AVALe: mère colère et ses enfants

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Mario Cloutier

Curieux objet théâtral que cet AVALe, conception et mise en scène de Catherine Bourgeois, présenté aux Écuries. Intrigant, déroutant, troublant, mais diablement fascinant.

Un homme, Michael, traîne son petit rien, sa petite maison de carton sur scène. Il va s'asseoir. Il attend et attend au téléphone que quelqu'un daigne répondre à son appel.

Sa vie est ainsi faite de frustrations, de génuflexions, de simagrées, de compromis et de compromissions. Il chérit une poule en plastique ou, comme il dit si bien, «quelque chose de plus mal pris que moi».

Il en va de même dans l'asservissement de sa coloc, Jacquie, inhibée par le manque de confiance en elle-même et confrontée au mépris de ceux et celles qui rient de son physique ou de sa maîtrise de la langue.

Un troisième personnage tourne autour d'eux, une espèce de tigre de la colère, un diable, en fait, qui tente, provoque et fait tomber.

Michael et Jacquie fléchiront devant les portes fermées au nez et les obstacles posés par d'autres ou par eux-mêmes. Elle, notamment, dans un monologue d'une puissance renversante, une longue plainte dure, crue et très sexuelle!

Qui est le plus handicapé dans tout ça? Les comédiens Michael Nimbley et Anthony Dolbec, avec leur ton monocorde et leur diction parfois approximative, la fragile comédienne néerlandaise Jacqueline van de Geer, ou encore le spectateur qui pourrait refuser de jouer le jeu du faux dans cette réalisation si peu conventionnelle?

Distanciation

Nous sommes ici devant du théâtre brechtien, par excellence et par choix. Tout y est distancié, décalé, dialectique. Rien n'est réel, encore moins réaliste. Le public n'oublie jamais qu'il assiste à une pièce de théâtre, aussi trash peut-elle paraître.

Ce travail porte à réflexion, scène après scène, tableau après tableau. On assiste au spectacle du courage épique de trois comédiens allant au-delà de leurs limites. Dans cet univers qui se suffit à lui-même, le spectateur est diverti, situations burlesques et chanson à l'appui, mais il est aussi informé et amené à prendre position.

On a parfois l'impression d'être devant un work in progress. Why not? Pourquoi une pièce aurait-elle besoin d'être terminée si on sait très bien qu'elle sera différente chaque soir, peut-être encore plus dans ce cas-ci?

Dans tous les cas, on en sort mieux équipé pour refuser d'avaler le tigre qui veille en nous et qui rôde autour de nous.

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Aux Écuries jusqu'au 29 mars.




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