José Navas: danser sa vie

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Vingt-six ans après avoir déposé ses valises au Québec pour y poursuivre sa carrière de danseur, José Navas présentera à partir de ce soir, à l'Espace danse de l'Édifice Wilder, On, une rétrospective de ses plus belles collaborations avec l'Agora de la danse. Rencontre avec le chorégraphe d'origine vénézuélienne qui a choisi de partager sa première carte blanche avec ses plus fidèles collaborateurs.

Observer José Navas improviser pendant une demi-heure aux côtés des interprètes d'On sur du Lady Gaga dans un studio de répétition de l'Édifice Wilder a quelque chose d'hypnotisant. Pour la première fois, le chorégraphe a en effet choisi de partager avec ses danseurs la méthode d'échauffement qu'il a adoptée il y a maintenant 10 ans. 

«J'ai commencé juste avant Miniatures, par nécessité. Avec l'âge, je cherchais une solution à la rigidité de mon corps», explique José Navas, 52 ans, qui a développé une technique qui s'apparente un peu au principe de l'écriture automatique. 

«Après 30 minutes de mouvement continuel, en étant concentré, tu commences à trouver ta voie, à être lucide. Tu peux monter sur scène dégagé de tout le superficiel. Les danseurs étaient très ouverts à l'idée d'essayer. C'était beau à voir la première fois», se souvient le chorégraphe, qui a fait appel à cinq interprètes de sa compagnie, Flak, pour partager ce grand moment de sa carrière.

Quand Francine Bernier, directrice artistique de l'Agora, lui a proposé de lui donner carte blanche pour créer un spectacle destiné à ouvrir la saison dans les nouveaux locaux de l'institution, José Navas n'a pas un instant hésité à impliquer ses fidèles collaborateurs plutôt que de s'offrir un nouveau solo. 

«Est-ce que c'est l'âge? Avec le temps, je deviens plus paternel. Tous les danseurs sont ravis de danser au Wilder. Et c'est plus joyeux d'être tous ensemble. Je n'ai rien à leur laisser en héritage, si ce n'est cette opportunité.»

C'est ainsi à Alexander MacSween (compositeur) et Marc Parent (concepteur d'éclairages), mais aussi à ses danseurs, que José Navas a voulu rendre hommage dans On.

«Ils sont la colonne vertébrale de ce spectacle. Marc a fait les éclairages de mes pièces les plus marquantes et Alex est à mes côtés dans mon travail de chorégraphe depuis toujours, dit Navas. J'ai choisi de reprendre Anatomies et Portable Dances car Alex en a fait la musique. Dans ces trois pièces, il a utilisé la voix des danseurs pour la trame sonore», explique-t-il.

Cette nouvelle pièce de groupe revisitera ainsi l'univers de certains grands succès de la compagnie dans un décor scénique renouvelé par l'artiste visuel Lino. La danseuse et chorégraphe torontoise Nova Bhattacharya interprétera pour sa part Calm Abiding, un solo que José Navas a construit en puisant dans le vocabulaire du bharatanatyam, danse traditionnelle indienne.

«C'est la première fois qu'on me laisse prendre autant de risques. J'arrive au moment de ma vie où c'est le fun, où je peux essayer de nouvelles choses. C'est délicieux!», lance José Navas.

Danser au rythme de la maladie

José Navas ne se rappelle pas la première fois qu'il a dansé. Il se souvient, par contre, avec exactitude du jour où il a su qu'il deviendrait danseur.

«J'étais étudiant en théâtre et je cherchais le local où se tenait ma classe de voix. Mais je me suis retrouvé dans un cours de danse classique. En voyant les danseurs pour la première fois, je me suis senti comme un enfant qui venait de rentrer dans un musée. Je me souviens d'avoir trouvé ça d'une beauté incroyable. Le lendemain, j'ai suivi mon premier cours», raconte le chorégraphe qui considère que la danse lui a sauvé la vie en lui permettant de quitter le Venezuela. 

À 52 ans, le danseur a choisi de revisiter pour son prochain solo Winterreise, l'oeuvre de Schubert, qui sera présenté en 2019 à Montréal aux côtés de l'ensemble Pentaèdre et un peu plus tôt en Belgique et en Allemagne.

«Winterreise est une pièce magnifique que j'adore. Il s'agit d'un poème qui parle d'un homme dans la cinquantaine qui marche vers la mortalité et qui demande à un musicien s'il peut accompagner ses paroles. J'aurai 55 ans pour la première: c'est une pièce parfaite pour un soliste comme moi!»

L'interprète songerait-il à arrêter prochainement de danser? «C'est une évidence pour moi aujourd'hui. J'ai de l'arthrose depuis un moment et je viens d'apprendre que j'étais atteint de polyarthrite rhumatoïde, une maladie dégénérative. Il y a beaucoup de douleur dans ma vie et je sais maintenant pourquoi. J'aimerais voir si je peux chorégraphier ce corps qui va être de plus en plus déformé», espère-t-il.

Malgré l'intensité de la douleur qui l'assaille par vagues, José Navas ne compte pas abandonner sa carrière d'interprète. 

«Quand la douleur arrive, je dois me coucher et attendre que ça passe. La nuit, c'est correct, mais ça m'est arrivé lors de ma dernière tournée avant de monter sur scène. J'ai dansé ma douleur et c'était une des représentations du Sacre du printemps les plus vulnérables et belles que j'ai eu la chance de faire. J'ai pleuré à la fin du spectacle et les gens étaient très émus. Si j'avais le choix, j'enlèverais, bien sûr, la douleur et la rigidité. C'est un deuil à faire avec les mouvements qui partent doucement, mais la vie est un deuil», conclut avec émotion José Navas.

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On, jusqu'au 14 octobre à l'Agora de la danse.




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