L'ÉNH a 25 ans: le conventum de l'humour

Jean-François Léger, Marc Brunet, Sébastien Ravary, Marie-Hélène Lapierre,... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE)

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Jean-François Léger, Marc Brunet, Sébastien Ravary, Marie-Hélène Lapierre, Simon Cohen, et Nicolas Boucher sont des auteurs diplômés de l'École nationale de l'humour.

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Luc Boulanger
La Presse

Ils ont tous été sur les bancs de l'École nationale de l'humour et font aujourd'hui carrière avec leur plume. Que ce soit à la télévision ou à la radio, sur le web ou sur la scène, ces six auteurs sont derrière les meilleurs moments de l'humour au Québec.

«Je pense, donc je ris.» Ce cogito est affiché au mur à l'entrée de l'École nationale de l'humour (ÉNH), rue Sherbrooke Est. Mais la devise des diplômés du programme en écriture humoristique pourrait aussi être: «J'écris, donc vous riez.» Car si au cinéma et au théâtre, on honore les créateurs derrière les films ou les créations scéniques, en humour, les auteurs sont plus discrets.

Et pourtant, ils sont partout! Ils écrivent des scénarios de films et d'émissions à succès, collaborent à des sketches de galas télévisés et des spectacles d'humoristes- vedettes vus par des centaines de milliers de spectateurs au Québec. Sans parler de la publicité et du web.

Réunis avant les Fêtes dans une classe, six auteurs professionnels, tous diplômés de l'ÉNH, ont témoigné des mérites de leur apprentissage au sein de cette institution fondée en 1988 par Louise Richer, avec le soutien et le parrainage de Gilbert Rozon. «L'année à l'École a changé ma vie. Il y a un avant et un après l'École de l'humour», affirme Nicolas Boucher qui est arrivé à l'ÉNH après avoir étudié en administration.

Par souci de transparence, mentionnons que ce dernier enseigne à l'ÉNH depuis 2005. D'ailleurs, la plupart des finissants sont attachés à leur alma mater et y donnent parfois des cours. Parmi les avantages de passer par l'École, celui des contacts dans le milieu de l'humour n'est pas négligeable. «On appelle souvent Louise (Richer), pour lui demander qui elle peut recommander pour travailler sur un show ou une émission. C'est une porte d'entrée dans l'industrie», dit Jean-François Léger.

«L'École est aussi un lieu de réflexion, de création et de prise de risques», ajoute la principale intéressée. Fondatrice et passionaria de l'humour, Louise Richer se bat depuis 25 ans pour qu'on prenne au sérieux l'ÉNH. Elle a eu l'idée de l'École pour combler un vide: «Dans les années 80, par exemple, on avait plein de ressources et de cours pour s'initier à la flûte à bec... et rien pour les jeunes désirant faire l'apprentissage de l'humour.»

Au coeur du projet pédagogique de Louise Richer, l'élève a le droit à l'erreur, «mais aussi le devoir à l'erreur» ! «Nous encourageons la prise de risques», dit-elle.

«On apprend aussi le détachement et l'humilité, ajoute Marc Brunet. Tu dois souvent travailler en équipe à l'école, ce qui est un défi pour un métier à la base très solitaire.»

Un métier dans l'ombre des vedettes de l'humour?

«Moi, je ne considère pas que les auteurs soient dans l'ombre, poursuit l'auteur de l'émission Les bobos. À mon avis, c'est une véritable collaboration; une synergie entre des auteurs et des humoristes qui s'adaptent au style des uns et des autres.»

-Durant son passage à l'École, l'étudiant va établir une complicité avec des professeurs et aussi d'autres élèves. À sa sortie, il aura souvent l'occasion de poursuivre cette collaboration et de former des équipes ou des duos gagnants. Par exemple, Brunet travaille avec Marc Labrèche depuis 15 ans. L'auteur a aussi connu le réalisateur Émile Gaudreault à l'ÉNH, avant d'élaborer plusieurs projets avec lui.

Le sens de l'humour

Il n'existe pas de profil type pour se diriger en écriture humoristique. Ces diplômés de l'ÉNH ont des looks, des parcours et des bagages très variés. «On a une seule chose en commun, avance Nicolas Boucher. En général, les auteurs sont moins exubérants, plus discrets que les humoristes.» «Il n'y a pas de compétition ni de hiérarchie parmi les auteurs et les scripts-éditeurs», ajoute Jean-François Léger.

Mais quels sont les préalables pour étudier à l'École de l'humour et devenir un auteur comique?

«Le germe, c'est le sens de l'humour. Après cela, tu as besoin de discipline, de souplesse, d'éthique de travail et de beaucoup de passion», avance Jean-François Léger. «Ce n'est pas une science infuse, ajoute Simon Cohen. Tu dois tester tes gags. Souvent, une blague que tu trouves très drôle en l'écrivant ne va pas marcher avec le public. Et inversement, un gag que tu juges moyen peut faire un tabac.»

D'où l'importance de tester et retester le matériel. Une règle d'or: ne jamais s'attacher à ses gags. «Si une blague ne lève pas, tu la coupes tout de suite. En général, à peine 10% du matériel original va survivre à la première d'un spectacle», explique Sébastien Ravary.

Un autre préalable, c'est la culture générale. L'École offre des cours hors champ. «Il faut avoir une profondeur... superficielle, résume Marc Brunet. Toujours être à l'affût de l'actualité et des tendances. Et ce, dans tous les milieux, du sport à la politique.»

Car l'humour évolue très rapidement, explique Marie-Hélène Lapierre. «Il y a des classiques qui ne passent plus la rampe. Par exemple, de vieux sketches de Bye Bye des années 1970 qui ne font plus rire aujourd'hui.»

«Ça s'applique au contenu comme au contenant, ajoute Jean-François Léger. À la fin des années 90, ses «sitcoms comme Catherine (auquel j'ai collaboré) ou Km/h étaient des succès avec les téléspectateurs. Il n'y en a presque plus au petit écran.»

Silence radio

Un autre exemple de l'évolution rapide de l'humour, c'est le déclin de la radio. Dans les années 1990, les finissants de l'ÉNH étaient engagés par des stations ou des animateurs de radio. Ils collaboraient aux émissions phares animées par des humoristes qu'ils avaient connus à l'école. Comme Les Midis fous ou Les grandes gueules qui trônaient en haut des cotes d'écoute. Or, les émissions humoristiques à la radio se font désormais rares. Et le web est devenu le nouveau tremplin des jeunes auteurs et humoristes.

Jadis, à l'époque du Beu qui rit, du Théâtre des Variétés et autres Café de l'Est, le public croyait que les interprètes comiques improvisaient leur numéro, comme par magie! Aujourd'hui, les gens connaissent mieux les rouages du métier. Mais il reste encore beaucoup d'incompréhension autour de l'art du rire.

«Régulièrement, depuis 20 ans, des producteurs me demandent pourquoi il n'y a pas un Saturday Night Live québécois, lance Marc Brunet. Et je réponds à chaque fois: parce que c'est impossible à réaliser ici, une émission en direct comme ça. On n'a tout simplement pas les moyens financiers, les ressources humaines (il y a 16 auteurs qui collaborent à SNL!), le bassin de population ni l'actualité pour faire un SNL à la télé québécoise.»

Tous ces auteurs s'entendent pour dire qu'il n'y a pas de moule ni de recette comique. «Il faut savoir se réinventer et produire sans relâche, affirme Sinon Cohen. C'est un travail exigeant. Peu importe si tu es malade ou si tu n'as pas le goût de travailler, tu dois performer.»

Finalement, comme pour toute formation générale ou professionnelle, l'École de l'humour donne des outils et montre aux étudiants comment s'en servir. Ensuite, la réalité du milieu et de la vie se charge du reste.

Saviez-vous que?

Les étudiants de l'École nationale de l'humour (ÉNH) suivent, entre autres, des cours de politique, d'histoire de l'humour, de français et d'utilisation des médias sociaux.

La moitié des étudiants sont titulaires d'un diplôme universitaire avant d'entrer à l'École.

L'ÉNH est reconnue par le ministère de l'Éducation et est membre de l'Association des écoles d'art supérieur de Montréal (ADÉSAM), au même titre que l'École nationale de théâtre du Canada et l'INIS.

Deux programmes de formation professionnelle sont offerts: l'un forme des humoristes (auteurs-interprètes) et l'autre, des auteurs-scripteurs en humour.

L'École reçoit environ 125 candidatures par année pour le programme Création humoristique et 45 pour programme Écriture. En tout, une vingtaine d'étudiants sont admis.

Il y a autant de professeurs que d'élèves et les groupes sont composés de 30% de filles.

Au terme de leur formation, les finissants humoristes feront une tournée de 35 spectacles à travers le Québec, dont le Grand Rire et le festival Juste pour rire.

Les auteurs écrivent un show à sketches qui sera présenté à Juste pour rire. Ils effectueront un stage en télé, radio, publicité, nouveaux médias, scène ou scénarisation cinéma.

Dans le cadre du cours de créativité, les étudiants doivent créer un jeu de société. Et le confectionner!

81% des diplômés travaillent en humour et 80% des nommés/gagnants aux gala Les Olivier sont issus de l'ÉNH.

Louise Richer est directrice générale de l'École depuis 1988. En 2010, elle a reçu le prix Reconnaissance en sciences humaines, de l'UQAM.

Entre autres diplômés: Louis-José Houde, Martin Matte, Patrick Huard, Mario Jean, Louis Morissette, Jean-François Mercier, Claudine Mercier, Les Denis Drolet, Jean-Marc Parent, François Morency, Jean-Michel Anctil, Laurent Paquin, les Chick'n Swell...

L'Observatoire de l'humour (OH), créé par l'ÉNH, regroupe des universitaires, chercheurs et praticiens. L'OH a pour objectif d'archiver, d'initier et de réaliser des recherches pour le développement du savoir dans le domaine de l'humour.

Un grand gala rassemblant les illustres (et futurs) diplômés aura lieu le 2 avril, au Théâtre St-Denis, pour souligner les 25 ans de l'École.

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