Pire espèce: faire parler les objets

Olivier Ducas travaille au projet de Villes depuis... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE)

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Olivier Ducas travaille au projet de Villes depuis un peu plus de quatre ans. Sa source d'inspiration? Le roman d'Italo Calvino Les villes invisibles, qui décrit une cinquantaine de villes imaginaires.

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Francis Monty et Olivier Ducas sont les maîtres incontestés du théâtre d'ombres et d'objets au Québec. À l'occasion du 15e anniversaire de leur théâtre de La Pire Espèce, ils ont décidé de créer chacun un spectacle solo. D'où la naissance de Petit bonhomme en papier carbone et de Villes, présentés Aux Écuries en avril.

Francis Monty a été le premier à concevoir Petit bonhomme de papier carbone. Son spectacle créé en 2012 a notamment été présenté en Suisse et en France, où se trouvait justement le codirecteur artistique de La Pire Espèce lorsque nous lui avons parlé. Il a déjà présenté ce spectacle une trentaine de fois, mais ce sera la première montréalaise, la semaine prochaine.

Ceux qui ont vu Léon le nul, coproduit avec le théâtre Bouches décousues, seront en terrain connu. Car le personnage principal de Petit bonhomme... est le frère de Léon, Éthienne. Là où Léon cherchait à s'affranchir de sa mère et à se faire une place à l'école, Éthienne, un petit bonhomme en papier carbone, tentera de se débarrasser de son père, un homme-vache.

«Nous sommes dans le même univers que Léon le nul, précise Francis Monty. Même s'il ne s'agit pas d'une suite. J'ai commencé par écrire une scène où Éthienne enterre son père dans sa cour d'école, mais où son père, debout à côté de lui, assiste à son enterrement fictif...»

Cruel comme point de départ, non? «Oui, c'est dans la tradition des contes de Ferron ou de Thériault. Les héros doivent traverser des épreuves pour se révéler à eux-mêmes. Ce sont des épreuves qui ont un caractère symbolique. Ça raconte une histoire du point de vue de l'enfant.»

Vous l'aurez compris, nous sommes dans un univers fantastique. Le père d'Éthienne est d'ailleurs une vache.

«C'est une façon d'exprimer la colère adolescente d'Éthienne, qui refuse le monde dans lequel il vit, explique Francis Monty. Il va chercher à comprendre pourquoi sa famille a été maudite par les dieux et pourquoi son père a été transformé en vache. Il y a même une scène où il va se fâcher contre Zeus...»

Dans son quotidien, Éthienne se fait terroriser par les joueurs de football de son école. Ses 56 frères ne pensent qu'à se battre et sa mère est très «volage». Bref, c'est un ensemble de situations qui font en sorte que le jeune garçon se révolte. «À travers ses yeux, Éthienne invente son propre mythe en donnant un sens à ce qui n'en a pas.»

«Le narrateur vient nuancer, relativiser et ordonner les pensées d'Éthienne», poursuit Francis Monty, qui interprète la quinzaine de personnages.

Tout se passe au-dessus d'une petite table sur laquelle on retrouvera un castelet. Un musicien rythmera le récit. «Il y a une structure autoportante qui nous permet d'être autonomes et qui encadre la table», précise le créateur. Des figurines, de petites voitures, un thermos et des dessins serviront à conter cette histoire.

«Il y a beaucoup d'humour noir. C'est glauque, mais c'est aussi drôle. Les gens vont rigoler, même s'il y a quelque chose de dérangeant. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, le théâtre d'objets nous permet de raconter des choses profondes.»

VILLES

Olivier Ducas travaille au projet de Villes depuis un peu plus de quatre ans. Sa source d'inspiration? Le roman d'Italo Calvino Les villes invisibles, qui décrit une cinquantaine de villes imaginaires. L'auteur italien se serait lui-même inspiré des récits de voyage de Marco Polo.

Comme dans le livre de Calvino, Olivier Ducas a regroupé ses quelque 20 villes imaginaires par thèmes - villes de sable, villes fantômes, villes doubles, etc. Il leur a également donné un nom féminin. Non pas que les villes soient une métaphore de la femme, mais simplement parce que les villes sont ses personnages.

«Ce sont des portraits de villes faits à partir d'objets du quotidien, explique Olivier Ducas, qui s'est aussi inspiré des nombreux voyages de tournées qu'il a faits. C'était tout un défi, parce qu'il n'y a ni courbe dramatique ni personnages. Au fond, je propose plusieurs types de narrations pour chacune de ces villes.»

Olivier Ducas, qui a notamment conçu ce projet avec la scénographe Julie Vallée-Léger, donne vie à ces villes à partir d'objets simples, comme un circuit imprimé, des maisons de Monopoly, des miroirs ou des blocs de bois.

L'homme de théâtre manipule en direct une caméra vidéo qui projette les objets sur un écran. Les éclairages contribuent à créer l'illusion.

Il y a, par exemple, cette ville orgueilleuse, typiquement américaine, construite en hauteur avec des bouts de bois. «Dans cette ville, très précise, chacune des tours consigne des statistiques, explique Olivier Ducas. Mais on voit aussi dans le sous-sol de ces tours des statistiques moins flatteuses, comme les disparitions, les suicides, les meurtres...»

Il y a aussi une ville qui a l'air très paisible vue d'en haut. Une ville inspirée d'un voyage à Brasilia et d'une nuit passée dans la suite présidentielle de l'hôtel Sheraton à Montréal. «Une ville sublime et silencieuse d'en haut, qui devient hyper bruyante et chaotique une fois en bas...»

Avec ce projet, Olivier Ducas a voulu explorer notre rapport à la ville, qui révèle par le fait même notre rapport aux autres êtres humains.

Aucune ville n'est nommée. Il appartient au spectateur de se représenter celles qu'il veut bien voir. Olivier Ducas a-t-il représenté d'une manière ou d'une autre sa ville, Montréal? «Non, parce que je ne peux pas la réduire à une idée précise, elle passe le temps à se réinventer. Elle est peut-être un peu toutes celles que je décris.»

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> Petit bonhomme en papier carbone, aux Écuries du 8 au 26 avril, les mardis et samedis; Villes, aux Écuries du 9 au 26 avril, du mercredi au samedi.

Quatre pièces marquantes du théâtre de La Pire Espèce

> Ubu sur la table

La première création du théâtre de La Pire Espèce, inspirée d'Ubu roi, d'Alfred Jarry, a été reprise cette année dans la foulée de son 15e anniversaire. Dans ce pastiche de Macbeth, père Ubu est représenté par une bouteille et mère Ubu par une lavette.

> Léon le nul

Coproduite avec le théâtre Bouches décousues, Léon le nul a connu un énorme succès, ici comme en Europe. Léon veut se transformer en train pour échapper aux railleries de ses camarades de classe. Il mangera même des clous pour y arriver.

> Persée

Le théâtre de La Pire Espèce revisite ici le mythe grec de Persée. Trois archéologues croient pouvoir prouver l'existence de Persée, fils de Danaé, qui a fini par tuer son grand-père, le roi d'Argos. Ce faisant, ils se questionneront sur leur propre vie.

> Roland, la vérité du vainqueur

Il s'agit d'une pièce inspirée de La chanson de Roland, ce poème épique du Moyen Âge. Dans ce théâtre d'ombres et d'objets, Olivier Ducas a imaginé l'histoire d'un héros engagé dans une guerre entre chrétiens et musulmans.




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