Guillaume Wagner: le rire affûté comme un couteau

Guillaume Wagner... (Photo Jean Marie Villeneuve, Le Soleil)

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Guillaume Wagner

Photo Jean Marie Villeneuve, Le Soleil

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Dans Cinglant, Guillaume Wagner avait étrenné sa carrière d'humoriste avec un mélange explosif de numéros qui tiraient dans tous les sens, mais avec justesse. Le public avait découvert - parfois avec incrédulité - le côté acide de cet artiste intelligent, doué et à la dégaine un peu hautaine, une sorte de Pierre Lapointe de l'humour, l'excentricité vestimentaire en moins. Pour son deuxième spectacle, Guillaume Wagner a décidé de tisser sa trame narrative autour du thème de l'humanité, des qualités et des défauts de l'être humain en ce début de XXIe siècle, alors que la technologie mondialise une civilisation du spectacle.

«Je pense que mon deuxième show est plus maîtrisé que le premier, dit Guillaume Wagner en entrevue. Ça reste le même style encore très baveux. J'aime aller à l'encontre du consensus.»

Pourfendeur de la bêtise humaine

Dans Trop humain, Wagner s'en prend à la bêtise humaine - un sujet au grand potentiel humoristique -, mais aussi à la société québécoise accusée de niveler par le bas.

«Au Québec, il y a une culture d'anti-intellectualisme, dit-il. C'est encore très valorisé d'être un peu niaiseux, très près du monde, bien humble et nono. Les gens qui ont de l'ambition, qui essaient d'être intelligents ou d'aller plus loin sont plutôt mal vus.»

L'humoriste, qui n'est jamais allé à l'université mais qui s'est cultivé par lui-même, rappelle qu'on est tous le médiocre ou l'imbécile d'un autre. Mais il trouve regrettable qu'au Québec, l'acquisition de connaissances et une certaine liberté de penser ne soient pas davantage mises en valeur.

«À la base, tout le monde est stupide et niaiseux, mais être intelligent, c'est s'avouer stupide tout en continuant d'apprendre, tout en évoluant. Pourtant, ici, ce n'est pas nécessairement bien vu», dit l'artiste qui aura 31 ans dans quelques jours.

Dans Trop humain, Guillaume Wagner veut donc «fesser là-dedans». À la fois pour faire rire et pour faire réfléchir les gens. «Moi, je fais un art populaire; des gens de tous les horizons viennent me voir. Tu n'as pas besoin d'être hyper cultivé pour comprendre ce que je fais. Je trouvais donc ça intéressant de me servir de ce sujet pour changer ce discours-là. D'essayer humblement de faire un petit quelque chose, peut-être planter une graine, laisser germer quelque chose.»

Les épais sont dans la salle!

L'humoriste ajoute qu'il trouve excitant d'avoir un public qui peut se sentir directement concerné par ses propos et dont il peut rire ouvertement. «Je n'aime pas l'humour où on dit:"Ah, il existe des épais, mais ils sont à l'extérieur de la salle! Vous, vous avez payé, vous êtes cool." Moi, c'est comme: "Non, non, il y a des épais dans la salle! Soyons honnêtes envers nous-mêmes." »

Le rodage de Trop humain a permis à l'humoriste de trouver la bonne modulation afin de ne pas (trop) heurter le public de plein fouet. «Il a fallu trouver le bon ton, le bon sourire et la bonne attitude, car, au début, ça ne passait pas du tout, ce spectacle-là! Je sentais une haine contre moi. Mais je le comprends. Mal exprimé, ce que je dis peut être blessant pour certaines personnes.»

Moins agressif mais toujours incisif, l'humoriste se serait-il assagi? «Mon couteau est plus affûté, dit-il. J'essaie de faire de belles tranches minces, mais, même quand je coupe tout croche, c'est assumé maintenant!»

Adorateur de Nietzsche

À la fois cynique et lucide, Guillaume Wagner a choisi le titre Trop humain en référence à l'oeuvre de Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain. Un «livre pour esprits libres» que le philosophe allemand a écrit lorsqu'il se croyait mourant. Guillaume Wagner l'a adoré.

«Je me suis surtout inspiré de la prémisse du livre: Nietzsche explique que là où les humains voient des choses idéales, lui voit des choses humaines, trop humaines. Et l'humour est intéressant quand il détruit la morale humaine dont on pense qu'elle représente la vérité. Cette morale peut être reconstruite. On peut déconstruire de vieux consensus et des statu quo et c'est un peu la job des humoristes.»

Encore du name dropping...

Si Nietzsche évoque l'art de la nuance dans Humain, trop humain, ce n'est pas une qualité qu'on attribue d'emblée à Guillaume Wagner. Parlez-en aux chanteuses Marie-Mai et Marie-Élaine Thibert qui sont passées dans le tordeur de son premier show, ce qui avait suscité un certain émoi. Y a-t-il d'autres flèches empoisonnées dans Trop humain?

«J'essaie d'être plus nuancé, répond Wagner. Mais pour faire rire, les humoristes doivent exagérer, caricaturer, faire de la démagogie. Quant au name dropping, il y en a encore!»

Les flèches seront-elles aussi acérées que celles lancées contre Marie-Mai et Marie-Élaine Thibert? «Oui, répond l'humoriste. Pour Marie-Mai et Marie-Élaine Thibert, je n'avais rien de particulier contre elles personnellement. Elles sont super fines et super cool. J'ai réalisé que je n'étais pas à l'aise avec le fait de me servir de ces personnes-là, même si c'était des symboles. Alors, maintenant, je me sers de personnes que ça ne me dérange pas de fâcher...»

Au Théâtre Maisonneuve les 6 et 7 octobre et en tournée.

L'humanité selon Guillaume

Intellectuel du rire, Guillaume Wagner a un goût prononcé pour la philosophie, la littérature et l'actualité. Dans le cadre de son deuxième spectacle solo, Trop humain, nous lui avons demandé de réagir à six sujets de l'actualité internationale, sociale, économique, technologique, politique et sportive. Pour nous dire s'ils étaient ou pas des signes d'humanité.

La crise des migrants

«On a réalisé ce qu'était le pouvoir d'une image [celle du cadavre d'Aylan, jeune Syrien noyé, sur une plage de Turquie]. Ça a fait ressortir une parcelle d'humanité chez les gens, mais ça me fait presque peur de voir qu'avec juste une image, on peut... non pas manipuler les gens, mais faire ressortir une émotion. Que les gens soient prêts à accueillir tout à coup des migrants, c'est une belle bouffée d'humanité, mais je trouve ça étrange que ce soit parti d'une image. Ça fait quand même longtemps qu'on voit des images horribles du conflit en Syrie. Ça n'avait aucun impact, mais là, l'image est belle, pas trop violente et triste. C'est presque de l'art. Alors ça touche les gens. C'est quand même particulier.»

L'internet, générateur d'humanité?

«L'internet peut faire ressortir le pire comme le meilleur de l'humanité. L'internet est un miroir de l'humanité. Et ce miroir n'est pas toujours beau. Avant, on le voyait moins. Mais pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, on peut avoir un portrait assez global de ce qui compose l'humanité, ce qu'est une communauté, une société. Et je pense que des gens sont choqués de réaliser qu'ils cohabitent avec du monde épouvantable! Mais l'humanité, c'est ça! Ce qui est fou avec l'internet, c'est que les gens, pour la première fois, se sentent à l'aise de dire ce qu'ils pensent et c'est parfois horrible, car ils sont dans une espèce d'anonymat. Alors, ce n'est pas toujours beau... mais c'est nous!»

Le niqab pendant la prestation de serment

Accepter par humanité? «Moi, je suis pour la liberté totale, complète, même la liberté de restreindre sa propre liberté. Les gens ont le droit d'être ce qu'ils veulent être, de croire en ce qu'ils veulent, même si je ne suis pas d'accord. Parce que si je commence à imposer ce que je considère comme correct, ça ne finira plus! Et puis, il faut se rendre compte que tout le monde n'est pas rendu au même endroit dans la vie, que ce soit différents pays ou différentes cultures. On évolue tous. Il n'y a pas si longtemps, les femmes n'avaient pas le droit de vote, ici. Alors, ne faisons pas comme si on était si évolués. Laissons les gens aller à leur rythme.»

La campagne électorale

Une politique plus humaine? «Non. C'est une grosse mascarade. On ne vit pas en démocratie. La démocratie, ce n'est pas élire des maîtres une fois de temps en temps et ne plus pouvoir dire quoi que ce soit sur leurs décisions. On l'a vu en 2012 [avec le printemps érable]: on s'est clairement fait dire que la démocratie, "ça n'existe pas ici, vous avez élu votre maître, maintenant laissez-nous tranquilles". Je ne pense pas que ces gens représentent nos intérêts ou les défendent. Alors, je regarde la campagne électorale comme je regarde la lutte, car c'est drôle de les voir essayer de nous faire croire qu'ils sont différents. Comme dans la lutte, il y a un bon, un méchant, mais tout est arrangé. Ils représentent les mêmes personnes. Alors, je ne voterai pas.»

La tricherie de Volkswagen

Vouloir polluer sans se faire pincer, c'est humain? «Ce n'est pas extrêmement surprenant de la part d'un constructeur automobile. Ce genre d'entreprises étouffent la voiture électrique depuis des années, alors qu'on sait que l'électrique est la voie de l'avenir. Mais bon, l'humanité, c'est ça aussi: c'est falsifier des résultats, c'est la corruption, c'est l'appât du gain.»

La violence dans le sport

La violence dans les gradins en Europe et sur les patinoires, est-ce humain? «Moi, je suis un grand fan de boxe, mais, si tu me demandes de justifier la boxe, j'aurai de la misère! La boxe, ça canalise la violence et ça peut devenir un art, même si c'est cruel. Qu'il y ait des batailles au hockey, je trouve ça absurde, car ce n'est pas ça, du sport. En plus, c'est super dangereux. Se battre sur des patins, c'est la pire affaire à faire! En plus, on tombe sur une surface aussi dure que du béton! Même à la boxe, le plancher est mou! En Europe, ça a l'air extrêmement violent dans les gradins. Mais bon, on prend du sport, du nationalisme et on rajoute de l'alcool: ça se peut qu'il y ait du trouble!»

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