iTMOi: fantasmagories métissées

Ponctuée de moments de silences et d'arrêts sur... (Photo Pascal Ratthé, Le Soleil)

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Ponctuée de moments de silences et d'arrêts sur l'image, la pièce est un cérémonial infernal.

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De retour à Montréal, le chorégraphe londonien Akram Khan surprend et déstabilise le public avec iTMOi, un songe fantasmagorique et cruel, foisonnant et énigmatique, où il plonge dans les abysses de l'inconscient collectif avec comme trame de fond le rituel du sacrifice et le génie chaotique de Stravinsky.

iTMOi (acronyme de In the Mind of Igor) se veut un hommage au centenaire du Sacre du printemps, d'Igor Stravinsky, ballet qui avait suscité tout un scandale lors de sa création, en 1913, à Paris, avec sa rythmique inusitée, profane aux oreilles de bien des puristes.

Mais un hommage comme seul Akram Khan pouvait le penser: fou et débridé, mais aussi solennel et mystique. Et par moments, indéchiffrable. Le chorégraphe, laissant de côté la célèbre composition, s'inspire plutôt de Stravinsky et de son parcours pour créer cette oeuvre métissée de nombreuses références.

Ainsi, le mythe biblique d'Abraham et Isaac se fond à celui de la blanche sacrifiée du printemps, alors qu'un être sibyllin à cornes croise le chemin d'une dame blanche au dessein obscur, au visage peint de blanc, à la japonaise. À cela s'ajoute un groupe de danseurs possédés par leur danse-rituel emportée et un prêtre aux airs diaboliques, maître d'oeuvre du sacrifice.

Métissage extrême de gestuelles empruntées à la culture orientale (derviches tourneurs, kathak indien), à la danse contemporaine, au hip-hop, au butô japonais et, même, au folklore russe, le langage chorégraphie de Khan est un monde en soi, inimitable, mais étrangement cohérent. Le tout porté par la musique de trois compositeurs contemporains, inspirés par la rythmique de l'oeuvre originale de Stravinsky, dont il ne reste au final que quelques brides.

Poignante beauté

OEuvre d'une poignante et cruelle beauté, la pièce a comme principaux éléments scénographiques une sphère noire comme une planète dominant de son ascendant nocturne l'action qui se déroule sous elle et un immense cadre, porté par des câbles, qui s'élève dans les airs, prenant diverses inclinaisons. Les éclairages, superbes, passent du blanc phosphorescent à l'orange incandescent, sculptent l'espace et donnent lieu à une suite de tableaux à l'impact visuel époustouflant, enrobés de poussière blanche.

Ponctuée de moments de silences et d'arrêts sur l'image, la pièce est un cérémonial infernal, mais empreint de solennité vers le sacrifice ultime - celui du fils, de la blanche vierge, mais aussi de l'artiste anticonformiste, représenté par un danseur qui refuse d'entrer dans les rangs du groupe.

De ce rêve cauchemardesque pour lequel Khan refuse de donner les clés, on peine à saisir tous les tenants et aboutissants. Comme un songe qui se dérobe sous les doigts, s'efface et se reconstruit dans le même souffle. Comme un voyage dans l'esprit d'Igor. Il suffit, au bout du compte, de s'y laisser emporter.

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