Gala Les Olivier: les beaux transfuges

Fabien Cloutier, Valérie Blais et Emmanuel Bilodeau ont fait... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE)

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Fabien Cloutier, Valérie Blais et Emmanuel Bilodeau ont fait le saut en humour après s'être fait remarquer comme comédiens.

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Ils ont fait leur marque comme comédiens, et ils se démarquent maintenant en humour en accumulant les nominations au Gala Les Olivier. Emmanuel Bilodeau, Valérie Blais et Fabien Cloutier ont non seulement remporté le pari de faire rire, mais ils sont aussi la preuve du décloisonnement d'un milieu tissé serré. Table ronde avec trois beaux transfuges.

Valérie Blais et Emmanuel Bilodeau sont aussi étonnés que ravis que leurs spectacles se retrouvent en lice dans les catégories les plus prestigieuses du Gala Les Olivier. Il faut dire que tous les deux ont osé, la quarantaine bien entamée et le CV de comédien bien garni, se lancer dans le spectacle d'humour en solo, alors que personne ne les attendait dans ce créneau.

«Je pense que le milieu de l'humour avait envie de donner une tape dans le dos à ceux qui viennent d'ailleurs et qui font l'humour d'une autre façon», note Bilodeau, avant d'ajouter, pince-sans-rire: «Ça leur fait du bien aussi de voir de vieux acteurs qui se lancent dans l'humour. C'est touchant de voir ça. On n'est pas une menace, hein! Je suis déjà has-been!»

Mais Blais et Bilodeau n'en sont pas à leurs premières armes en humour. Blais a déjà été sacrée découverte de l'année au Festival Juste pour rire, il y a une dizaine d'années, quand elle a présenté Le démon du midi, mis en scène par Dominique Michel. Bilodeau s'est fait remarquer avec son numéro Le politicien au même festival, petit exploit qui a mené à son One Manu Show.

Huit nominations à trois

Nous les avons réunis au Ritz-Carlton avec Fabien Cloutier, lui aussi issu du milieu théâtral, et qui s'est fait connaître avec les superbes spectacles Scotstown et Cranbourne, présentés au Zoofest de Juste pour rire notamment.

À eux trois, ils totalisent huit nominations au Gala Les Olivier. Blais et Bilodeau sont en lice dans les catégories Auteur, Mise en scène et Spectacle d'humour, en compagnie des grands noms du métier, tandis que Fabien Cloutier est en lice dans les catégories Capsules humoristiques radio et Découverte de l'année.

Lorsqu'on leur parle de leur parcours atypique qui les a fait passer du théâtre à l'humour, c'est Valérie Blais qui se montre la plus résistante. «C'est vous, les médias, qui mettez l'accent là-dessus!»

Tout de même, aucun des trois n'avait rêvé de devenir un jour humoriste. Et il n'y a pas si longtemps, il y avait cette petite polémique concernant tous ces humoristes qui décrochaient de grands rôles au cinéma...

Fabien Cloutier, lui, l'avoue: «J'ai déjà été un puriste du théâtre. Je me suis rendu compte que tout ce que je connaissais de l'humour venait de la télé. C'est au Zoofest que je suis allé dans les petites salles et que j'ai vu qu'il se passait quelque chose qui m'interpellait.»

Le pouvoir de l'humour

Qu'on soit comédien ou humoriste, c'est la passion de la scène qui domine. Et chez ces trois-là, le désir de briser le fameux «quatrième mur» du théâtre. «Un jour, j'ai fait une tournée de théâtre jusqu'au Témiscamingue, se souvient Valérie Blais. Arrivés sur place, il y avait 58 personnes dans la salle. La veille, dans la même salle, il y avait 650 personnes pour Peter MacLeod. J'ai réfléchi.»

Il n'y a rien de plus fort que d'être seul sur scène dans un dialogue direct avec le public, disent-ils. «Les humoristes ont un pouvoir énorme, et j'avais envie d'avoir ce pouvoir-là», admet Bilodeau, qui souligne que la vie de comédien n'est pas «si excitante que ça». «Tu es au top de ta forme et de ton expérience et tu tournes 23 jours par année. J'ai beaucoup plus à donner!»

Pour Valérie Blais, c'est en plus une libération des contraintes des castings, surtout pour les femmes. «J'étais tannée, comme comédienne, d'être toujours dans des rôles de soutien. J'avais envie de mordre dans quelque chose pendant deux heures sur scène. Prendre la parole est une façon merveilleuse de prendre le volant. Un autre grand bonheur pour moi a été de sentir qu'il n'y avait pas de limite d'âge, de demande physique. Les gens m'aimaient comme j'étais, gratuitement! Il n'y avait plus de barrières, et ça m'a énormément calmée dans la vie.»

Voilà l'autre aspect du métier d'humoriste: la proximité avec le public. Pas seulement sur scène, mais après les spectacles. «Avant, on venait me voir en me disant: «Madame Blais, je vous aime beaucoup dans Tout sur moi.» Maintenant, c'est: «Hey! Valérie!» »

«S'il y a encore un snobisme des acteurs envers les humoristes, ou un snobisme des humoristes envers les acteurs, il est mal placé, parce que ce sont deux métiers difficiles», résume Fabien Cloutier, qui prépare son premier one-man-show d'humour «officiel» pour l'automne. «Mais je pense qu'il y a eu des débats, des prises de conscience et que le milieu se décloisonne. Je trouve que c'est encore cette idée de monter sur scène qui est le test ultime, c'est de se confronter au public. Moi, c'est complètement pour ça que je fais mon métier.»

_________________________________

Le Gala Les Olivier, dimanche, 19 h 30, Radio-Canada.

Dans leurs mots

CE QUI LES A FAIT RIRE CETTE ANNÉE

Emmanuel Bilodeau: «Les beaux malaises de Martin Matte.»

Fabien Cloutier: «La publicité de François Bellefeuille avec Véronique Cloutier, où il fait juste la payer et elle ne dit rien. J'ai trouvé ça efficace. Aussi, Les Appendices, qui sont dans les choses qui me font le plus rire. Ils ont un niveau d'absurdité qui fait que ça devient presque politique!»

Valérie Blais: «J'aime beaucoup Mike Ward. Je suis une personne pudique, mais c'est comme une catharsis quand je vois son show, à l'opposé total du mien. C'est à un tel niveau de vulgarité et de méchanceté que ça devient absurde, et il finit par dire le contraire de ce qu'il projette. Toute son intelligence est là-dedans.»

«FUCK L'HUMOUR PUR!»

Valérie Blais: «Pour mon spectacle, j'ai reçu beaucoup d'admiration et de bonheur de la part des gens de théâtre. J'ai vécu plus de snobisme de la part de certains humoristes. Je me suis fait faire la morale: «Tu n'as pas fait la base, tu dois aller dans les bars pour que le monde te crache dessus.» Come on! J'ai fait de la scène longtemps, j'ai fait du théâtre de rue, et il n'y a pas de règles!»

Fabien Cloutier: «Quelqu'un qui faisait du démarchage m'a dit un moment donné: «Toi, tu ne fais pas de l'humour pur.» Fuck l'humour pur! Personne ne va me dire que je fais pas de l'humour pur pendant que Michel Louvain chante dans un gala, et qu'il y a des formes de variétés qui sont assumées! Les beaux malaises, est-ce une série écrite par un humoriste ou par un auteur? Martin Matte, c'est un auteur, parce qu'il y a un travail d'auteur là-dedans.»

LES LIMITES DE LA RECETTE

Emmanuel Bilodeau: «L'écriture, c'est personnel. L'humour est personnel. Oui, il y a une École de l'humour pour apprendre les grands principes, et c'est bon de les connaître, mais c'est aussi bon de s'en éloigner. Quelqu'un qui essaie d'être drôle juste avec les codes humoristiques établis, eh bien, il lui manque peut-être un petit quelque chose.»

Fabien Cloutier: «Oui, l'École nationale de l'humour forme de grands humoristes, mais on voit des fois la recette. C'est comme pour l'École nationale de théâtre. Il y a une espèce de magie au fait d'être capable d'être sur scène et de créer un contact qui a l'air simple et vrai avec les gens. Il y a des acteurs qui sont incapables de monter sur scène et de parler au monde. Il y a des gens qui veulent être drôles, qui connaissent les mécanismes, mais qui n'ont pas cette chose essentielle, cette magie, pour être sur scène.»

CE QUE L'HUMOUR LEUR A APPRIS

Valérie Blais: «Comment aller à la rencontre des gens. Briser le quatrième mur. Ça m'a donné beaucoup de liberté, l'espace pour être moi-même, complètement.»

Emmanuel Bilodeau: «Je me suis rendu compte que l'humour a fait de moi un meilleur acteur. Je suis plus responsable, plus conscient et j'assume plus ce que je suis. Avant, j'étais plus timide, je proposais moins... Ce qui est dangereux, c'est que ça te donne moins le goût de te faire diriger!»

Fabien Cloutier: «Les shows en solo ont changé ce que je suis comme auteur et comme acteur. Je me fie plus à mon instinct. C'est en faisant de la scène tout seul que je suis devenu plus à l'aise devant une caméra. Ça m'a donné une espèce d'indépendance.»

Où peut-on les voir?

Emmanuel Bilodeau poursuit sa tournée One Manu Show jusqu'en mars 2016.

Dates: www.emmanuelbilodeau.com

Valérie Blais poursuit sa tournée jusqu'au 9 janvier 2016.

Dates: www.facebook.com/valerieblaiscomedienne/app_1502945443280523

Fabien Cloutier donne les dernières représentations de Scotstown et Cranbourne au Théâtre Outremont le 19 juin: www.theatreoutremont.ca/fr/evenement/scotstown-et-cranbourne-de-fabien-cloutier

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