2012-12-05 12:05:00.000

Red : de la tragédie de l'art

Bien éperonné par la metteure en scène Martha... (Photo: fournie par la production)

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Bien éperonné par la metteure en scène Martha Henry, Randy Hughson livre avec puissance un Rothko haletant et crachant, dont les coups de gueule révèlent toute la fragilité.

Photo: fournie par la production

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Daniel Lemay
La Presse

L'art a-t-il pour objet de rendre la réalité de la vie et de la nature, ou d'évoquer un niveau supérieur de conscience et de civilisation? La question est grave et elle est gravement posée dans Red, la pièce à deux personnages du dramaturge et scénariste John Logan, présentée au Centre Segal des arts de la scène, jusqu'au 16 décembre.

Pour le peintre Mark Rothko, l'art - le sien en tout cas - était tragédie. Tragédie qu'il étendait, comme le rouge sur ses murales, en couches superposées: tragédie de l'Homme et du Monde, tragédie de l'artiste et de l'individu pris dans la petitesse universelle. Dans la peau du célèbre expressionniste abstrait, Randy Hughson explose ici en mille éclairs et ses foudres, pour retourner à la terre, passent immanquablement par son adjoint Ken: «Je ne suis pas ton rabbin ni ton psy: je suis ton patron!»

Ken - Jesse Aaron Dwyre - aspire à l'Art tandis que l'autre prétend l'incarner, comme, avant lui, les Michel-Ange et Matisse dans la lignée de qui il aime se regarder. «De quel droit peux-tu émettre une opinion sur l'art?», lance l'irascible maître à son préposé aux pinceaux qui tente de mettre en relief certaines tendances émergentes du Zeitgeist, cet esprit du temps où les boîtes de soupe d'Andy Warhol s'accrochent aux côtés des nappes de conscience du grand Rothko.

La pièce de Logan veut que le déséquilibre dramatique d'ouverture se transforme en un échange plus égal, sinon plus serein, entre les Anciens et les Modernes. Avec quelques moments plus légers, on s'en réjouira... Si le spectateur comprend d'emblée l'obligation d'en arriver à un équilibre nouveau, la prestation de Jesse Aaron Dwyre l'empêche d'y croire pleinement. Le jeune comédien possède bien le texte qui lui permettrait de répliquer au «monstre d'égotisme» que représente le personnage de Rothko, mais son expression, du rythme des pas au débit enflammé, reste confinée dans un registre par trop académique. Et malgré l'argumentaire, malgré les preuves du miroir que Ken place devant son interlocuteur, le déséquilibre demeure.

Bien éperonné par la metteure en scène Martha Henry, Randy Hughson livre avec puissance un Rothko haletant et crachant, dont les coups de gueule révèlent toute la fragilité. Et, éventuellement, la sérénité, quand il aura tranché, à son détriment, le lien entre l'art et l'argent. À elle seule, cette scène vaut le déplacement.

Avec le décor, vibrant de simplicité, d'Eo Sharp, qui a reconstitué le studio de la rue Bowery, il faut souligner la qualité des éclairages de Robert Thompson. Ce concepteur de grande renommée devait montrer sous son vrai jour un peintre convaincu du fait que la lumière du jour desservait son art...

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Red, de John Logan, pièce en un acte présentée au Centre Segal des arts de la scène jusqu'au 16 décembre. En anglais.

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