De vrais chômeurs sur scène pour un Full Monty italien

L'acteur Simone Lagrasta dans Full Monty.... (Photo: AFP)

Agrandir

L'acteur Simone Lagrasta dans Full Monty.

Photo: AFP

Partager

Sur le même thème

Françoise Kadri
Agence France-Presse
Rome

Simone esquisse une chorégraphie hip hop, Marco mini-micro à la bouche répète un air romantique: ces deux chômeurs ont décroché un contrat inespéré pour jouer dans la comédie musicale Full Monty, bientôt en tournée dans toute l'Italie.

Pur hasard si le spectacle - remake du film de 1997 et de la comédie musicale montée à Broadway en 2000 - débute à Rome le 30 janvier, en pleine campagne pour les législatives. Mais le choix de narrer l'histoire d'un groupe de chômeurs audacieux, qui s'inventent une nouvelle vie en montant un spectacle de striptease, est délibéré.

«De temps en temps le music-hall doit aussi raconter la réalité. Actuellement, tout le monde en Italie est confronté au problème de l'emploi, c'est le thème principal de la décennie», explique le réalisateur Massimo Piparo à l'AFP, lors d'une pause dans les répétitions dans un grand hangar de la périphérie romaine où s'activent couturières, éclairagistes et scénographes.

La crise et le chômage, qui a bondi en cinq ans de 7 à 11%, constituent la grande préoccupation des Italiens avant le scrutin des 24 et 25 février.

Ici, «tout a été adapté à la réalité italienne», souligne Piparo. Du refrain de la première chanson - Tout ça c'est de la faute du spread! - à la scène finale qui rappelle le premier article de la Constitution: l'Italie est «une République fondée sur le travail». Et l'histoire s'est déplacée de l'anglaise Sheffield à Turin, «cité ouvrière par excellence».

La réalité se mêle doublement à la fiction: le metteur en scène a voulu de vrais chômeurs comme acteurs et le casting a eu lieu justement à Turin, en octobre, pendant le salon de l'emploi «io lavoro» (je travaille).

Simone, 24 ans, n'en revient toujours pas d'avoir été choisi parmi 70 aspirants. Le jour où il a appris la nouvelle, ce menuisier, sans travail depuis près de deux ans, en a cassé le téléphone familial.

«Je vais pouvoir souffler un peu, me renforcer sur le plan personnel, après avoir essuyé des tas d'échecs. On me disait: «Demain tu restes chez toi, tu ne sers plus». Des choses qui font vraiment très mal. Là, pouvoir réaliser mon rêve... j'ai l'impression d'avoir la force de détruire une montagne et en plus je peux aider ma famille», confie-t-il.

Son talent a conquis le réalisateur qui, initialement, ne comptait embaucher qu'un seul chômeur et lui a taillé un rôle de stripteaseur vedette dont il s'acquitte sans inhibition mais aussi «sans malice» car, dit-il, c'est «un travail comme un autre».

Mais le vrai chômeur-protagoniste de ce Full Monty à l'italienne c'est Marco Serafini, 38 ans, ancien ouvrier et ex-représentant en cosmétiques pour la coiffure.

L'air concentré, Marco utilise son expérience personnelle sur scène: «La rage que j'éprouvais les jours sombres où je n'avais pas de boulot, où j'étais totalement paumé, va m'accompagner». «Je veux que ces émotions servent à quelque chose... même si c'est un music-hall, on s'amuse», explique-t-il, espérant que le spectacle permettra aux spectateurs d'«oublier cette crise pendant au moins un soir».

Marco, dont l'expérience artistique se limitait à chanter dans un petit groupe de rock et écumer les discothèques, et Simone, autodidacte, sont flattés de répéter aux côtés d'acteurs professionnels.

Pour le chorégraphe Bill Goodson, depuis 30 ans dans le secteur, «avoir de vrais hommes sur scène qui ne soient pas de grands artistes de Broadway ni des acteurs de music-hall fait encore plus d'effet». «Ils ne sont pas super beaux, n'ont pas des physiques incroyables mais ils suscitent beaucoup de tendresse: il faut du courage pour se mettre à nu comme ça devant tout le monde. Full Monty ça veut bien dire ça «la totale»», ajoute cet Américain.

Après 15 jours à Rome, le spectacle sillonnera l'Italie pendant plusieurs mois. Pour la suite, Simone et Marco gardent les pieds sur terre mais aimeraient que l'aventure continue.

«Ce monde m'était inaccessible, dit Simone. Je remercie qui là-haut a voulu m'aider en me faisant prendre ce train et j'espère ne plus en descendre».

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

la boite:1600147:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer