La Ménagerie de verre: noirs désirs

Chef-d'oeuvre, La Ménagerie de verre a révolutionné le théâtre américain. Pour... (Photo: fournie par le Théâtre Prospero)

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Photo: fournie par le Théâtre Prospero

Chef-d'oeuvre, La Ménagerie de verre a révolutionné le théâtre américain. Pour le baptême de sa compagnie, le comédien Yan Rompré met en scène ce grand classique dans une salle minuscule. Une belle surprise.

«Désirer, cela consiste à vouloir occuper un espace plus grand que celui qui vous est offert», a écrit Tennessee Williams dans l'une de ses nouvelles. Toute son oeuvre est construite sur cette prémisse, avec des personnages fragiles et mythomanes qui se heurtent à la grandeur de leurs désirs. Perdus au milieu du rêve américain.

Tennessee Williams est le plus important auteur de théâtre moderne, avec Tremblay et Tchekhov. Leur théâtre offre d'ailleurs plusieurs similitudes. La Ménagerie de verre, sa première pièce largement autobiographique, créée en décembre 1944 à Chicago, l'a rendu célèbre, à 34 ans (il écrira Un tramway nommé Désir à 36 ans).

Jeune homme doué mais frustré, Tom Wingfield (le prénom de Williams était Thomas) vit avec sa mère et sa soeur dans un modeste logement à St. Louis, durant la crise économique des années 1930. Les Wingfield forment une famille dysfonctionnelle avant la lettre.

Voyons voir. Un père volage et alcoolique qui a déserté le foyer. Une mère contrôlante, manipulatrice et terriblement excentrique (elle a été élevée au milieu des riches propriétaires des plantations de coton du Sud). Une soeur timide, introvertie, qui boite et qui collectionne maladivement des petits animaux de verre. Finalement, ce fils poète et malheureux qui désire fuir le nid familial, au grand dam de sa mère qui le trouve égoïste.

Dans la pure tradition de Williams, ces personnages préfèrent l'illusion à la réalité. Lorsque Amanda, la mère, va organiser un souper pour présenter un beau cavalier à sa fille, Laura, qu'elle veut marier à tout prix, la réalité va les frapper en plein visage!

Réalisme poétique

Avec son style qualifié de réalisme poétique, son univers tendre et violent, Williams a su exprimer autant les aspirations que les déceptions de tout un peuple. De plus, homosexuel et mondain élevé dans une Amérique puritaine, l'auteur a fait entrer ses personnages marginaux dans le répertoire.

Avec aplomb et témérité, l'acteur Yan Rompré (Providence, Les Rescapés) s'attaque à ce grand texte dans la salle intime du Prospero. Le jeune comédien signe sa toute première mise en scène pour sa nouvelle compagnie: Tg_2. Avec peu de moyens, dans un espace ingrat, il réussit à rendre la beauté et la portée de la pièce. Sa mise en scène comporte de bonnes idées pour récupérer le manque d'espace et faire avancer le récit, avec ses changements de temps et lieux, et lui insuffler de la poésie.

Rompré a bien dirigé Dorothée Berryman dans le rôle d'Amanda, Enrica Boucher dans celui de Laura, et Philippe Cousineau qui joue Tom, le fils/narrateur. Mme Berryman est tout simplement merveilleuse dans la peau de cette mère pieuse et coquette; un drôle de croisement entre Blanche Dubois et maman Plouffe! L'actrice expose la folie d'Amanda, mais aussi son cruel dilemme: elle doit protéger sa famille malgré ses maigres ressources. Philippe Cousineau, un excellent acteur, est fort convaincant en Tom. Enrica Boucher illustre bien la fragilité de Laura. Malheureusement, le cavalier, Jim, est incarné de façon beaucoup trop moderne par Yan Rompré. Son jeu (télégénique) tranche avec le reste de la distribution. Certes, Jim est un jeune homme ambitieux et charismatique. Mais Williams dépeint des membres de la classe ouvrière dans les années 30, à St. Louis; pas un prétendant d'un épisode de The Bachelor!

Malgré ce bémol, cette production reste à voir. Entre autres pour Dorothée Berryman et pour cette histoire belle, touchante et universelle.

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Au Théâtre Prospero, jusqu'au 1er février.




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