2013-01-28 10:50:00.000

Le dernier feu : prisonniers de la mise en scène

Le talent des acteurs (dont Évelyne Rompré et... (Photo: Caroline Laberge, fournie par Espace GO)

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Le talent des acteurs (dont Évelyne Rompré et Maxime Denommée) vient au secours d'un spectacle statique.

Photo: Caroline Laberge, fournie par Espace GO

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Luc Boulanger
La Presse

Denis Marleau est sans doute le plus «européen» des metteurs en scène québécois. Pour le meilleur: des propositions esthétiques qui débordent de sens et affichent un projet artistique rigoureux et assumé. Mais aussi pour le pire: une signature froide, très cérébrale, qui transparaît dans sa direction d'acteurs plus mécanique qu'organique.

Sa nouvelle mise en scène de la pièce Le dernier feu, réalisée en tandem avec Stéphanie Jasmin, sa complice depuis quelques années, en est un exemple probant. Dès l'arrivée dans la salle d'Espace GO, on admire la magnifique scénographie monochrome (signée Jasmin et Marleau). Dans les 10 premières minutes, la scène est balayée par le va-et-vient des acteurs qui lancent leurs répliques à l'unisson. Un tableau qui reviendra à la toute fin. Il s'agit des deux plus beaux moments de ce spectacle de 110 minutes.

Entre les deux, les acteurs sont figés comme des statues et semblent prisonniers de la mise en scène. Si ce n'était de l'énorme talent de cette magnifique distribution (avec les Annick Bergeron, Maxime Denommée, Évelyne Rompré, Peter Batakliev, entre autres), la représentation serait assez pénible.

Il y a une énigme dans les productions signées Marleau/Jasmin: la sous-utilisation des acteurs, alors que ceux-ci sont la richesse naturelle, l'énergie vitale de la représentation théâtrale. Bien sûr, le texte de l'auteure allemande Dea Loher est une partition exigeante pour les interprètes. Elle demande un niveau de jeu différent du théâtre psychologique. Il n'y a pas de dialogues, les répliques se confondent entre les personnages qui passent du «je» au «nous» et au «il». L'émotion vient donc dans le choc de mots et non dans la situation.

Parlons de ce texte qui a tant secoué la directrice d'Espace GO. Ginette Noiseux écrit dans son mot au programme qu'après l'avoir lu à l'étranger, «dans une petite chambre froide, humide et minable», elle ne pouvait plus parler...

Dont acte.

La pièce raconte les épreuves et la résilience d'hommes et de femmes marqués par la peur, la violence, le rejet, la mort. Il est question de Rabe, un étranger qui sera le témoin d'un accident de la route qui a coûté la vie à un enfant. Le chauffard est muré dans sa chambre alors qu'on assiste aux dommages collatéraux de ce drame sur les habitants d'une petite ville.

Jérôme Minière (qui joue le rôle muet du chauffard et qui produit aussi la musique) intervient en chansons à trois occasions. Dans un rap bien expédié, l'interprète prend directement à partie le public comme étant responsable du malheur des marginaux et autres laissés pour compte de la société.

Si ce cri de rage peut avoir un écho dans la conscience du peuple allemand qui porte le poids de la culpabilité de quelques guerres et d'un génocide, il est un peu hors sujet au Québec, un pays «monstrueusement en paix» qui, sans être parfait, a moins de sang sur les mains.

Or, pour comprendre cela, il faut savoir à qui s'adresse une création. Pas sûr que Denis Marleau et Ginette Noiseux désirent parler d'abord et avant tout au public québécois...

___________________________________________________________________________

Le dernier feu, à Espace GO jusqu'au 16 février.

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Denis Marleau est sans doute le plus «européen» des metteurs en scène québécois. Pour le meilleur: des propositions esthétiques qui débordent de sens et affichent un projet artistique rigoureux et assumé. Mais aussi pour le pire: une signature froide, très cérébrale, qui transparaît dans sa direction d'acteurs plus mécanique qu'organique.

Sa nouvelle mise en scène de la pièce Le dernier feu, réalisée en tandem avec Stéphanie Jasmin, sa complice depuis quelques années, en est un exemple probant. Dès l'arrivée dans la salle d'Espace GO, on admire la magnifique scénographie monochrome (signée Jasmin et Marleau). Dans les 10 premières minutes, la scène est balayée par le va-et-vient des acteurs qui lancent leurs répliques à l'unisson. Un tableau qui reviendra à la toute fin. Il s'agit des deux plus beaux moments de ce spectacle de 110 minutes.

Entre les deux, les acteurs sont figés comme des statues et semblent prisonniers de la mise en scène. Si ce n'était de l'énorme talent de cette magnifique distribution (avec les Annick Bergeron, Maxime Denommée, Évelyne Rompré, Peter Batakliev, entre autres), la représentation serait assez pénible.

Il y a une énigme dans les productions signées Marleau/Jasmin: la sous-utilisation des acteurs, alors que ceux-ci sont la richesse naturelle, l'énergie vitale de la représentation théâtrale. Bien sûr, le texte de l'auteure allemande Dea Loher est une partition exigeante pour les interprètes. Elle demande un niveau de jeu différent du théâtre psychologique. Il n'y a pas de dialogues, les répliques se confondent entre les personnages qui passent du «je» au «nous» et au «il». L'émotion vient donc dans le choc de mots et non dans la situation.

Parlons de ce texte qui a tant secoué la directrice d'Espace GO. Ginette Noiseux écrit dans son mot au programme qu'après l'avoir lu à l'étranger, «dans une petite chambre froide, humide et minable», elle ne pouvait plus parler...

Dont acte.

La pièce raconte les épreuves et la résilience d'hommes et de femmes marqués par la peur, la violence, le rejet, la mort. Il est question de Rabe, un étranger qui sera le témoin d'un accident de la route qui a coûté la vie à un enfant. Le chauffard est muré dans sa chambre alors qu'on assiste aux dommages collatéraux de ce drame sur les habitants d'une petite ville.

Jérôme Minière (qui joue le rôle muet du chauffard et qui produit aussi la musique) intervient en chansons à trois occasions. Dans un rap bien expédié, l'interprète prend directement à partie le public comme étant responsable du malheur des marginaux et autres laissés pour compte de la société.

Si ce cri de rage peut avoir un écho dans la conscience du peuple allemand qui porte le poids de la culpabilité de quelques guerres et d'un génocide, il est un peu hors sujet au Québec, un pays «monstrueusement en paix» qui, sans être parfait, a moins de sang sur les mains.

Or, pour comprendre cela, il faut savoir à qui s'adresse une création. Pas sûr que Denis Marleau et Ginette Noiseux désirent parler d'abord et avant tout au public québécois...

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