Christopher Hall : rire avec l'orchestre

Jeudi et vendredi, avec l'Orchestre symphonique de Québec,... (Photo: Olivier Jean, La Presse)

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Jeudi et vendredi, avec l'Orchestre symphonique de Québec, Christopher Hall va se retrouver pour la première fois dans une vraie salle de concert, dans un lieu tout ce qu'il y a de plus sérieux : le Grand Théâtre de Québec.

Photo: Olivier Jean, La Presse

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Christopher Hall, Anglo-Montréalais blond de 50 ans, recyclé en humoriste, a commencé à jouer de la clarinette à 12 ans. Il n'était pas Mozart, mais il était doué. Il a donc persévéré et poursuivi l'apprentissage de son instrument: Université McGill, Université North Western de Chicago, stage de deux ans à Hanovre, en Allemagne, avec le maître Hans Deinzer...

Rien de trop beau pour le clarinettiste, qui rêvait de devenir un grand soliste et de jouer avec les orchestres les plus réputés du monde.

Mais entre un rêve et sa réalisation, il y a parfois le long couloir du purgatoire. Celui de Christopher a duré plus d'une décennie, à jouer de la clarinette à la pige et à la petite semaine, rarement comme soliste, attendant en vain que les postes permanents des grands orchestres se libèrent, allant d'audition en audition, y compris pour l'orchestre d'un bled perdu, avant de découvrir 95 autres clarinettistes venus des quatre coins du monde pour tenter leur chance, eux aussi, pour un poste dont l'attribution avait de toute façon été arrangée.

Un jour, Christopher en a eu tellement marre qu'il a débarqué du train symphonique et rangé sa clarinette; il n'y a pas touché pendant quatre ans.

«Je suis devenu un vulgaire comique, dit-il à la blague, sans me douter que l'humour allait me permettre de réaliser un jour mon rêve de soliste et de jouer en solo le concerto pour clarinette de Mozart qui, pour un clarinettiste, est l'équivalent du Saint-Graal. Tout ça grâce à l'humour. C'est vraiment ironique, mais je ne m'en plains pas.»

Mêler humour et symphonie

Il y a cinq ans, avec le scripteur Luc Boily, le clarinettiste a conçu Orchestre 101, un exercice de démocratisation doublé d'un spectacle mêlant humour et symphonie, avec 65% de vraie musique de Mozart, Benjamin Britten, Stravinsky, Tchaikovsky et John Cage.

Entre les pièces, Christopher joue au stand up comic et se paie la gueule des musiciens et du maestro, histoire de rappeler au grand public que la musique symphonique est à la portée de tous et ne nécessite pas un doctorat en musicologie ou un manteau de vison.

Depuis 2008, Christopher a donné une douzaine de représentations d'Orchestre 101, surtout l'été dans les parcs. Mais jeudi et vendredi, avec l'Orchestre symphonique de Québec, sous la direction de Stéphane Laforest, Christopher va, pour la première fois, se retrouver dans une vraie salle de concert, dans un lieu tout ce qu'il y a de plus sérieux: le Grand Théâtre de Québec.

Au programme, un cours 101 sur les musiciens et leurs instruments, avec les contrebasses dans le rôle des cols bleus de l'orchestre, les violons dans celui des moutons, les violons altos vus comme les petits gros, les trompettes comme des touristes américains tapageurs et les violoncelles comme de belles femmes bien roulées, mais extraordinairement compliquées à déchiffrer.

Chefs d'orchestre typés

Au programme aussi, la déclinaison des cinq types de chefs d'orchestre, selon Christopher. Premier type: le vieux et vénérable chef, en réalité un grabataire que l'on roule sur scène en civière et qui dirige d'une main molle de mort-vivant.

En deuxième position, le jeune chef énervé qui saute partout avec sa baguette en imitant le Harlem Shake. Puis, il y a le chef séducteur, qui ne pense qu'à séduire toutes les musiciennes de l'orchestre pour qu'elles basculent dans son lit.

Vient ensuite le chef bête et méchant, un caractériel avancé, doublé d'un dictateur diplômé, qui tient son orchestre sur la corde raide en menaçant d'exploser à tout bout de champ et en dirigeant au doigt et au fusil.

Finalement, il y a le chef invité, un politicien en campagne électorale, gentil et accommodant, jusqu'au jour où il est nommé chef permanent. Ce jour-là, le gentil maestro se métamorphose instantanément en chef bête et méchant, qui dirige à son tour au doigt et au fusil. Évidemment, pour qu'il y ait humour et moquerie, il faut qu'il y ait consentement.

Au départ, le clarinettiste a consulté ses camarades musiciens pour s'assurer qu'il n'allait pas trop loin et qu'il ne froissait la susceptibilité de personne. Non seulement les musiciens lui ont-ils donné leur bénédiction, mais ils l'ont encouragé à ne pas se gêner.

«L'idée, dit Christopher, ce n'est pas de rire de, mais avec l'orchestre. Le fait que je sois un vrai musicien, obligé moi aussi d'être à la hauteur musicalement, aide les choses. Pas sûr que mes camarades seraient aussi tolérants avec un humoriste qui ne connaîtrait rien à la musique et qui ne ferait que se moquer d'eux.»

L'humour au secours de la musique classique? Qui pourrait s'en plaindre? Certainement pas Christopher Hall.

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