal compte des compagnies de répertoire bien établies depuis déjà plusieurs décennies, Toronto en avait seulement une importante: le Canadian Stage (fondée en 1988). Un théâtre de répertoire qui programme aussi des auteurs canadiens vivants.

Entre les grosses productions de comédies musicales de la rue King et la bouillonnante scène indépendante avec le Tarragon Theatre ou le Factory Theatre, les amateurs de Shakespeare, de Wilde ou de Tchekhov devaient patienter à l'été pour (re) visiter les classiques. Puis se rendre à 90 minutes de la Ville reine au Festival de Stratford, ou au Shaw Fest à Niagara-on-the Lake.

«À l'époque de la fondation de la Soulpepper Theatre Company, j'ai cessé de me demander ce que le métier pouvait m'apporter et je me suis plutôt intéressé à ce que moi, je pouvais apporter au métier», dit-il, paraphrasant John F. Kennedy.

Aujourd'hui, Albert Schultz est directeur général du Young Centre for the Performing Arts, un lieu de diffusion artistique, éducative et communautaire situé dans le quartier historique Distillery. C'est là que loge la Soulpepper. Le Young Centre accueille aussi des jeunes compagnies en résidence. Il présente plus 400 représentations par an, dans l'une des ses quatre salles, et est ouvert 12 mois sur 12.

De Hamlet à Hosanna

Comédien accompli, au théâtre comme au cinéma et à la télévision, Albert Schultz est né en 1963, à Port Hope, sur les rives du lac Ontario, à une heure de Toronto. Très jeune, il est initié au théâtre par sa mère, une actrice amatrice. Il étudie à l'Université York et à la London Academy of Music and Dramatic Art, avant de se joindre à la Jeune compagnie du Festival de Stratford sous la direction de Robin Phillips.

À Stratford, il a tenu plusieurs rôles dont un Roméo qui a fait sa marque. Mais il s'éloignera des jeunes premiers pour jouer des personnages marginaux, comme Hosanna dans la pièce de Michel Tremblay, qu'il incarne en 1989 à London, en Ontario. Plus tard, pour la Soulpepper, les rôles et les mises en scène marquants se succéderont: Hamlet, Platonov, Oncle Vania...

Selon lui, la communauté théâtrale torontoise est aujourd'hui riche et diversifiée. Toutefois, le théâtre anglo-saxon évolue, depuis quatre siècles, dans l'ombre (et la lumière) d'une figure imposante et universelle: celle du grand Will.

«C'est très intimidant pour un jeune auteur anglophone d'écrire des pièces dans la langue de Shakespeare, avance Schultz. Comment faire mieux que le barde d'Avon? Comment se libérer du poids d'un poète qui symbolise l'art dramatique à lui tout seul? Bien sûr, les Français ont Molière, les Scandinaves ont Ibsen ou Strindberg, entre autres immortels. Mais rien de comparable à la domination de Shakespeare dans le monde entier.»

Ce qui explique pourquoi, selon Schultz, il n'existe pas l'équivalent d'un Michel Tremblay au Canada. Ou que Samuel Beckett a décidé d'écrire, dans les années 40, ses pièces en français...

«All the world's a stage...»




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