Tu te souviendras de moi : pour la suite du monde

Francois Archambault et Guy Nadon... (Photo: Martin Chamberland, archives La Presse)

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Francois Archambault et Guy Nadon

Photo: Martin Chamberland, archives La Presse

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Luc Boulanger
La Presse

La création de la nouvelle pièce de François Archambault, avec Guy Nadon au sommet de son art, est un grand moment de la rentrée théâtrale. Un texte bouleversant sur la mémoire collective et le dur désir de durer.

Avec Tu te souviendras de moi, François Archambault livre une pièce bouleversante, percutante et qui touche droit au coeur. Un texte qui agit comme une radiographie de l'inconscient collectif d'un peuple; plutôt d'une génération de Québécois rendue à l'automne de la vie.

La production dirigée avec brio par Fernand Rainville, à La Licorne, est assurément un (très) grand moment de la rentrée théâtrale. Avec son style qui marie l'humour et l'émotion, la légèreté et la gravité, l'intime et le collectif, l'auteur de La société des loisirs raconte ici le drame d'Édouard (Guy Nadon). Un historien à la retraite et atteint de la maladie d'Alzheimer (jamais nommée). Bien qu'il perde la mémoire, Édouard s'accroche à ses moments de lucidité. Car il refuse de disparaître sans laisser de traces. N'est-ce pas là le désir de la plupart des humains?

Sa femme (Johanne-Marie Tremblay), épuisée de l'avoir à sa charge, décide de le confier à leur fille Isabelle (Marie-Hélène Thibault). Celle-ci s'en occupera à contrecoeur avec son nouveau chum (Claude Despins). Devant le malaise des siens, Édouard va se rapprocher d'une adolescente rebelle, la fille du chum (Emmanuelle Lussier-Martinez), qui se reconnaît dans les idées de l'ex-professeur sexagénaire. 

Leur relation, aussi belle que fragile, est emblématique. Par delà le conflit de valeurs entre les générations, c'est la place du passé dans la société que la pièce aborde. Et comment le passé peut éclairer notre avenir incertain. Une lutte entre la mémoire et l'oubli qui fait écho à un autre combat : celui entre la vie et la mort.

La soif d'idéal

« On assiste vraiment à la désintégration du monde », s'exclame Édouard, critiquant la société numérique. Édouard est un pur produit de son époque pré informatique. La génération des parents de l'auteur (Archambault leur rend ici un bel hommage) qui, encore plus que le pays, rêvait d'une société juste et idéale. Parce que « les gens que la réalité déçoit sont la plupart du temps des idéalistes ». 

En réaction avec l'obsession de l'instantanéité, de la nouveauté à tout prix, l'historien déplore l'amnésie des jeunes d'aujourd'hui. René Lévesque représente plus que le nom d'un boulevard du centre-ville! En ce sens, Tu te souviendras de moi rappelle le début du récent documentaire sur Lise Payette; lorsque la journaliste Sophie Thibault interroge une classe de sociologie à l'université, sans qu'un seul étudiant ne puisse identifier l'ex-ministre, animatrice et auteure.

Dans le rôle d'Édouard, Guy Nadon est magistral! Quel grand acteur qui arrive à faire surgir la puissance du texte à chaque réplique. Il est appuyé par une distribution tout aussi bonne. La mise en scène de Fernand Rainville fait résonner la portée sociale et la poésie de l'oeuvre.

En cours de route, Édouard en viendra à douter de l'importance du passé. Les civilisations, comme les hommes, sont mortelles, disait Malraux. Les baby-boomers sont peut-être simplement devenus vieux et nostalgiques? Tandis que sa mémoire dépérit, à la fin de la pièce, l'historien exprime un ultime désir : celui d'entendre les rêves de la jeunesse actuelle. 

Parce que pour bien se souvenir, il faut savoir écouter.

Au Théâtre La Licorne, jusqu'au 22 février.

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