Lapin blanc, lapin rouge : la carotte et le bâton

Amir Khadir a demandé au public d'être «indulgent».... (Photothèque Le Soleil)

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Amir Khadir a demandé au public d'être «indulgent». Mais c'était superfétatoire: le député de Québec Solidaire aime la lumière et il sait se défendre sur une scène. À sa manière, il a bien performé, sortant parfois du texte, faisant des clins d'oeil aux spectateurs, ou encore imitant avec talent une autruche!

Photothèque Le Soleil

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Lorsque l'on se voit retirer son passeport et interdire de franchir les frontières de son pays, à 20 ans, on peut se révolter, s'enfuir, se résigner... ou encore, à l'instar de Nassim Soleimanpour, écrire une pièce. Pour laisser ses mots voyager à sa place.

Parce qu'une oeuvre peut franchir l'espace du temps, des hommes et des idéologies, plus aisément que les mortels. Avec Lapin blanc, lapin rouge, l'auteur iranien a mis des mots sur la page blanche pour les offrir, à l'aveugle, à des hommes et à des femmes qui ont, sans l'avoir choisie, cette belle et précieuse chose: la liberté.

Soleimapour a écrit un texte «clés en main»: un interprète-surprise prend connaissance, en même temps que le public, de sa pièce qu'il découvre en retirant le manuscrit d'une enveloppe. Il nous le livre à l'aveugle, sans savoir où l'aventure va le (et nous) mener. Lors de la première, mercredi, c'est un non-acteur, le député Amir Khadir, aussi d'origine iranienne, qui a tenu ce rôle de funambule théâtral.

D'entrée de jeu, Khadir a demandé au public d'être «indulgent». Mais c'était superfétatoire: le député de Québec Solidaire aime la lumière et il sait se défendre sur une scène. À sa manière, il a bien performé, sortant parfois du texte, faisant des clins d'oeil aux spectateurs, ou encore imitant avec talent une autruche!

La pièce de Soleimanpour est un curieux objet théâtral. À vrai dire, elle nous a laissés un peu sur notre faim. Après un (long) prologue, l'auteur fait participer le public (chaque spectateur s'identifie par un numéro et peut être appelé, à tout moment, à monter sur scène). Le récit, qui hésite entre la fable et le journal intime, entre le bestiaire et le pamphlet, nous a semblé un peu mince.

Les moments les plus touchants sont quand l'auteur se dépeint sans pudeur, avant d'interpeller le public: «Je vous imagine aussi, dans quelle ville vous habitez, à quelle place vous êtes assis, à quoi vous ressemblez, comment vous réagissez», etc.

L'une des définitions de la liberté, c'est «la possibilité d'agir sans contrainte». Est-ce pour cela que Nassim Soleimanpour prend plaisir à nous fixer des «contraintes» textuelles? Nous sommes captifs de ses fantasmes, de son désespoir.

L'auteur ira même jusqu'à donner au public la responsabilité de décider de la (bonne ou mauvaise) fin de la pièce. Comme s'il nous hurlait au visage: «Vous êtes libre (de m'écouter, de m'aimer, de partir), moi, non!»

Si l'auteur pouvait aller plus loin, dans la provocation ou l'intimité (en tenant compte de ses restrictions), Lapin blanc, lapin rouge pourrait être un spectacle phare. Pour l'instant, il ne fait qu'éclairer le fossé entre deux mondes.

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Lapin blanc, lapin rouge, à l'Espace Libre, jusqu'au 15 décembre.




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